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Le cancer peut parfois rendre égocentrique et angoissé, forcément. Il entraîne ainsi des changements de comportements qui pèsent  sur l’entourage du malade. Quelles sont les plus grandes sources de difficultés de ces proches malmenés? Comment les prévenir ?

Angoisse, tristesse, désespoir, panique... La mort convoque tant d'émotions qu'il n'est pas facile de l'évoquer, d’autant plus qu’elle est un tabou indépassable.  Pourtant , en parler permet dans une certaine mesure d'apprivoiser l'épreuve et de vivre jusqu'au bout en lien avec ceux qu'on aime.

Il y a seulement trois mois, Jean-Paul Effe, 50 ans, subissait une greffe du foie (19h d’opération) suite à la découverte de tumeurs cancéreuses. Aujourd’hui, cet auteur compositeur retrouve la scène et le public. Plein de gratitude pour cette « résurrection », il a écrit un texte de remerciements. Une occasion inhabituelle  pour la Maison de rendre hommage à tous les proches. 

 

Qu’il soit refoulé ou clairement exprimé, un sentiment de culpabilité vient souvent perturber les relations qu’entretiennent ses proches avec la personne malade. De quelle manière ce sentiment ambivalent s’exprime-t-il ? Comment faire au mieux avec lui ?

 

Ces deux dernières années, Leda s'est retrouvée prise dans ce qu'elle appelle une « constellation de cancers ». Tous étaient de mauvais pronostic dès le début, et elle a donc du accompagner jusqu’au bout de leur vie quatre de ses proches les plus chers. Un chemin ardu et pourtant irremplaçable, qui l'a menée à l'essentiel.

Parfois, malheureusement, les médecins et infirmiers de l’hôpital voient leur mission changer : ils étaient là pour soigner, et peu à peu il leur faut accompagner les familles dans le deuil. Comment s’en sortent-ils ? Dans la revue Oncomagazine, Françoise Ellien, psychologue et directrice du SPES, réseau de Soins Palliatifs et de Support en Essonne Sud, s’interroge.

« Vais-je lui dire que j’ai eu un cancer ?»  Pendant mes trois années de remission,  à chaque fois, ce fut la même délibération intérieure : un déjeuner avec une ancienne collègue, des retrouvailles avec un copain de fac, ou même un rendez-vous avec une amie pas vue depuis plusieurs mois : « est-ce que j’en parle ? Et pourquoi le ferai-je ? Ca servirait à quoi ?

A travers le quotidien du malade, ses angoisses, ses traitements, les proches côtoient eux aussi le cancer. Garder le moral dans ces circonstances demande de faire appel à des ressources intérieures solides. Comment y parvenir ? Des proches racontent leurs stratégies de survie.  

Je suis moi. Et pourtant qui me voit, dissimulée que je suis par les pinces du crabe? Dans cette soirée d’anniversaire, je me rends, heureuse de renouer avec un semblant de vie « normale ». La fête était belle mais sur le chemin du retour, un malaise sournois grignote mon moral. Pourquoi la compassion des autres m’ébranle-t-elle ? Parce qu’elle vient me rappeler à chaque instant le mal qui me ronge. Si moi je fais tout pour l’oublier, le temps d’une soirée, bien sûr que eux ne le peuvent pas. Je suis le cancer incarné.

Beaucoup de malades se sentent lâchés par ceux qu’ils croyaient être leurs amis. Du jour au lendemain parfois, ces êtres chers ne sont plus fidèles au poste. Un choc vécu comme une trahison qui ajoute du chagrin à la souffrance de la maladie. Pourquoi désertent-ils ? Cela peut-il être parfois un mal pour un bien ? Entretien avec Marie-Frédérique Bacqué, Professeur de psychopathologie clinique à l'université de Strasbourg, PhD.