Erwan Chuberre, attaché de presse et biographe, a 40 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer au rectum. Aujourd’hui il va bien et ose même rire de son aventure avec la maladie dans un livre surprenant et décalé. Entretien.

 

Erwann chuberre

 

LMC : pourquoi avez-vous écrit ce livre ?  Et pourquoi ce parti pris de rire de la maladie ?

Ce livre est tout simplement un symbole de guérison pour moi. En l’écrivant,  j’ai mis un point final à un épisode de ma vie, définitivement derrière moi. Pour être honnête, je me suis même dépêché de le rédiger, juste après la fin de mon traitement, car je suis d’une nature tellement positive que j’aurais été capable de tout oublié si j’ avais trop attendu ! Le ton de l’humour, c’est parce que, lors de mes soins, j’ai lu beaucoup de livres sur le cancer. Tous très lourds, très difficiles, prédisant la mort au bout du tunnel. Mes amis me prenaient même pour un maso ! Alors j’ai voulu prendre le contre-pied de ces récits-là, proposer une autre vision. D’autant  plus que l’humour et l’autodérision ont toujours été des armes dans ma vie. Et puis j’avais de la matière, tellement de scènes, d’instants cocasses à raconter…

 

LMC : lesquels par exemple ?

Cette phrase « Prenez la position de la femme qui accouche », entendu le jour de mon échographie endo-anorectale, et qui m’a fait paniquer. Vous savez lorsque vous avez un cancer au rectum, vous devenez très intime avec le corps médical… Ou ces mots « Alors c’était comment ? » prononcés par une infirmière après un  IRM. « Proche du paradis », lui avais-je répondu.

 

LMC : n’est-ce pas aussi par pudeur que vous avez choisi le ton de la légèreté ?

Si, bien sûr. Jamais je ne me suis apitoyé sur mon sort. Seuls mes très proches savaient  ce qu’il m’arrivait. Je ne voulais en parler aux autres qu’une fois guéri. J’ai pourtant vécu des étapes difficiles comme l’annonce, ce moment où j’ai appris que mon cancer était très rare. La tumeur était typique d’un cancer du poumon, mais s’était développée au niveau du rectum. Elle faisait partie des 5 % de cas de tumeurs pas vraiment expliquées. Ça rajoute un peu d’angoisse !  Il y a eu aussi les effets secondaires dus aux traitements, parfois insupportables.  Mais ce sont des éléments qui n’avaient pas leur place dans le livre qui se veut rapide, vivant, et résolument tourné vers la vie.

 

LMC : à qui destinez-vous ce livre ?

Aux malades, évidemment, car c’est un message d’espoir, une preuve que l’on peut rester dans la vie, malgré tout. Mais aussi à ceux qui les entourent, et qui sont effrayés par le mot cancer! Les gens s’éloignent de vous lorsque vous êtes souffrant. Dans l’imaginaire collectif, le cancer symbolise la mort, la dégradation physique. Hors dans la réalité, ce n’est pas ça : les services de cancérologie ne sont pas des couloirs de la mort !  La médecine a fait tellement de progrès en 20 ans ! Les traitements sont aujourd’hui très performants. J’ai donc envie de dire à tous ces gens d’aller voir comment ça se passe réellement, et de soutenir leurs proches touchés par la maladie, de ne pas avoir peur.  L’un des médecins qui m’a suivi, le docteur P. que je décris comme « un élégant et sexy doc antillais », m’a aussi dit que certains praticiens devraient lire ce livre pour changer leur approche des patients.

 

LMC : dans la réalité c’est donc l’humour qui vous a aidé à tenir. Et quoi d’autre ?

Rester dans l’action, toujours. Je n’ai jamais cessé de travailler, d’écrire. Il était important pour moi de ne pas laisser la maladie prendre le dessus. Même lorsque je devais subir une hospitalisation, j’écrivais sur ma page Facebook  que je partais « en cure d’écriture ». Il y avait un décalage entre ces mots et la réalité qui me faisait sourire tout seul ! Mon compagnon m’a également beaucoup épaulé, ce qui rendait le contexte favorable. Il est évident qu’il est plus facile de combattre le cancer et d’en rire à deux.

 

LMC : d’après vous, on peut donc rire de son cancer ?

Oui, je crois que le rire est l’un des remèdes contre le mal, si on l’utilise avec naturel et intelligence. Je reste persuadé que l’état psychologique a une responsabilité dans l’apparition et la disparition de la maladie. On envoie bien des clowns dans certains  services hospitaliers où se trouvent les enfants. Cela semble bien dire que c’est bénéfique, non ? Peut-être qu’on devrait faire pareil avec les adultes, au moins leur passer des films de Louis de Funès de temps en temps (rires)!

 

LMC : la maladie vous a-t-elle transformé ?

Totalement, et en mieux ! Avant la maladie, je vivais constamment dans l’urgence, j’avais des choses à prouver. Maintenant je profite de l’instant. Je ne me mets plus la pression. Je fais attention à ce que je mange, je suis à l’écoute de mon corps. Je vis « l’après-cancer » comme une renaissance apaisante, même si je sais qu’il peut revenir. La maladie m’est tombée dessus à 40 ans, ce n’est pas un hasard. Elle m’a permis de remettre ma vie à plat, pour moi, au niveau de mon couple, et même de l’endroit où nous vivions. La maladie est partie et a emmené avec elle toutes les racines pourries qu’il y avait sous l’arbre. L’arbre est reparti.

Propos recueillis par Céline Roussel

 

 

Pour en savoir plus :

« Cancer… ce n’était pourtant pas mon signe astrologique », le livre d’Erwan Chuberre,  est paru aux éditions Grimal. (17 euros)