Aujourd’hui, on parle de moins en moins « des cancers » au pluriel, et l’on s’attache à comprendre et traiter le caractère unique de chaque cas. Le Dr Didier Bourgeois, chirurgien spécialiste du cancer du sein à la clinique Hartmann, à Neuilly-sur-Seine, nous parle de cette singularité de la maladie cancéreuse et de ses répercussions sur la pratique médicale.

 

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LMC : « mon » cancer disent souvent les malades, comme s’ils avaient l’intuition que leur maladie et le rapport qu’ils ont avec celle-ci leur est propre. Chaque cancer est-il vraiment unique ?

Oui. Le cancer qui atteint un patient n’est pas le même que celui dont souffre son voisin. Et ce, à plus d’un titre. Nous savons maintenant que chaque cancer a une « carte d’identité » qui lui est propre.

LMC : comment établit-on ces « cartes d’identité » ?

Les progrès technologiques et biologiques ont véritablement révolutionné l’analyse des tissus cancéreux et nous ont permis d’atteindre ce niveau de connaissance. L’analyse macroscopique permet simplement de localiser et identifier une masse tumorale, ce qui n’est déjà pas mal ! Mais le développement des techniques de microscopie, il y a une trentaine d’années, a fait « glisser » l’analyse du cancer à l’échelle, beaucoup plus précise, de la cellule. Et la deuxième grande révolution a été la génomique, c’est- à- dire l’étude de l’ADN de la tumeur. Ces progrès considérables permettent aux praticiens d’en savoir beaucoup plus sur la nature de la tumeur, sur son unicité, et sur le pronostic. Mais si chaque cancer est unique, chaque patient l’est aussi !

LMC : par quels aspects chaque patient est-il singulier ?

Il est de plus en plus clair que les patients ont des caractéristiques biologiques ayant une influence sur l’évolution de la maladie et sur l’action des traitements. Le corps se défend contre le cancer de la même façon qu’il se défendrait contre une agression virale ou bactérienne. Certains patients vont développer leurs propres mécanismes de défense vis-à-vis des agressions. D’autres seront porteurs de gènes - comme le gène mdr, pour multidrug resistance- qui va induire une résistance aux traitements. De plus, la psychologie du patient et son rapport à la maladie jouent un rôle fondamental. Le psychologique et le biologique sont étroitement intriqués et interagissent. Chaque individu  a une représentation différente du cancer et celle-ci va « teinter » sa relation avec la maladie et avec les traitements. Certains patients, par exemple, expriment d’emblée un rejet, une angoisse, devant la chimiothérapie, qui les effraie.  Les patients sont « imbibés » d’idées et de peurs de toutes sortes. Chaque cancer et chaque malade sont singuliers et la relation du patient à sa maladie l’est aussi, un peu comme les couples, qui sont tous différents les uns des autres.

LMC : la prise en charge actuelle est-elle adaptée aux particularités de chaque tumeur et chaque patient?

L’établissement de cette « carte d’identité » de la tumeur permet d’affiner la stratégie thérapeutique. Avec mes patientes, j’emploie une image : je leur dis toujours que nous allons faire ensemble un travail sur mesure, et non pas avoir recours à du prêt-à-porter. C’est ce que nous appelons le parcours personnalisé de soins (PPS). Ceci dit, cette adaptation aux cas particuliers a inévitablement ses limites. Les médecins sont tout de même contraints de ramener chaque cas à des sous-groupes de cancers pour savoir quel protocole de soin est à privilégier. Ce protocole est choisi, en accord avec le patient, en fonction de son âge, de ses antécédents et du type de tumeur.

LMC : quelles sont les conséquences de cette unicité de la maladie et des patients, pour vous, médecins ?

Nous nous posons en permanence beaucoup, beaucoup de questions confrontés à des « couples » patient-cancer toujours différents ! La connaissance très précise des tumeurs nous permet de connaître et de déterminer des marqueurs biologiques qui sont des facteurs de prédictibilité. Nous savons, plus ou moins, comment la tumeur va réagir au traitement, quelle sera son évolution. Cependant, l’incertitude est toujours présente dans la tête des médecins…Mais c’est aussi l’intérêt de notre métier. La vérité d’il y a cinq ans n’est plus la vérité d’aujourd’hui. La médecine est une science toujours en mouvement.

Propos recueillis par Héloise Rambert

Pour en savoir plus

Le prochain congrès de la Société Française de Psycho -Oncologie aura pour thème « Evolution en cancérologie et nouveaux défis pour les soins psychiques »

Il se tiendra les 11, 12 et 13 décembre 2013 à la Cité Internationale Universitaire de Paris. 

Renseignements : SFPO