Le cancer du larynx nécessite parfois l’ablation partielle ou totale de ce dernier, entraînant ainsi la perte de la voix. Les opérés doivent alors réapprendre à parler grâce à la rééducation  vocale.

 cancer du larynx

Avec près de 4 000 nouveaux cas détectés chaque année, le cancer du larynx frappe surtout l’homme d’âge mûr, après 50 ans. Selon la localisation et la taille de la tumeur, on aura recours à la chimiothérapie, à la radiothérapie ou à la chirurgie. Lorsque le traitement est chirurgical, on parle de laryngectomie partielle ou totale. « Dans le cas d’une laryngectomie partielle, seule une partie du larynx est retirée, une des deux cordes vocales par exemple, explique André Allali, orthophoniste et  co-auteur de La voix sans larynx. Lors d’une laryngectomie totale, on procède à l’ablation complète du larynx ».  Le chirurgien doit alors aboucher la trachée à un orifice effectué à la base du cou, appelé trachéostome. Une opération qui n’est évidemment pas sans conséquence.

En effet, le larynx, situé derrière la pomme d'Adam, est une partie essentielle pour le corps humain car il abrite les cordes vocales qui permettent la production de la voix, matière première de la parole. Son ablation entraîne un changement radical dans la façon de respirer, l’air ne passant désormais plus par la bouche et le nez mais par le trachéostome. « L’air respiré, directement introduit dans les poumons à travers la trachée n’est plus freiné, ni filtré, ni réchauffé, ni humidifié, continue Mr. Allali. Ce qui entraîne d’abondantes mucosités  et un fréquent besoin d’expectorer. Mais la conséquence principale reste bien sûr la perte de la voix »

 

La réhabilitation vocale

 

La laryngectomie totale est un véritable handicap vécu comme un traumatisme par les opérés. A l’angoisse de la maladie s’ajoute l’impossibilité de communiquer avec ses proches, de formuler ses douleurs ou d’effectuer de simples gestes de la vie quotidienne, comme répondre au téléphone. La première urgence consiste donc à trouver un moyen de s’exprimer à nouveau.

Tout de suite après l’opération, la plupart des opérés passent par l’écrit et utilisent une ardoise. Un pis-aller qui ne dure qu’un temps si la réhabilitation vocale est réussie. En effet, après l’opération, l’opéré est pris en charge par un orthophoniste afin d’acquérir une nouvelle voix, la voix œsophagienne. « Les cordes vocales n’existant plus, il faut trouver un nouveau moyen pour produire des sons, détaille André Allali. Le patient est amené à introduire de l’air dans la bouche œsophagienne (la partie toute supérieure de l’œsophage), pour produire ensuite une vibration de cet air. Il s’agit en fait d’un rôt. C’est le point de départ de sa nouvelle voix, la voix œsophagienne ».

Cette technique est obtenue par la majorité des opérés, sauf en cas de complication. Elle nécessite en moyenne un mois à un an d’apprentissage. Le résultat est souvent impressionnant. Malgré une tonalité quelque peu monotone et un débit de parole un peu haché, la parole reprend ses droits et les opérés sont tout à fait capables de tenir une conversation. D’autant plus qu’une autre technique, désormais pratiquée sur près d’un opéré sur deux, permet encore d’améliorer la tonalité et la modulation de la voix.

 

Les associations pour l’exemple

 

Il s’agit de la voix trachéo-œsophagienne. « On place en fait un petit implant entre la trachée et l’œsophage, reprend Mr Allali. Pour parler, on obture le trachéostome avec un doigt et l’air ressort par la bouche et le nez. On obtient une voix bien meilleure ». Un geste chirurgical quasi-miraculeux puisque l’opéré peut parler généralement assez rapidement. Il comporte cependant une contrainte : l’implant nécessite d’être remplacé tous les huit mois en moyenne.

Cette réhabilitation vocale est un vrai soulagement pour les malades et c’est encore par l’exemple que l’espoir renaît le mieux. « Les orthophonistes jouent un grand rôle dans le soutien psychologique des opérés, insiste-t-il. J’ai ainsi l’habitude de présenter certains de mes anciens patients aux futurs et surtout aux nouveaux opérés. Pour les rassurer et se rendre compte que finalement, on peut garder une bonne qualité de vie même sans larynx ».

L’association des «mutilés de la voix», ou le forum de la Voix Brisée, sont également des lieux d’écoute et de partage d’expériences précieux. « Les associations jouent un rôle de réconfort et de soutien capital», confirme André Allali.

 

Cécile Cailliez

 

 

 

 


Pour en savoir plus :

La voix sans larynx   François Le Huche et André Allali

Editions Solal, 2008