Encore peu utilisée, l’auriculothérapie est une pratique médicale alternative qui permet de soulager notamment les douleurs post-cancer. Le Dr Sabine Brulé, médecin et auriculothérapeute depuis 1985 à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif, en explique les principaux apports.  

 auriculothérapie

LMC : qu’est-ce que l’auriculothérapie ?

C’ est une thérapeutique découverte par le Dr Paul Nogier en 1951. Reconnue par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 1987, il s’agit d’une réflexothérapie qui utilise le pavillon d’oreille comme un « clavier thérapeutique ». L’oreille représentant une cartographie du territoire d’innervation de tout le corps, l’auriculothérapie consiste à implanter des petites aiguilles au niveau de l’oreille qui vont agir en induisant une action réflexe.

 

LMC : pourquoi avoir ouvert cette consultation d’auriculothérapie  à l’IGR (institut Gustave Roussy) ?

Au départ, j’ai une formation de médecin généraliste. J’ai suivi ensuite un cursus en acupuncture traditionnelle, puis j’ai rencontré Evelyne Pichard qui a crée la première consultation anti-douleur à l’IGR. Notre objectif était le suivant : soulager les patients qui ont eu un cancer de la manière la moins agressive possible. J’ai alors découvert l’auriculothérapie et j’ai trouvé que pour ce type de patients, cette technique médicale présentait de nombreux avantages par rapport à l’acupuncture.

 

LMC : lesquels ?

Sur le plan pratique, il est difficile de planifier une séance d’acupuncture de manière hebdomadaire, ce qui correspond pourtant à la fréquence souhaitée en cas de douleurs chroniques. En auriculothérapie, on prévoit deux ou trois séances à un mois d’intervalle. C’est tout. Et puis, certains patients peuvent difficilement être pris en charge par l’acupuncture : c’est le cas de ceux qui viennent de subir une chute de plaquettes ou qui présentent des zones irradiées, par exemple. Nous nous sommes également aperçus que l’auriculothérapie donnait des résultants étonnants dans les douleurs fantômes qui se manifestent après l’amputation d’un membre.

 

LMC : Quelles sortes de douleurs post-cancer l’auriculothérapie permet-elle de soulager ?

Cette technique permet de prendre en charge efficacement et sans effets secondaires un grand nombre de douleurs post-cancer. Il s’agit principalement de douleurs de type neuropathiques en lien avec le délabrement d’un circuit nerveux. On va ainsi soulager toutes les douleurs liées à des cicatrices nerveuses et qui se manifestent souvent par des décharges électriques, une perte de sensibilité ou une sensation de peau cartonnée. Ce sont des douleurs qui apparaissent fréquemment après une radiothérapie. Dans un cancer du sein, par exemple, on pourra prendre en charge les douleurs du bras ou la douleur fantôme d’un sein manquant. En quelques minutes, l’auriculothérapie va permettre de rétablir une connexion nerveuse avec la zone réflexe.

 

LMC : comment l’auriculothérapie agit-elle ?

En fait, notre corps fonctionne comme une sorte de circuit électrique. Les informations périphériques montent au cerveau où elles sont décryptées. Parallèlement, les commandes centrales descendent vers la moelle épinière pour effectuer certaines fonctions comme la motricité. Au niveau du tronc cérébral, il existe une jonction entre la moelle épinière et le cerveau. Le pavillon de l’oreille est branché sur cette zone. En cas de pathologie périphérique, on va détecter à l’aide d’un appareil électrique un point sensible au niveau du pavillon de l’oreille. On piquera ensuite ce point à l’aide d’une aiguille, ce qui va inhiber le message douloureux. Selon le type de problème, on utilisera entre 3 et 10 aiguilles. On piquera toujours le côté en relation avec la pathologie (l’oreille droite s’il s’agit du sein droit, par exemple) mais selon les pathologies, on pourra piquer les deux oreilles. Le résultat est souvent immédiat et pérenne dans le temps. Dans certains cas, il s’avère pertinent de laisser des aiguilles semi -permanentes en place pendant un certain temps.

 

LMC : en dehors des douleurs, l’auriculothérapie peut-elle être utile pour soulager d’autres problèmes liés au cancer ?

Dans certains cancers ORL, par exemple, il arrive que la production de salive soit perturbée après les traitements. L’auriculothérapie peut agir sur ce point en stimulant le nerf facial et les zones qui commandent la salivation. C’est une technique également très efficace contre le syndrome mains-pieds et les bouffées de chaleur qu’on observe fréquemment dans les cancers hormono-dépendants. On peut aussi y avoir recours pour les problèmes d’insomnies et de nausées liées aux chimiothérapies.

 

LMC : est-ce une technique fréquemment utilisée ?

Notre consultation d’auriculothérapie existe depuis 1985 à l’IGR (Institut Gustave Roussy). Il en existe aujourd’hui dans plusieurs établissements. C’est le cas à l’hôpital Georges Pompidou (75), Henri Mondor (94) ou au CHU de Nantes, par exemple. J’interviens également comme formatrice à l’université de Bobigny. Cette pratique intéresse de plus en plus d’établissements même si certains médecins restent sceptiques. 

Propos recueillis par Nathalie Ferron

 

Pour en savoir plus :

Pour en savoir plus et trouver un praticien près de chez vous :

SOFA : Société Française d’Auriculothérapie