Etre victime d’un cancer lorsque l’on est travailleur indépendant peut ressembler à un véritable parcours du combattant. Car en plus du stress de la maladie, il faut également maintenir son entreprise à flot, bien souvent sans appui. Comment maintenir son chiffre d’affaires sans s’épuiser ? Quelle réaction avoir face à sa clientèle ? Enquête.

 

 travailleurs indépendants

«Ma remplaçante racontait la chronique de ma mort annoncée à ma clientèle». Cécile est osthéopathe dans les Hauts de Seine. En 2008, elle est victime d’un cancer du sein et doit subir une chimiothérapie. Pour maintenir l’activité de son cabinet pendant sa maladie, Cécile embauche une remplaçante pour quelques mois. «Nous échangions régulièrement par téléphone. Elle me disait que tout se passait bien tout en me conseillant de ne pas venir au cabinet, raconte cette mère de deux enfants. Vu mon état, j’aurais selon elle pu faire peur à la clientèle. Comme j’étais de toute façon trop fatiguée, je l’ai écoutée ». Quelque temps plus tard, des patients de confiance rapportent à Cécile des faits tout à fait différents. Dans le secretdes consultations, sa remplaçante annonçait purement et simplement le décès prochain de Cécile. En vue de lui voler sa clientèle ? « J’ai dû la licencier et reprendre le travail plus tôt pour ne pas mettre en l’air quinze années de travail », conclut-elle, amère.

 

Montrer sa présence

 

         Les travailleurs indépendants touchés par le cancer doivent ainsi, souvent, entreprendre un parcours de combattants. Quid d’un boucher de campagne qui, faute de pouvoir ouvrir chaque jour sa boutique, devrait la fermer pour plusieurs mois ? Ou d’un comédien qui ne pourrait monter sur scène durant plusieurs semaines ? Comment garder sa clientèle ? S’assurer un minimum de revenus ? Garder viable sa « petite entreprise » à laquelle on a déjà tant donné ?

         Du côté de la sécurité sociale, les artisans et commerçants peuvent prétendre aux indemnités du régime social des indépendants (RSI). Versées par la caisse d'assurance maladie, celles-ci peuvent être versées pendant trois ans et être complétées par un éventuel contrat prévoyance. Par contre, les professions libérales, comme les kinésithérapeutes, les psychologues, etc..., n'ont pas droit aux indemnités journalières de la sécurité sociale, mais seulement à celles prévues par leur couverture privée s’ils ont pris la précaution d’en contracter une.

         Une mesure de sûreté qu’avait heureusement prise Cécile, lui assurant un minimum de revenu pendant ses six mois d’arrêt. Si elle n’a pas trop souffert d’un point de vue financier, elle estime cependant avoir été proche de tout perdre, par manque de présence auprès de sa clientèle. « Même malade, on reste chef d’entreprise et une absence trop longue ne pardonne pas, estime-t-elle. Avec du recul, je me dis que, dans les moments où j’étais plus en forme, j’aurai dû me rendre au cabinet, ne serait-ce que pour discuter avec la secrétaire, les patients en salle d’attente... Montrer ma présence ».

 

Recevoir du soutien

 

         Nathalie, elle, a choisi de jouer la transparence avec ses clients. Consultante en ressources humaines dans la région lyonnaise, cette jeune femme avait l’avantage de profiter d’un statut de salarié, lui assurant une couverture santé plus fiable, lorsqu’elle est tombée malade. « Nous n’étions que deux dans l’entreprise, mon associé et moi-même. Mon chiffre d’affaires dépendait donc entièrement du nombre de clients que je ramenais à la la boîte ».  Elle fait dès le départ le choix de tout dire à ses clients : son cancer, sa grande fatigue, ses difficultés prochaines à assurer ses missions... Et là, surprise : « on attendra que vous alliez mieux pour la formation, on s’adaptera à votre état »... C’est un flot de témoignages de soutien qui arrive en retour.

         Nathalie insiste : la franchise, dans pareille condition, lui semble la stratégie la plus gagnante.  D’abord parce que l’on se sent beaucoup mieux, et ensuite parce que nos capacités d’adaptation se révèlent souvent étonnantes. « Bien sûr que j’ai eu peur de perdre ma clientèle, se souvient la consultante. Mais en même temps, j’ai tout fait pour répondre malgré tout à leur besoin. J’ai effectué certaines séances de coaching par téléphone plutôt qu’en face à face. J’ai même été jusqu’à me trouver un remplaçant, donc concurrent, pour une formation que je n’étais pas en mesure d’effectuer. Et la réponse du client a été de dire qu’il préférait attendre mon retour ». Ultime preuve de soutien : Nathalie a reçu une offre d’emploi de la part d’un de ses clients, au courant de son cancer. « Il souhaitait ainsi me rassurer sur ma situation future. Tant d’humanité, ça m’a totalement bluffé ».

         Si le témoignage de Nathalie est plutôt rassurant et positif, la situation des travailleurs indépendants est extrêmement différente d’un cas à l’autre et souvent bien plus précaire. Selon une étude de la Fondation de France, ces derniers sont plus exposés à la solitude que les autres catégories de travailleurs. Et, selon l’Inserm, la pression financière ou celle de la clientèle peuvent être autant de " facteurs dissuasifs de déclaration des arrêts de travail pour le travailleur indépendant ". En somme, la pression est grande sur les épaules des indépendants et il est souvent difficile de faire, malgré tout, passer la santé avant tout. A chacun, donc, d’ évaluer, entre repos et action, ce qui le maintient le plus en vie.  

 

 

Cécile Cailliez

 

 

 

 

Commentaire : (1)

Portrait de Christine Simon caron

Je suis Christine, gérante d''une TPE, nous fêterons en avril les 10 ans.
Cette entreprise, je la porte a bout de bras. J'ai 4 fidèles collaborateurs impliques depuis le départ.
Il y a quelques semaines, le verdict est tombe : cancer du sein avec une extension osseuse sur le sternum. Le jour de cette nouvelle, ma plus proche collaboratrice m'a avoue avoir elle aussi un signe inquiétant. Je l'ai accompagne pour la mammo et là même combat.
Statistique inquiétante sur un effectif de 5.
D'un point de vue financier, je devrais m'en sortir, j'ai des indemnités journalières (assurance prise il y a deux ans). J'ai appris que j'aurai également une part rsi.
Concernant mes clients, la plupart sont au courant et me soutiennent.
Ma première cure a eu lieu vendredi et pour le moment ça se passe bien. Je vais ralentir mon rythme de travail pour me consacrer a cette activité mais je suis convaincue des vertus du travail pour garder le moral.
Ma collaboratrice a été opérée, elle va bien. Nous avons chacune notre combat, mais nous nous soutenons.
J'ai besoin d'en parler, j'ai l'impression d'exorciser cette maladie.