L'étude Interphone, menée par le centre international d'étude sur le cancer, devait faire le lien entre utilisation du téléphone portable et développement de tumeurs cancéreuses. Les conclusions restent très vagues. 


 

Des résultats très attendus et un bilan décevant. L’étude Interphone lancée en 2000 a été rendue publiquemardi 18 mai dans l’International Journal of Epidemiology. Objectif de cette enquête internationale menée sur plusieurs milliers de personnes dans 13 pays : évaluer les risques de cancer du cerveau liés à l’utilisation du téléphone portableMalheureusement, aucune conclusion définitive n’a pu être établie.

 

En effet, les chercheurs du centre international d’étude sur le cancer (CIRC), rattaché à l’OMS, ont eu beaucoup de difficultés à s’accorder sur l’interprétation des résultats. "L'étude ne met pas en évidence un risque accru de tumeur, mais en même temps, on ne peut pas conclure qu'il n'y a pas de risque", a ainsi expliqué Élisabeth Cardis, coordinatrice principale de l'étude, sur la radio des Nations unies.

 

Plus précisément, les chercheurs ont comparé l'utilisation de téléphone portable chez 2.708 patients souffrant de gliome (tumeur développée à partir de la glie, des cellules assurant le soutien et la nutrition des neurones), 2.409 souffrant de méningiome (tumeur bénigne des méninges) et 7.658 personnes ne présentant aucune tumeur cérébrale. Les résultats de cette comparaison sont plutôt rassurants pour les utilisateurs modérés du mobile, soit 2h à 2h30 par mois : aucun lien formel n’a pu être établi entre l’utilisation du portable et le développement de gliome et de méningiome.

 

Des indicateurs obsolètes

 

Cependant, le risque paraît plus important pour les accros du téléphone. Certaines données montrent en effet un risque de gliome de 40% supérieur et un risque de méningiome de 15% supérieur chez les participants qui utilisent le plus leur mobile. Les auteurs de la recherche, invoquant des difficultés méthodologiques et des erreurs, refusent pour autant d’établir une causalité. « Il n'y a pas de risque accru, mais suffisamment de résultats suggérant un risque possible pour qu’on ne puisse pas conclure à l’absence de risque », résume le Dr Elizabeth Cardis.

 

En d’autres termes, cette étude qui a couté près de 19,2 millions d’euros, n’a pas pu apporter de certitudes quant à la nocivité des téléphones portables. D’autant plus que les indicateurs sont aujourd’hui obsolètes. En effet, la jeune génération est désormais beaucoup plus consommatrice de téléphonie mobile que ses aînés. Une étude analogue, Mobi-Kids, financée par l’Union Européenne, est d’ailleurs en cours pour évaluer le risque de cancer sur les enfants et les adolescents, une population non couverte par l'étude d'Interphone.

 

En attendant des résultats plus probants, la prudence reste de mise. En 2008, 20 experts réunis par le Docteur David Servan-Shreiber avaient émis des recommandations quant à l'utilisation des téléphones portables. Parmi elles, celles de favoriser le mode haut parleur, le kit mains libres et les sms et d'interdire son usage aux enfants de moins de 12 ans.

 

Cécile Cailliez

 

 

Pour en savoir plus :

La guerre des ondes