L’équipe de LMC a posé à Dominique Maraninchi les questions soulevées par Bernard Giraudeau dans le cadre de la web émission « On ira tous à l’hôpital ». Comment faire face à la pénurie d’oncologues ? Quelles solutions concrètes donner aux malades pour que leur situation s’améliore ? Réponses du président du conseil d’administration de l’INCa.

 1. Face à la pénurie, un premier chantier : l’organisation des soins

 

Pour Dominique Maraninchi, la situation de la cancérologie dans les services des hôpitaux, où, comme le disait Bernard Giraudeau, les soignants courent d’une chambre à l’autre, est avant tout le fruit d’une mauvaise répartition des médecins dans les services et sur le territoire. Le problème serait donc organisationnel plutôt que financier. Pour pallier cette difficulté, l’INCa est d’ailleurs le maître d’œuvre d’un chantier immense : la concentration de la cancérologie dans un nombre limité de centres et d’hôpitaux. Pour Dominique Maraninchi, le but est d’atteindre « une masse critique » de soignants par patients.

 (Durée vidéo: 1'10)

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Sur la base de la quantité et de la qualité de la prise en charge des malades, des autorisations commencent à être délivrées par les agences régionales d’hospitalisation. Ce chantier a débuté l’année dernière, et devrait se poursuivre jusqu’en 2011. «  Concrètement, cela signifie que 30 à 40% des établissements qui jusqu’à présent traitaient des cas de cancer ne seront plus autorisés à le faire », souligne Dominique Maraninchi.

Evidemment, une telle réorganisation soulève une crainte légitime auprès des patients : vont-ils devoir enchaîner les kilomètres pour se faire soigner ? « Pas plus de 20 km, soit la moyenne d’accès aux traitements (chimio, radiothérapie, chirurgie) du cancer », assure Dominique Maraninchi. Le patron de l’INCa reconnaît cependant l’existence de zones mal pourvues, véritables déserts médicaux pour les patients. La réorganisation en cours est selon lui une arme pour lutter contre ces inégalités d’accès aux soins, car elle crée des pôles plus attractifs pour les médecins. « Les oncologues n’ont pas envie de travailler seuls, dans des hôpitaux qui ne disposent pas de plateaux techniques, où il n’y a pas assez de malades pour avoir une diversité de leur pratique », estime-t-il.

Par ailleurs, pour une meilleure coordination entre tous les acteurs, et -  du moins il faut l’espérer -  une meilleure communication aux malades, l’INCa va créer des postes d’infirmières de coordination. Une façon d’étendre le système des infirmières d’annonce mis en place par le premier Plan cancer qui ne bénéficie à l’heure actuelle qu’à 37% des malades. « Cette politique sera poursuivie, avec la création de 200 à 300  nouveaux postes cette année », promet Dominique Maraninchi.

 

 2. Face au « trou » démographique, augmenter le nombre de soignants

 

En attendant les effets de cette réorganisation, reste une pénurie de médecins provoquée par les dérives du « numérus clausus » , d’autant plus criantes en cancérologie que le nombre de patients ne cesse d’augmenter. Une réalité admise par Dominique Maraninchi. « L’ensemble du corps médical est en pénurie du fait de la politique malthusienne menée dans les années 1980-90s, qui s’est révélée être une grave erreur »,  analyse-t-il. Ce « trou » démographique devrait continuer à avoir des effets dévastateurs jusqu’en 2015.

L’INCa travaille néanmoins sur plusieurs axes pour résoudre partiellement cette difficulté : d’abord, former de nouveaux oncologues. « En 2005, il n’y avait que 50 étudiants dans la filière de l’oncologie médicale ; en 2009, ils étaient 120, souligne Dominique Maraninchi. Le flux d’étudiants a triplé depuis les années 2000. » Deuxième axe de travail : faciliter le recours à des spécialistes pour traiter certains cas de cancer. « Des jeunes hématologues, gastroentérologues etc… désirent se spécialiser sur le traitement de cancers : il faut les y encourager, et surtout en finir avec le cloisonnement des disciplines », plaide le patron de l’INCa. Dans le même esprit, la reconversion de médecins dans les filières de l’oncologie doit être rendue plus aisée.

Enfin, l’INCa cherche à mettre les généralistes dans la boucle. « Une petite révolution », note Dominique Maraninchi. Il ne s’agit pas, bien sûr, de remplacer le cancérologue par le médecin traitant, mais que celui-ci puisse parfois prendre le relais de l’hôpital dans le traitement de certains effets secondaires des chimiothérapies, par exemple. Pas sûr néanmoins qu’une telle mesure fasse consensus auprès des patients.

 (Durée vidéo: 1'30)

 

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3. Renforcer l’attractivité du métier d’oncologue.

Pour lutter contre la pénurie, créer plus de postes ne suffira pas. Encore faut-il pouvoir attirer des candidats. Il est une réalité qui peut être difficile à admettre pour les patients confrontés au manque de disponibilité de leur cancérologue : certains postes, dans les hôpitaux publics, ont beau être budgétés, ils ne sont pas pourvus. Dominique Maraninchi explique ce paradoxe par le déni de la cancérologie, reflet du tabou général qui touche le cancer dans notre société.

(Durée vidéo: 1'39)

 

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Plutôt que d’agir sur les salaires – qui ne sont pas pondérés par spécialité - , il faut selon Dominique Maraninchi améliorer les conditions de travail, notamment auprès des jeunes générations. « Les jeunes médecins sont autant, voire plus motivés qu’avant, ils sont généreux, et ont envie de s’engager et de servir ces maladies, assure-t-il. Mais si, pendant leur formation, ils se trouvent dans des services trop désorganisés, ils préfèrent choisir des disciplines moins exposées à l’incertitude et à la souffrance humaine. »

Pour les attirer vers la cancérologie et les garder dans le giron de l’hôpital public, il faudrait donc leur garantir des débouchés. L’INCa devrait donc créer au début de l’année prochaine des postes de post-internat dans les services formateurs des hôpitaux. Quant à savoir combien de postes sont ainsi concernés… mystère.

 

Réorganiser la répartition des soignants, augmenter leur nombre, accroître l’attractivité de la filière cancérologie : voilà donc les trois axes de travail privilégiés par Dominique Maraninchi. Un tel chantier est complexe et lent à se réaliser, dans un univers de la cancérologie souvent traversé par des querelles et des divisions. Nous avons donc eu envie de poser à Dominique Maraninchi une dernière question en guise de conclusion : les conditions des malades vont-elles s’améliorer rapidement?

 (Durée vidéo: 2'09)

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Propos recueillis par Anne-Laurence Fitère et Claire Aubé

Commentaires : (3)

Portrait de tony maraninchi

bonjour ,je suis psychothérapeute et bénévole a la ligue contre le cancer d'aix en provence.j'interviens ,ici,a titre personnel.je pense que les medecins font un boulot formidable au plan medical.pour ce qui concerne la prise en charge et le suivi au plan psychologique c'est une autre "histoire".beaucoup de malades se plaignent ,encore,des modalites de l'annonce de la maladie et du comportemental auquel ils ont a faire dans la phase qui suit(par exemple)une operation et jusqu'a la sortie.l'etat psychique du sujet qui sort de l'hopital n'est pas pris en compte dans beaucoup de cas .pourquoi les instances concernees ne mettent elles pas en places des cellules de prise en charges (autres que les entretiens realises par les psycho-oncologues qui font un boulot formidable aussi).c'est une des questions que nous nous posons nous psychotherapeute non institutionnels depuis pas mal de temps . le debat est rouvert......

Portrait de sitelle

Des projets, oui, mais pour quand et pour qui? Sur le papier, c'est une vision louable, est-elle réalisable? En avons-nous les moyens? En avons-nous la volonté? Est-ce une priorité?

Ce qui me choque un peu c'est cette "sortie"; comme si Monsieur Maranchini voyait la guérison du cancer comme une levée d'écrou et un retour à la 'vraie' vie. Surprenant tout de même pour tous ceux qui vivent le cancer comme rudement vrai, et véritablement rude!

Marie-Claude.

Portrait de Marina

Quelle belle phrase de fin "la vie, ça se fait en dehors de l'hôpital", c'est vrai, mais la vie parfois ça devrait pouvoir se faire aussi à l'hôpital, que l'hôpital ne devienne pas un lieu d'inhumanité.

Marina