De plus en plus de malades peuvent désormais participer aux essais de nouveaux traitements. Mais tous les patients sont-ils égaux face à cette possibilité de tester ? Le docteur Guy Robert Auleley, responsable du département de la recherche clinique à l'INCa (Institut National du Cancer) répond à nos questions. 

L'un des objectifs du plan cancer 2009-2013 était d'augmenter de 50 % la participation des malades du cancer aux essais cliniques : il est atteint, avec 63 % de participants en plus entre 2008 et 2011. Ces essais sont des études scientifiques menées sur des patients et qui ont pour buts de tester de nouveaux traitements, qu'il s'agisse de l' efficacité d'un médicament ou son mode d'administration, d'une technique de chirurgie innovante, etc. En 2012, on dénombrait 1 403 essais en cancérologie ouverts en France et 35 390 participants. En faisant participer à la recherche clinique plus de patients, on augmente ainsi l'accès aux innovations. Le but, in fine : réduire la mortalité due au cancer. 

LMC : qui peut accéder aux essais cliniques et comment faire ?

Tous les patients éligibles peuvent avoir accès aux essais cliniques disponibles. La proposition de participation peut venir du médecin que le patient consulte, du personnel hospitalier ou du malade lui-même. C'est d'ailleurs de plus en plus le cas. Le registre des essais cliniques en cancérologie de l'INCa s'adresse au grand public et recense la totalité des essais en cours. Tout le monde peut y avoir accès. Il existe des critères d'éligibilité propres à chaque essai : type de cancer, stade de la maladie, etc. Le patient doit correspondre à ces critères pour rencontrer le médecin investigateur, qui mène l'essai. C'est lui qui, lorsque le malade est intéressé, lui explique l'ensemble du protocole à suivre.

LMC : peut-on refuser à un patient de participer à un essai s'il est volontaire et éligible ?

En théorie, non, sauf si le recrutement pour l'essai en question est terminé. Toutefois, avant que le patient soit inclus dans l'essai, il doit passer des tests pour vérifier s'il remplit les critères d'inclusion, qui sont très précis (par exemple, avoir telle valeur biologique). Un patient peut être écarté d'un essai pour d'autres raisons, comme sa mauvaise maîtrise du français (il doit être en mesure de comprendre et suivre scrupuleusement le protocole qui lui sera administré) ou si, selon l'avis de son médecin, il ne peut pas supporter les contraintes du traitement, ou encore s'il n'est pas en mesure de bien suivre le protocole. Mais même en cas de refus, les raisons doivent être expliquées au malade. Ceux qui entrent dans le protocole doivent signer un consentement éclairé écrit après avoir reçu toutes les explications du médecin investigateur. Il est important de souligner le fait que les malades participants aux essais cliniques ont les mêmes droits que n'importe quel citoyen et sont protégés par la loi dans le cadre des essais cliniques. Ils ne sont pas exposés à de plus grands risques que les autres malades.  

LMC : toutes les régions françaises offrent-elles une même chance de participer à cette recherche ?

Selon les régions, selon le sexe des participants ou leur âge, il existe des variations de participation. On sait aussi que les patients appartenant à certaines catégories sont moins fréquemment incluses dans les essais : les personnes âgées, les enfants, les femmes ayant une probabilité de grossesse. Idem pour certaines catégories socioprofessionnelles, où la barrière est la maîtrise de la langue dans laquelle les soins vont être faits.

A cela s'ajoute le fait que les essais cliniques ne sont généralement pas considérés comme des soins classiques. Il faut du personnel dédié et des structures adaptées car ils sont liés à l'offre de structures. Tous les établissements de soin de France n'ont pas cela à disposition. À titre d'exemple, il y a aujourd'hui 746 essais en cancérologie en Île-de-France, contre seulement moins d'une quinzaine dans le département d'Outre-mer.

LMC : peut-on alors parler d'inégalités ?

Ce serait aller un peu vite. Car on doit également tenir compte des besoins des populations locales : il y a des régions plus touchées que d'autres par cette maladie. Dans l'idéal, il faudrait donc que l'offre de participation aux essais clinique soit plus élevée dans les zones où le besoin ou la demande d'essais cliniques est la plus grande. On ne peut exclure des inégalités d'offres d'essais, non seulement en fonction des territoires, mais aussi des conditions sociales et démographiques des malades (âge, sexe...). Je reste prudent, car pour l'instant, il n'y a pas de données suffisamment étayées montrant cet état de fait.  

Propos recueillis par Cécile Pinault

Pour aller plus loin : le registre de l'INCa :

http://www.e-cancer.fr/recherche/recherche-clinique/registre-des-essais-cliniques 

 Le registre américain recensant l'ensemble des essais cliniques, en France et à l'étranger, tout domaines confondus : http://www.clinicaltrials.gov