A l'occasion de la sortie du film documentaire "Le Corps Amazone", nous avons rencontré Annick Parent, fondatrice de l'association "Les Amazones s'exposent", qui plaide pour la levée du tabou entourant la mammectomie. 

cancer, "Les Amazones"

 

LMC: Quels sont les exemples de ce tabou que vous dénoncez?

Annick Parent: Dans les médias, la presse féminine ne parle que des femmes qui ont fait une reconstruction après une mammectomie, alors que plus de 3/4 n'en veulent pas. On trouve rarement des article sur les femmes qui n'ont pas eu envie de retourner à l'hôpital et d'avoir de nouvelles opérations, des cicatrices supplémentaires. Pas un mot sur la possibilité de reconstruction psychique sans chirurgie ni sur les femmes qui acceptent leur corps avec un seul sein, un corps asymétrique mais bien vivant, et que les conjoints ne cessent pas d'aimer pour autant.

A l'hôpital, si les différentes possibilités de chirurgie sont bien explicitées, il n'y a pas ou peu d'informations sur ce devenir asymétrique, ce qui donne à croire à celles qui n'en veulent pas qu'elles sont l'exception, une marginalisation souvent douloureusement vécue. Cette absence de représentation de l'Amazone fait partie des "violences surajoutées", celles de la maladie étant incontournables. 


LMC: Quelles sont les actions de l'association pour lutter contre cette situation?

A.P. : Depuis notre création, en 2007, nous avons ouvert un site multilingue. Nous avons organisé des expositions de peintures, sculptures, photographies accompagnées de témoignages. Nous nous sommes mises en scène dans une petite vidéo visible sur YouTube. Un collogue a été organisé; les membres de l'association interviennent régulièrement lors de congrès médicaux ou lors de débats grand public. Un spectacle de textes dits par une comédienne a également été créé.

 

LMC: Constatez-vous des premiers effets de ces actions sur la représentation du "corps amazone" dans la société?

A.P.: Au bout de trois ans d'actions, le tabou commence à se fissurer: il y a eu un reportage au journal télévisé de France 3 en mars dernier, un témoignage dans le magazine Femme Actuelle du mois d'avril, un article dans le numéro de mai d'Oncomagazine. Nous recevons également des demandes d'intervention de la part des milieux associatif et médical.  En montant l'association, nous avions fait le pari que plus aucune Amazone n'aurait encore à entendre une phrase de ce type: "Vous vous rendez compte, vous allez voir ça tous les jours dans la glace!" Même s'il reste beaucoup à faire, nous nous rapprochons du but.

 

Propos recueillis par Claire Aubé

 

Le Corps amazone, cancer

 

Commentaires : (6)

Portrait de sophielatourpointcom

Bonjour,
Voici qu'une " amazone " parlera sur scène de son cancer dans un show comique le 29 septembre 2011 à Paris Je suis en fauteuil roulant Mon one woman show s'intitule " J'ai marché 49 ans " Informations sur mon site sophielatour.com
Bonne soirée

sophielatour.com

Portrait de Ghislaine drapeau

Moi ma vie s'est arreté ..et je m'isole comme dans un placard ..Mais le fait de vous écrire prouve que j,ai encore le gout de vivre un peu mieux ma vie et je recherche d'autre témoignage de femme et comment elles s'en sortent ...............

Portrait de schneeberger

suite a mon cancer en 2008 je suis devenue une femme amazone mais après des recherches génétiques c'est l'ablation du deuxième sein .Connaissez vous d'autes personnes qui ont vécu le même etat et pouvons nous toujours parler de femmes amazones car dans vos articles l'on parle beaucoup pour une seule masectomie et non pour 2 masectomies?

Très contente de savoir que vous existez car je n'ai pas envie de reconstruction et ce n'est pas pour cela que je ne me sens pas femme. Après tant de souffrances dans les traîtements je m'estime suffisamment heureuse que l'on m'est sauvée la Vie pour ne pas me la recompliquer avec des reconstructions aléatoires. A bientôt
la Vie est belle

Portrait de corineangouleme

Bonjour,

Bravo à vous.

J'admire votre courage. Oui ce sont des décisions où il faut s'écouter soi..

Voilà, pour ma part je voulais témoigner ici car je suis un peu dans l'interrogation sur le choix que j'ai fait. Etant par philosophie contre la chirurgie esthétique, et aimant rester dans l'authenticité (à l'intérieur et à l'extérieur), cela a été un véritable cas de conscience car une fois fixé le rv pour la mastectomie et les réponses apportées par la chirugien sur la cicatrice, il a fallu que je choisisse très rapidement pour ou contre une possible reconstructrion immédiate. L'ablation a eu lieu il y a 15 jours maintenant et ma décision a été la suivante: si le ganglion sentinnel se revèlait sain lors de l'extempo: oui pour la reconstruction immédiate (pose sous-pectorale de la prothèse mammaire uniquement, je ne voulais pas de tout le reste) sinon, non, je voulais toute mon energie pour me battre et par respect pour mon corps ne pas lui infliger un 'effort' supplémentaire celui d'intégrer un corps étranger...et pour ma 'tête' aussi d'ailleurs, cela aurait fait beaucoup à assumer au réveil)

J'ai beaucoup de chance, car le ganglion était sain (et les résultats définitifs le confirment), c'est la première chose qui compte. Quand à la prothèse, c'est un peu tôt encore aujourd'hui pour savoir si au fond de moi je suis satisfaite du choix que j'ai fait.

Les raisons de ce choix:
1) la cicatrice: toujours visible biensur dans les deux cas, mais moins traumatisante pour l'entourage (j'ai deux filles dont l'ainée à 12 ans) ..et pour moi. Dans le cas d'une reconstruction immédiate, la glande mammaire et le mamelon (pris large) sont enlevés mais la peau est conservée puisque 'retendue' par la prothèse mamaire. C'est donc une greffe de peau (prelevée au niveau de l'incision faite pour pour extraire le ganglion sentinelle) qui recouvre l'emplacement du mamelon. La cicatrice ressemble à 'une pièce rapportée' comme sur un jean.
2) Le 'confort': car de toute façon j'aurais opté pour une prothèse amovible dans la vie de tous les jours: donc j'étais prête à une démarche pour 'camoufler' mon apparence, c'était clair pour moi, et cela m'a amener beaucoup de questions...et comme vous avez raison dans votre action, les Amazones: il faut montrer de belles images et photos de vous car si les regards changeaient, il serait plus facile de mieux vivre cette modification de notre physique vis à vis de tous.

Voilà les raisons de mon choix, or il restera toujours le fait: 1) que ma poitrine continuera à vieillir et que la prothèse rendra toujours mon sein opéré 'plus jeune',
2) que la symétrie des volumes ne sera jamais identique
3) que l'arrondi est là une fois vêtue oui, et une fois nue, la cicatrice aussi...

et bizarrement cela me convient bien...

C'est parceque les circonstances ont été ce qu'elles ont été que j'ai fait ce choix. Si l'immédiateté n'avait pas été envisageable, je crois me connaitre assez pour dire que je n'aurais pas fait cette démarche après coup...

Sincèrement à toutes
Corine

Portrait de mila

Je suis moi-même "amazone"depuis deux ans et j'ai 40 ans. La massectomie m'a fauchée à un moment de ma vie où je me sentais bien dans mon corps ,frêle certes 40 kg, mais avec lequel j'avais une relation paisible...La massectomie a été pour moi un cataclysme. J'ai arrêté de me sentir femme depuis deux ans à cause de cette assymétrie insupportable à mes yeux. J'ai entamé les premières étapes de la reconstruction en novembre et je dois subir la dernière phase la semaine prochaine. Je ne me leurre pas dans cette reconstruction, je sais pertinemment que rien ne sera plus comme avant mais je souhaite un semblant de normalité. Je souhaite que mon corps ne soit plus un obstacle à ma vie de femme. Je n'aurais jamais envisagé une chirurgie esthétique de ma poitrine sans cela mais je ne peux faire autrement... même si j'ai très peur et un raz le bol de toutes ces souffrances. J'ai juste envie de pouvoir oublier, par moment, ma maladie.

Portrait de Cathie

Ça fait 10 ans que je suis amazone, et donc 10 ans qu'un des médecins du suivi commence la consultation par un inexorable "toujours pas reconstruite ?"...
Et il y a aussi ceux qui comprennent, un d'entre eux m'a même avoué récemment que j'avais probablement eu raison.

Oui, le tabou se fissure, doucement et sûrement.
J'ai un enthousiasmant sentiment de "sortie de placard"

Quand la représentation de quelqu’un existe, ce quelqu’un existe aussi !