Comme les cheveux et les poils, nos ongles sont des productions du corps destinées à protéger notre épiderme. Aussi appelés phanères, eux non plus ne sont pas épargnés par les traitements anticancéreux. Voici quelques clés pour survivre à leur inflammation et les retrouver en bonne santé.

 

ongles

La détérioration des ongles est à l’origine de douleurs aigues. Dans le cadre d’une chimiothérapie, deux grands types de toxicités se  rencontrent au niveau unguéal. La première est celle qui attaque l’ongle à proprement dit. La deuxième porte atteinte au pourtour de l’ongle. Le premier phénomène est particulièrement fréquent chez les patientes suivant une chimio classée dans les taxanes, couramment utilisées pour traiter le cancer du sein. « Bien souvent on observe un décollement de l’ongle appelé « onycholyse » qui s’accompagne de douleurs, et peut se compliquer d’une infection provoquant des suintements et des écoulements nauséabonds », précise le Dr Cécile Marty, dermatologue à l’hôpital La Grave, à Toulouse.

La toxicité du pourtour de l’ongle est souvent la conséquence des  nouveaux traitements, à savoir les « thérapies ciblées».

« Dans ce contexte-là, il y a une inflammation des tissus autour de l’ongle nommée «périonyxis », qui peut évoluer vers un bourgeon charnu, c'est-à-dire un amas de chair donnant à l’ongle un aspect incarné, explique le Dr Vincent Sibaud, dermatologue au Centre Claudus Régaud, à Toulouse. C’est un symptôme de plus en plus fréquent. Il peut s’avérer handicapant au quotidien, en provoquant des problèmes de préhension au niveau des mains, ou en empêchant une personne de marcher normalement. Il ne doit pas être pris à la légère».

Enfin certaines chimios stimulent la pigmentation de la peau sous les ongles et les font  virer au noir ou au marron. On parle alors de « mélanonychie ». D’autres provoquent des petites hémorragies sous unguéales, leur donnant une teinte violette et créant parfois des abcès.

Seule chose à faire préventivement : toujours limiter les chocs aux extrémités, et avoir les ongles courts, pour éviter un « effet levier », mais pas trop ras non plus. Garder un millimètre de bord est idéal. «En cas de bourgeon charnu, d’abcès, une chirurgie peut également être proposée pour soulager le malade », précise le Dr Vincent Sibaud.  

 

Gants, chaussures souples et vernis : les bons outils de protection

Qu’il s’agisse de toxicité au niveau des ongles ou de leur pourtour, il est impératif d’éviter au maximum les traumatismes locaux. Pour les mains, il faut donc éviter les manucures importantes, l’onychophagie (se ronger les ongles),  les  contacts avec les produits détergents agressifs et les milieux humides. La bonne habitude à prendre : porter des gants en coton ou en vinyle pour faire le ménage et le jardinage. « Au départ, toutes ces lésions aux ongles ou autour des ongles sont inflammatoires, mais pas infectieuses. Des germes peuvent toutefois s’y installer. Après avoir manipulé quelque chose d’un peu sale,  tremper ses doigts dans un bain antiseptique peut donc être un bon réflexe », ajoute le Dr Vincent Sibaud. Une crème à base d’urée appliquée sur les mains, les pieds et les ongles apportera par ailleurs hydratation et confort.

Pour limiter les chocs au niveau des ongles des pieds, une solution unique : le port de chaussures larges et  très souples.

Dans tous les cas,  la pose de vernis au silicium, un agent aux propriétés durcissantes, en double couche, sur les ongles ne peut pas faire de mal.  Elle est surtout recommandée une fois que l’ongle est décollé, pour le rendre plus résistant aux chocs et torsions, et éviter qu’il ne se divise en lamelles. Ne pas hésiter à le retirer dès qu’il s’écaille avec un dissolvant sans acétone, puis à en remettre.  Dans le cadre d’une chimio classée dans les taxanes, le vernis à ongles opaque peut aussi être tenté d’un point de vue préventif. « L’exposition au soleil, entre les cures, même modérée, jouerait un rôle dans la toxicité unguéale rencontrée avec les taxanes, ajoute le Dr Lucie Peuvrel, dermatologue au CHU de Nantes. Chose étonnante d’ailleurs car ces traitements ne sont pas spécialement photo-sensibilisants. L’ongle produirait un effet de loupe qui concentrerait les rayons sur le lit de l’ongle, et entraînerait une bonne partie des symptômes. Un vernis opaque peut empêcher les rayons d’atteindre la peau sous l’ongle».

 

Le recours aux accessoires réfrigérants

Partant de cette théorie, les moufles et chaussons réfrigérants proposés aux malades, lors des traitements, n’auraient malheureusement pas de grands effets préventifs sur le décollement des ongles. « Nous manquons malheureusement encore de données prouvant l’efficacité des outils réfrigérants. Mais on ne peut pas dire non plus qu’ils n’en  n’ont pas DU TOUT », avance le Dr Vincent Sibaud. Pour les toxicités du pourtour de l’ongle, ils n’auraient  pas non plus grand intérêt. 

Une fois le traitement anticancéreux terminé, un bilan  avec un dermatologue spécialisé dans ces problématiques devra être fait afin de constater l’état de la matrice des ongles. A partir de là, des compléments oraux pourront être prescrits. «  Même si il y a eu de grosses altérations unguéales, il faut savoir qu’elles ne sont jamais définitives. Dans la quasi totalité des cas, les patients retrouvent des ongles de très bonne qualité », conclut le Dr Cécile Marty.

Céline Roussel

 

Commentaire : (1)

Portrait de colibri

En post chimio par, entre autre, des taxanes, et malgré le port des gants réfrigérants, je me retrouve avec une onycholyse. Comme les ongles se décollent, il faut les couper de plus en plus courts. Actuellement, il ne me reste qu'une petite moitié d'ongle à chaque doigt.
Ce n'est pas douloureux, mais handicapant pour la préhension fine et très inesthétique.