Fréquents aux Etats-Unis, les jardins thérapeutiques pour malades du cancer sont encore rares en France. On en compte seulement deux, l’un à l’Institut Curie, à Paris, l’autre à l’Institut Bergonié, à Bordeaux. Un troisième devrait voir le jour d’ici un an au Centre François Baclesse, à Caen. Ces petits carrés de nature ont pourtant de nombreuses vertus.

 

jardins Institut Curie

Apparus en France  il y a une douzaine d’années, les jardins thérapeutiques étaient au départ surtout destinés aux personnes âgées présentant des problèmes de mémoire et d’orientation. Des études américaines ont également montré que ces carrés de verdure, dans le cadre d’un cancer, aident le patient à mieux accepter sa maladie et les traitements lourds qui l’accompagnent. Ils présenteraient donc les caractéristiques essentielles d’un soin de support. « Nos médecins soutiennent très fortement le projet « Océan vert », nom du jardin thérapeutique à venir à Caen, explique Hélène Bru, responsable qualité du Centre François Baclesse. Selon eux, la nature génère une énergie qui peut amener un patient à « dépasser » sa maladie, au même titre que les soins esthétiques et corporels ou l’art -thérapie».

Un jardin peut également faire office de sas de décompression pour les personnes à qui on vient d’annoncer un cancer ou une récidive. Ou encore pour les proches qui, après une visite, ont besoin de souffler avant de reprendre leur voiture pour retourner chez eux.  « Nous avons également pensé aux enfants qu’il n’est pas toujours évident d’emmener dans une chambre d’hôpital, ajoute Hélène Bru. La vocation de cet espace sera vraiment de donner à chacun la possibilité de respirer, de s’échapper d’un univers difficile »

Une analyse partagée par Karine Laure, responsable de l’Eri, Espace de rencontres et d’information à l’Institut Curie, et instigatrice du projet de jardin « Graine de vie ». « Ces espaces permettent une pause dans le parcours du malade, un peu de répit. Et, qui sait, parfois ils lui donnent le courage d’aller à la prochaine cure. Cependant un jardin n’a jamais soigné personne, peut-être devrions-nous les  appeler « à but thérapeutique » et non pas « thérapeutiques», nuance t-elle.

 

Jardiner ou pas 

 

Tous ces jardins ne se ressemblent pas. « Le jardin d’été » de l’Institut Bergonié, à Bordeaux, est purement décoratif.  On peut s’y promener, s’y reposer et prendre le soleil. Celui du Centre François Baclesse, à Caen, fonctionnera dans le même esprit. On prévoit d’y construire sept  ambiances différentes « Pergola », « Bain de soleil », « Eau», « Repos », « Jeux d’enfants », « Zénitude », « Forêt ».

Du côté de l’Institut Curie, le parti pris est différent car l’idée est de permettre aux patients de jardiner. Pour cela, toutes les précautions nécessaires sont prises. « Il est interdit de jardiner sans gants et, par beau temps, sans chapeau. Aucun rosier ou plante allergisante n’a par ailleurs été semé dans notre jardin », explique Karine Laure. Certains aménagements ont été nécessaires. Il y a deux types de bacs « à hauteur ». Les premiers permettent aux personnes de jardiner debout. Des fauteuils peuvent être glissés sous les seconds, pour plus de confort. Différents thèmes d’ateliers de jardinage, « choix des plantes », « plantations », « entretien » sont ainsi proposés au fil de l’année. Les amateurs peuvent également venir se reposer dans ce petit espace vert, mais toujours sous l’œil d’un soignant.

« Je suis convaincue que le fait de travailler la terre apporte quelque chose de plus. En soignant une plante ou une fleur, en faisant en sorte qu’elle grandisse et s’épanouisse, les malades ont  le sentiment de se soigner un  peu eux-mêmes, de magnifier la vie. J’irai  même jusqu’à dire que ce type d’activité redonne une importance, une confiance à celui qui l’accomplit », ajoute Karine Laure . Et puis qui dit « potager » dit aussi « récolte »,  et donc portes ouvertes sur de grands moments de convivialité !  « Chaque année, à la fin juin, nous organisons un grand pique-nique, dans le jardin, à destination des patients, de leurs proches, et du personnel, avec au menu, tous les fruits et légumes que nous avons fait pousser ».

Céline Roussel

 

Crédit photo : Stéphane Laure / Institut Curie

 

 

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