L’ovariectomie (ablation des ovaires) est une opération chirurgicale lourde et rare. Dans quelles circonstances est-elle pratiquée ? Quelles sont les répercussions physiques et psychologiques d’une telle intervention dans la vie d’une femme ? Eclairages.

 ventre femme

Si la mastectomie (ablation du sein) est une intervention chirurgicale dont on parle assez facilement, l’ovariectomie, (ablation des ovaires) est à la fois beaucoup plus rare et moins bien connue. Pourtant, cette intervention peut-être préconisée dans plusieurs cas de cancer : cancer de l’ovaire, de l’endomètre, du col de l’utérus ou encore dans certains types de cancers du sein, lorsqu’on soupçonne une tumeur d’origine génétique, par exemple. « Lorsqu’on détecte la présence du gène BCR1 ou BCR2, on préconise parfois une ovariectomie de manière prophylactique (dans un but préventif) chez les femmes de plus de 40 ans », souligne le Dr Jean-François Ledigabel, chirurgien gynécologue installé au Havre.  

Dans certains cas, l’ovariectomie s’accompagne aussi d’une ablation des trompes (annexectomie) et de l’utérus (hystérectomie). Une situation qu’ a vécue Gaëlle, alors qu’elle était une jeune adolescente de 14 ans. « Je suis née avec un utérus nécrosé. C’est une maladie génétique orpheline très rare. Très jeune, j’ai su que je ne pourrai pas avoir d ’enfant. A 14 ans, mon état de santé s’est détérioré et les médecins ont procédé à l’ablation de l’utérus, des trompes et des ovaires », raconte la jeune femme aujourd’hui âgée de 41 ans.

Heureusement, dans la très grande majorité des cas, l’ovariectomie est pratiquée sur des patientes ayant déjà procrée « Quand il s’agit d’une femme jeune qui n’a pas encore eu d’enfant, on se donne du temps avant de procéder à ce genre d’intervention », affirme le Dr Jean-François Ledigabel.

 

Des vécus variables 

 

Symboles physiques de la fécondité, au même titre que les testicules pour les hommes, les ovaires et l’utérus sont des organes investis d’une forte charge symbolique dans la construction de l’identité féminine. Pour certaines femmes, cette opération peut donc être vécue comme une forme de mutilation. C’est le cas de Sophie qui a dû subir une ovariectomie un an et demi après un traitement contre un cancer du sein. « Un mois après l’opération, j’ai fait une dépression, se souvient-elle. J’avais l’impression qu’on m’avait retiré une partie de moi-même. Je n’avais plus de libido, j’avais des problèmes de sécheresse vaginale et je me sentais toute vide à l’intérieur. Je craignais de ne plus pouvoir avoir de vie sexuelle».

Une réaction fréquente mais qu’on ne peut généraliser. Une ovariectomie aura des répercussions singulières, selon l’histoire personnelle de chacune. Ainsi, Isabelle, maman de trois filles, a vécu cette intervention très différemment de Sophie. «Je n’ai pas été perturbée par le fait qu’on m’enlève les ovaires et l’utérus. Le plus difficile a été de devoir recommencer tout un protocole médical : gérer la douleur, les traitements et le suivi post-opératoire. Après mon cancer du sein, je me suis dit : « c’est le cauchemar qui recommence ! », explique cette femme qui redoute toujours une récidive.

Bien sûr, l’âge de la patiente intervient aussi dans le vécu de l’opération. « L’impact d’une ovariectomie sera bien différent selon que l’opération concerne une dame de 80 ans chez qui on détecte un cancer de l’ovaire ou chez  une jeune femme de moins de 40 ans qui n’a pas encore eu d’enfant », rappelle le Dr Jean-François Ledigabel. L’intervention chirurgicale serait aussi moins bien vécue quand elle s’inscrit dans un contexte prophylactique plutôt que comme partie intégrante du traitement lorsque le cancer est déclaré.

Sur le plan physiologique, une ovariectomie va entraîner une ménopause précoce. Or les femmes jeunes sont rarement préparées à vivre les désagréments de la ménopause avant l’heure. Sueurs nocturnes, bouffées de chaleur, troubles de l’humeur, insomnies, prise de poids, baisse de la libido, sécheresse vaginale, troubles cutanés… Ce cortège de symptômes peut affecter peu ou prou la vie des patientes après une ovariectomie.

 

Une préparation et un suivi psychologiques nécessaires

 

La brutalité de l’annonce médicale, le fait de ne pas avoir été suffisamment préparée, le manque de suivi psychologique rendent l’intervention chirurgicale d’autant plus difficile à accepter. Ainsi Sophie a repris une vie de couple harmonieuse quelque temps après l’opération, mais elle estime ne pas avoir été suffisamment informée par les médecins : «  on ne m’a pas vraiment parlé des conséquences de l’opération. Le corps médical ne donne pas de conseils. Avec le temps, tout s’est arrangé pour moi», souligne-t-elle. Idem pour Isabelle à qui le chirurgien a annoncé qu’il procéderait à l’ablation de l’utérus le jour même où elle venait le voir pour un simple kyste ovarien. « Sur le plan de la féminité, l’opération n’a rien changé pour moi. C’est le fait de n’avoir pas été préparée et que cela me soit tombé dessus d’une manière aussi brutale qui a été très difficile ». Gaëlle, préparée depuis l’enfance à l’éventualité d’une telle intervention chirurgicale, a pu accepter plus facilement la réalité de la situation et mener à bien sa vie de femme. « Je suis mariée et j’ai adopté deux enfants. Cela ne m’a pas empêchée d’avoir une vie de femme épanouie », résume t-elle.

 

L’insuffisance d’une prise en charge adaptée à ce type d’intervention chirurgicale constitue un écueil fréquent. Le Dr Jean-François Ledigabel en a bien conscience. A chaque fois qu’il envisage une ovariectomie, il propose systématiquement un suivi psychologique aux femmes qui le souhaitent.

 

Nathalie Ferron

 

 

 

 

 

 

Commentaire : (1)

Portrait de coiro

Bonjour ,

J'ai été opérée d'un cancer du sein et par la même occasion j'avais un kyste de 16cm à un ovaire , donc du coup j'ai demandé au chirurgien de m'enlever les ovaires dans la foulée.
J'ai eu 31 séances de radiothérapie puis un traitement d'homonothérapie pendant 5 ans , plus des traitements complémentaires pour les os.
J'ai 51 ans , je me bats malgré les désagréments que tout cela à engendrer .
Bouffé de chaleur jour et nuit très puissante , insomnie , sécheresse vaginal , humeur changeante , coup de blues .
Bref il faut être battante et aller de l'avant.
Courage à toutes.