Parce qu’elle opère à la fois sur le calme mental, le soulagement des tensions et la relance de l’énergie, cette pratique ancestrale peut aider face à la maladie. Explications du Dr Lionel Coudron, médecin et directeur de l’institut de Yoga Thérapie, auteur de « Yoga Thérapie », (éd. Odile Jacob, 2010).

 

 Lionel Coudron

LMC Que peut apporter la pratique du yoga en cas de cancer ?

 

Elle est bénéfique à trois niveaux : sur l’anxiété en favorisant la détente, sur la fatigue en redonnant de l’énergie et sur le travail d’acceptation de la maladie. En effet, quand une personne apprend qu’elle est atteinte d’une maladie chronique, il y a souvent refus, déni ou dépression. Or, ce travail d’acceptation est très important. C’est d’autant plus intéressant que dans ce contexte, on n’a pas beaucoup d’alternatives. Bien sûr, on peut avoir recours aux anxiolytiques et aux antidépresseurs mais ce n’est pas efficace chez tout le monde alors que le yoga est bien toléré par tous et donc bénéfique. Enfin, le yoga va avoir aussi un effet antalgique sur les douleurs.

Rappelons-le : le yoga ne guérit pas du cancer. Mais il est une aide complémentaire à des soins qui sont les seuls dont on dispose aujourd’hui et qui permettent de sauver beaucoup de vies.

 

 LMC Y a t-il des postures contre-indiquées ?

 

Il n’y a pas de contre-indications Bien sûr, s’il y a des métastases vertébrales ou costales, la personne ne pourra pas faire n’importe quel exercice. 

On me demande souvent si c’est contre-indiqué, voire dangereux, de faire des postures inversées, par exemple, ou si certaines postures peuvent aggraver le risque de métastases. Cela n’a ni fondement théorique, ni réalité concrète : ce n’est pas parce qu’on augmente la circulation du sang qu’on va aggraver la dissémination.

Il n’y a donc pas de contre-indication en dehors des restrictions classiques qui sont : « J’écoute mon corps et je ne fais pas ce qui me fait mal ou ce que je sens être inadapté ». Trois signaux doivent être pris en compte : la douleur sur le plan physique, l’essoufflement au niveau de la respiration et le sentiment de mal-être sur le plan psychique. Si vous respectez cela, il n’y a aucun problème.

 

LMC Le yoga pourrait donc être utile même dans le cas de cancers métastasés ?

 

Certaines études sont même allées jusqu’à démonter que la pratique du yoga, de la méditation ou des visualisations positives dans ce contexte métastatique irait jusqu’à augmenter l’espérance de vie. On observe les mêmes effets que chez les autres malades : augmentation de la vitalité, de la détente et diminution de la douleur. Cette même étude a démontré que le yoga est efficace au prorata de la durée passée à en faire. 45 minutes par jour entraînaient un résultat supérieur à une pratique de 10 minutes  par exemple. Autre conclusion : les bénéfices du yoga se font sentir non seulement sur la journée mais également sur les 2 ou 3 jours qui suivent. Ce qui n’est pas négligeable.

 

LMC A quelle fréquence peut-on pratiquer ?

 

Pour une efficacité optimale, la fréquence idéale est de 3 fois une heure de pratique par semaine. Ce n’est pas propre au cancer : c’est la durée qu’on observe pour tous les types de pathologies (asthme, lombalgies, problèmes digestifs...) Ces 3 heures de pratique peuvent être réparties en 30 minutes par jour, 3 fois une heure ou 2 fois 1H30.

Chacun peut pratiquer à son niveau. Pas d’esprit de compétition ni de performance dans cette discipline : si la personne est fatiguée ou essoufflée, elle va aller à son rythme. L’important, c’est que le travail, basé sur la prise de conscience, la respiration et les étirements, soit fait en détente. Les enchaînements plus rapides de postures, comme dans les cours d’ashtanga et de bikram, yogas dynamiques, sont déconseillés aux personnes fatiguées.

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Quels conseils donnez-vous aux personnes qui voudraient démarrer la pratique ?

 

De trouver un cours près de chez elles. Et de pratiquer avec un professeur qui a pignon sur rue. Après c’est d’aller essayer : si le premier cours ne plait pas, ne pas hésiter à essayer un second, voire un troisième cours. Et, bien sûr, informer le professeur de son état de santé.

Institut de yoga thérapie : http://www.idyt.com/

 

Propos recueillis par Nathalie Ferron

 

A lire le témoignage de Carole   : le yoga m'a remise dans la vie

 

 

 

 

 

 


Pour en savoir plus :

Ii existe plusieurs fédérations de yoga en France. Pour trouver un cours près de chez vous, vous pouvez contacter, par exemple, la Fédération Française de Hatha Yoga : http://www.ff-hatha-yoga.com/ ou la FIDHY (Fédération Inter-Enseignements de Hatha Yoga) http://www.fidhy.fr/