La morphine est un puissant antalgique. Pourtant, malgré son efficacité, elle est encore sous utilisée, car elle fait peur. Certaines croyances erronées la concernant doivent donc être dépassées. Voici quelques éclaircissements sur ces lieux communs, avec le Dr Esther Soyeux, généraliste algologue, directrice et coordinatrice du Réseau Lutter Contre la Douleur-Paris.

 

« De retour à la maison, si je souffre, je peux avoir accès aux mêmes anti-douleurs qu'à l'hôpital et notamment à la morphine ».

Vrai. Votre médecin traitant peut vous prescrire de la morphine pour calmer vos douleurs chroniques ou aiguës. Vous pouvez également prendre rendez-vous dans un centre antidouleur, ou votre médecin peut contacter un réseau de santé spécialisé. (voir adresses ci-dessous).

 

« La morphine peut s'administrer de différentes façons ».

Vrai. Lorsqu'elle est prise par voie orale, en comprimés ou en gouttes, la morphine peut- être à effet retard (pour les douleurs chroniques) ou rapide (par exemple à prendre avant un soin douloureux). Elle peut- être également administrée sous forme de patchs, par intraveineuse, par péridurale,

 

« Si on me donne de la morphine c'est qu'il n'y a plus rien d'autre à faire ».

Faux. La morphine traite la douleur . Et celle-ci peut varier au cours de la maladie, en fonction des autres traitements administrés. Elle peut être plus  importante par exemple après une opération ou à la suite de certains soins. Mais la douleur peut également persister après la guérison. L'administration de la morphine n'a donc rien à voir avec la gravité du cancer, elle  est d'ailleurs utilisée dans de nombreuses autres pathologies aiguës. Il s'agit tout simplement d'un antalgique de classe 3 (ont dit maintenant opioïde fort), c'est-à-dire utilisé lorsque la douleur n’est pas soulagée par un  opioïde faible (anciennement appelé antalgique de palier ou de classe 2).

Pour la maladie chronique non cancéreuse sa prescription se discute en équipe pluridisciplinaire.  En ce qui concerne la pathologie cancéreuse, certains patients ont besoin parfois d’un traitement au long cours avec des interdoses (1/10 de la dose journalière à prendre, en plus, lorsque la douleur devient plus forte).

 

« La morphine entraîne des effets secondaires gênants »

Vrai. Dans les premiers jours, la morphine peut provoquer des nausées et vomissements. Ces symptômes disparaissent au bout de quelques jours. La somnolence, habituelle en début de traitement, est souvent due à une récupération du manque de sommeil induit par la douleur ; elle aussi disparaît donc rapidement. En revanche, la constipation est constante, et va persister dans le temps. Il faut la traiter systématiquement grâce à quelques règles hygiéno-diététiques (une bonne hydratation, la consommation d'aliments riches en fibres comme les céréales complètes, le son, les pruneaux par exemple) et un traitement laxatif.  Dans de rares cas on peut observer des démangeaisons, et des hallucinations. Mais face à une confusion mentale, il faut aussi rechercher d’autres causes que la morphine.

 

« Si on commence à me donner de la morphine, je ne pourrai plus m'en passer »

Faux. Les opioïdes nécessitent le respect de certaines règles de prescription. Si ces règles sont bien suivies : 

–  ils n’entraînent pas de dépendance psychologique ni de toxicomanie

–  ils peuvent être prescrits longtemps sans perte d’efficacité

– ils n’empêchent pas la communication

En revanche, une douleur qui n'est pas suffisamment bien prise en charge, ou pas suffisamment tôt, aura plus de risque de devenir chronique .

 

« Si la morphine ne marche plus, il n'y aura plus d'autres solutions »

Faux. Si la morphine ne fait pas effet, d'autres opioïdes forts existent. En fonction du type de la douleur (nociceptive ou neuropathique), des antidépresseurs, ou bien encore des anti-épileptiques peuvent être donnés en association. 

  

« Il n'y pas de risque de surdose avec la pompe à morphine »

Vrai. La quantité de morphine contenue dans le dispositif et le « bolus » - c'est-à-dire le volume administré à chaque pression- sont calculés de façon à écarter ce risque. Il n’est pas possible de s’administrer des doses supérieures à celles programmées par le médecin.

 

« Il existe des contre-indications à la morphine »

Vrai. En cas d’allergie et de contre-indication, votre médecin pourra répondre à vos questions ou vous orienter sur un spécialiste de la douleur

Isabelle Palacin.

 

 

Pour en savoir plus

 Quelques liens utiles

Société française d’étude et d’évaluation de la douleur

Site de l'association Ville-Hôpital lutter contre la douleur (tél. 01 43 41 14 00). Sur ce site vous pouvez également télécharger le carnet de bord « Douleur et cancer »

Pour télécharger le guide sur la douleur.

Le rapport de L'Insitut du cancer sur la prise en charge de la douleur.