Beaucoup de malades se sentent lâchés par ceux qu’ils croyaient être leurs amis. Du jour au lendemain parfois, ces êtres chers ne sont plus fidèles au poste. Un choc vécu comme une trahison qui ajoute du chagrin à la souffrance de la maladie. Pourquoi désertent-ils ? Cela peut-il être parfois un mal pour un bien ? Entretien avec Marie-Frédérique Bacqué, Professeur de psychopathologie clinique à l'université de Strasbourg, PhD.


 LMC : Quelle place ont les amis dans notre société ?


On observe depuis le milieu XXième siècle une transformation de la famille. Elle devient de plus en plus horizontale.  Ce qui signifie en clair, que de plus en plus de gens comptent plus sur leurs amis que sur leurs parents. A une limite près. Lorsque le malade a besoin de soutien pour des actes qui touchent à son intimité - être aidé pour manger par exemple- , cela devient trop lourd pour les amis, et c’est vers la famille que l’on se tourne à nouveau.


 LMC : Quel est le revers de la médaille de cette place cruciale de l’amitié?


On adhère à la même culture et donc chacun s’identifie à ses amis.  Le danger, c’est lorsque l’ami est malade ou meurt, l’autre se projette dans la même situation. Le cancer, qui est une maladie encore taboue, provoque un phénomène d’identification inconscient. Car tout le monde connaît aujourd’hui les statistiques, 350 000 nouveaux cas par an depuis 2009, et sait que le risque d’avoir un cancer est de plus en plus important. C’est cette réalité là que l’ami malade renvoie, et donc il n’est pas étonnant que certains prennent la fuite.


 LMC : Avec la maladie, il y a donc un « tri » qui se fait. Est-ce salutaire ?


Les « faux » amis s’enfuient, et demeurent les vrais amis. En général, ils ne sont pas nombreux mais c’est sur eux qu’on peut compter. Et c’est en réalité avec ces amis là que l’on partage les mêmes valeurs.  Car le cancer a fait évoluer le malade : il est confronté à une épreuve de vie qui va lui révéler ses vrais désirs. Fini le matérialisme, le superficiel ! Il veut retrouver l’authenticité, être en cohérence avec ce qu’il souhaite dans la vie, une vie dont il sait désormais qu’elle est limitée dans le temps. Avec cette ouverture d’esprit, il va souvent faire de nouvelles rencontres. Sur le chemin de la maladie peuvent alors se nouer des liens exceptionnels.


LMC : Peut-on ainsi se consoler de la désertion, et donc de la trahison, de ceux que l’on croyait proches ?


Oui, mais il faut trouver l’énergie, et cela n’est pas toujours facile, de se tourner vers d’autres communautés. Par exemple, de nombreuses femmes de la génération d’internet écrivent des blogs, d’abord pour informer leurs amis de leur parcours, puis elles se créent petit à petit des relations nouvelles. On peut aussi se tourner vers le milieu associatif, les groupes de parole, etc. Au départ, on va souvent vers des communautés d’autres malades, puis cela s’élargit à d’autres activités, caritatives, ou des clubs de photos, de marche, etc… De nouvelles amitiés se noueront, si l’on est dans le partage et l’ouverture aux autres.


Propos recueillis par Anne-Laurence Fitère


Marie-Frédérique Bacqué est Directrice du laboratoire Subjectivité, connaissances et lien
social, EA3071. Elle est entre autre auteure de "La force du lien face au cancer", (2009), avec François Baillet,
Eds. Odile Jacob.


 


 



 


 

Commentaires : (14)

Portrait de lyne

Je vous lis et cela me touche tant car vos mots écrits son aussi mes ressentis - ma peine aussi
Je sais bien que la maladie fait peur - moi pour protéger les miens je n'ai pas voulu que l'on en parle - l'annonce de mon cancer - mes deux grosses opérations - la chimio ont fait que je préférai mettre toute mon énergie à ce combat
Les pleures de panique - l'envie d'hurler cette envie de vivre
je la partageai malheureusement avec mon mari (je dis malheureusement car cela me faisait si mal de lui faire subir aussi à lui le fait que je lui infligeait aussi ma maladie -
dans mes moments de peur qui me submergeait malgré la force de vaincre que j'ai en moi - mais cette force parait si dérisoire parfois quand on sent que dans son corps quelque chose de plus fort est là à l'intérieur - prêt à vous faire sombrer de l'autre côté de la vie
La double peine de voir ceux que l'on aime s'éloigner
je parle de la Famille - les amies (s) cela fait mal blesse
mais ceux que l'on a toujours aimé si fort - et qui petit à petit vous délaisse - parce que l'on ait plus la personne rigolote - insouciante - dynamique - et qui a toujours là pour aider les autres !
Non je n'ai plus l'envie d'être là pour ceux qui n'en valent pas la peine - j'ai trop pleuré cette Année pour cela
Oui il faut de la force pour se dire que tant pis - j'avance et comme dit l'autre qui m'aime me suive....
La Famille oui comme dit Catherine autant ne pas se tromper
mais c'est cela qui me met à terre en ce moment
Mais j'essaye de me reconstruire un peu - je me suis inscrite au yoga et je suis si contente malgré ma fatigue de voir que ce corps meurtris peut encore bouger - et se remettre un peu à être vivant -
Cela me fait du bien au corps et à l'esprit de partager des petits instants avec des personnes étrangères mais qui pour un instants sont si agréables avec moi (mais je ne leur ai pas dit ma maladie ) peut être que cela les ferai fuir aussi ?
Juste ma professeur le sait ?
Je sais que mon mari s'éloigne lui aussi et me laisse très souvent toute seule - j'aimerai tant pouvoir faire ce que j'aime pendant que je peux encore - aller à la mer etc etc
Mais même si on est forte on ne peut pas tout d'un coup changer le cap de sa vie avec cette maladie ou aller vers qui se tourner pour se dire et oui aujourd'hui je pense à moi rien qu'à moi ?
Je me sens si seule car tous ceux que j'aimais si fort à qui j'ai donné tant d'amour s'éloigne ...
Je ne leur en veux pas - mais cela fait si mal
Vivre vivre et avancer encore et encore sur ce chemin menant vers l'inconnu ??

Portrait de jean paul

Personnellement, peut-être contrecourant, je pense qu'il faut savoir accepté les personnes avec leurs faiblesses et leurs histoires. C'est vrai que il y a des faux amis, mais il y a aussi des personnes que par leur expériences personnelles ont du mal avec la maladie et la mort.
Sont-ils moins amis? C'est nous que prétendons des personnes des choses que ils ne peuvent pas donner? Moi je gère les amis en fonction de leurs blessures aussi.
L'amitié, même si en cette période c'est normal nous sommes beaucoup pliés sur nous, c'est de 2 cotés.
En plus je trouve enrichissant des personnes que ne me ressemblent pas trop.
Je pense qu'il faut savoir accepté ce que les amis peuvent nous donner, même si n'est pas ce que nous prétendrions.
C'est vrai aussi que de mon côté la majorité des personnes est présente, même si différente, exemple j'ai une collègue que elle a du mal avec la maladie elle ne ma pas appelé mais prend tout le temps de mes nouvelles par un autre collègue.
Mon père est mort quand j'avais 12 ans et encore maintenant je ne sais pas quoi dire à quelqu'un que a un proche que vient de mourir. Pour cette situation je ne serais pas de beaucoup d'aide ou de réconfort pour un ami, mais si il y a une urgence même la nuit je suis la.
Comme moi je dois vivre avec mon passé les autre aussi.

Portrait de dudu74230

ce que vous décrivez,je le connais trop bien aussi j'ai été abandonnée aussi par quelques personnes de mon entourage qui ce disais être mes amis il faut dire que depuis ma maladie qui fut declarer en mars 2010 certaine persones mon tourner le dos d'autre au quel je ne pensais même pas au contraire se sont rapprocher et je fut le premier surpris et ravis j'ai egalement fait de merveilleuses rencontres,auquel je ne m'y attendait pas des gens qui me sont si précieux et que je considaire comme une famille avec qui j'ai une tres grande amitier aujourd huit comme vous je ne veux plus me laisser polluer par des gens sans valeur ni morale .etant sur la region d'annecy et fut obliger de retourner chez mes parents sur perpignand car je suis separer et vie seul et qu'il me falais une surveillance c'est que j'ai pue faire le grand mena ge sur mes relations j'ai asser des deux mains pour compter mes vrais amis certain on fait le deplacement de 600 km pour venir me voir ou on pris leurs vacances pour me recontrer d'autre m'appelle toutes les semaines ce fut pour mois un trs grand reconfort tout au long de mes traitements j'ai gagné au change,et garde a present les amis de valeurs

Portrait de emimax

Bonjour,
Vos témoignages me touchent beaucoup, je me retrouve aussi, j'ai raconté mon témoignage sur la maladie dans un autre endroit.
j'ai perdu mes amis, ma famille m' abandonnée, mais avec la maladie, nous devenons plus fort, même si actuellement, je n'ai pas d'amis, je me dis que cela sera pour plus tard.
Je suis inscrite depuis peu sur ce site, en lisant tous les témoignages qui sont tous émouvants, avant, je me sentais seule, grâce à ce site, je ne le suis plus.
Merci

Portrait de claude38

le crabe est le cadeau de mes collègues de travail pour mon départ à la retraite 75 jours avant.l'agressivité de ce cancer m'a empêché de finaliser une carrière avec "copains,collègues etc..".95%de ceux-ci vous évitent se détournent etc...Après le monde professionnel il y a celui de tous les jours je n'ose en parler.Tous ces commentaires précédents sont claires.Un médecin anti-douleur m'a dit un jour "monsieur le cancer est une maladie qui s'attrape".Voilà cela fait 5ans(3ans de traitement et 1an de bonheur).Et septembre 2009 rechute traitement+opération et mars 2010 rechute de nouveau reprendre la chimio.Mais maintenant plus de famille car elle aussi a du ...etc.Dans ce passage de ma vie 14 juin 2005 à ce jour j'ai découvert des êtres merveilleux (je ne peux les citer de peur dans oublier)des gens exceptionnels proches et amis du premier à ce jour ils sont là.Les qualificatifs ne seront jamais assez grands pour les valoriser.Merci à eux et je repars au combat avec eux.Je crois que mon message et le reflet de tous les autres.La lâcheté est présente dans cette maladie

claude

Portrait de frisout

J'ai vécu la même chose. Quand j'ai découvert mon cancer de mon sein droit, j'en ai parlé avec 2 amies que je croyais être des amies. Après l'annonce de mon cancer, je n'ai plus eu de nouvelles et jusqu'à présent cela me fait horriblement mal. Quand elles ont eus des problèmes je ne les ais jamais laissés tombés. L'une d'elle a eu un cancer et elle a préféré me tourner le dos. Je ne leur demandais pas de me tenir la main, mais au moins un appel, un message m'aurait fait du bien, et au lieu de ça un silence total. Mon plus gros défaut c'est que quand je donne mon amitié c'est important à mes yeux et ne le donne pas facilement. Maintenant je suis seule, j'ai juste une amie-collègue qui m'appelle de temps en temps. Cette annonce de mon cancer m'a détruite de l'intérieur. Je n'ai pas de confiance en moi. Je me sens inutile. J'ai perdu les choses auxquels je croyais. Pourtant avant l'annonce de mon cancer j'ai eu des problèmes de santé depuis 1982 une maladie de Crohn. Je n'aime pas ce que je suis actuellement. Depuis 1982 j'accumule les problèmes de santé, et là l'annonce de ce cancer a été une bombe à retardement. J'essaie de l'accepter mais j'ai du mal. On m'a retiré mon sein et je n'aime pas mon corps. Pourquoi donner son amitié, si c'est pour souffrir et ce rende compte qu'on n'a pas fait le bon choix !

Portrait de soleil

C'est très difficile de lire tous ces messages;je m'y retrouve tant ! bien qu'ayant été "que" l'épouse d'un malade du cancer (testicule) en 1998.Nous nous sommes sentis aussi lâchés par ce que je croyais être des amis mais également par la famille...Je suis comme toi Catherine ,je n'ai pas pu pardonner lorsque ces personnes sont revenues après "la bataille"(gagnée).J'ai trop souffert,de cette injustice (ablation,cecos,chimiothérapies,re-opération et stérilité de mon mari à 27 ans).Je me suis tournée vers mon" soleil", ma fille (17 mois au début de la maladie).Cette petite bonne femme nous a aidés,cela a été une vraie chance .Cette épreuve m'a rendue encore plus méfiante que je n'étais mais aussi endurcie.

Portrait de pascale penelaud

j'ai déjà raconté mon histoire sur un autre endroit mais je réitére. J'ai en effet perdu une amie , après quinze ans d'amitié.... certains ne peuvent supporter la maladie, la mort à laquelle elle renvoie, la peur....parfois d'ailleurs, comme disait dutronc très justement " dans les hopitaux se sont les visiteurs qui ont des visages d'enterrement, pas les malades!!!" et c'est si vrai!!!
Cette maladie nous rend faible et fort à la fois, alors les amis qui ne peuvent nous soutenir, tant pis pour eux, restent les authentiques, les vrais, les fidèles, et il y en a... et la famille, et les films drôles!!!!! j'ai mis 3 mois à me remettre de cette perte, mais je vous jure à tous que maintenant j'en suis sortie encore bien plus forte!!! j'ai pris conscience de l'essentiel, compris que l'amitié c'est rare est précieux, et que si nous nous sommes fragilisés, il y a bien plus faibles que nous.... il y a ceux qui ont peur pathologiquement et je les plaints beaucoup, si un jour cela leur arrive, mon dieu!!!

Portrait de cerOnac

Bonjour et merci pour tous ces précieux témoignages... J'y retrouve forcément quelques similitudes. Il est bien évident que j'ai ressentit moi-aussi la peur que le cancer provoque autour de soi, la souffrance de voir s'éloigner ceux qu'on aimait, mais j'ai distingué le cancer de moi-même. A savoir que j'ai compris combien certains proches ont eu peur du cancer, peur de la vie qu'on met entre parenthèse lors des lourds traitements, peur d'avoir leur petite vie quotidienne perturbée, peur d'affronter la mort, la mienne peut-être mais aussi la leur...
Pour ma part, avec le recul, je n'en veux à personne, je n'ai rien à pardonner à quiconque, tous ces sentiments sont humains, c'est juste qu'ils ne me correspondent pas (ou plus ?). Alors, j'ai eu l'impression que ce n'était pas mes ami(e)s qui s'éloignaient ou moi qui m'en éloignais, mais juste le fait que l'on n'était plus sur la même longueur d'onde mettait de la distance entre eux et moi. Je vis ça aujourd'hui comme quelque chose de bénéfique, quelque chose de très positif. Comme si je m'étais détachée (enfin) d'une peau morte et lourde que je me traînais inconsciemment... pour découvrir avec délice la nouvelle ! Très peu d'ami(e)s sont resté(e)s mais je sais qu'ils me correspondent vraiment et ces moments partagés avec eux dès que c'est possible, sont de vrais moments de bonheur... parce qu'ils sont vrais et profonds ! Il y a les nouveaux amis, ceux vers qui je me dirige parce que justement j'ai changé, et que mes élans ne sont plus les mêmes, parce que j'ai d'autres priorités, et là encore, que du bonheur !

cerOnac
"On peut construire quelque chose de beau avec les pierres du chemin"

Portrait de Claire

@Cerise: Merci pour ton commentaire très émouvant. Connais-tu l'association JSC, Jeunes Solidarité Cancer? On y aborde toutes les problématiques liées au fait d'avoir un cancer en étant jeune adulte.www.jscforum.net

Portrait de Cathie

Il y a aussi un petit détail auquel les amis les plus bienveillants ne pensent pas, c'est que opération + chimio + rayons, c'est long, très très long. Nous on encaisse, mais eux se lassent.

C'est étrange aussi le ressenti des gens qui se crée pendant les traitements, un sens du petit rien exacerbé : une simple maladresse peut être blessante, et une minuscule attention peut nous combler.

Difficile ensuite d'échapper à un peu de communautarisme ; je n'ai de conversation débridée qu'avec des copines du cancer, c'est reposant, parce que partout ailleurs, plus ou moins fort, il y a toujours de la retenue.

Portrait de Cerize

J'étais une jeune-femme pleine d'insoucience, ma vie c'était les sorties, les soirées entre amis et après midi shopping avec les copines ou à piapiater dans les cafés des après-midi entières! A 22ans, je me suis retrouvée dans un bureau où je n'avais pas choisi d'entrer en face d'un monsieur en blouse blanche dans un endroit sinistre ou ça sentait la maladie. Je me suis entendue dire que cette boule que je sentais dans mon sein depuis ces deux semaines passées était un cancer du sein. Depuis ce jour ma vie a basculé. Je crois que je ne pourrais plus jamais la récupérer. Quelquechose de positif ou de négatif. Aujourd'hui en rémission je me bats pour oublier cette vie qui ne sera plus, pour cesser de la regretter amèrement. Biensûr je me suis engagée dans la bataille! Avais-je le choix? J'entends encore ces mots prononcés par le monsieur à la blouse blanche quand il m'a demandé comment était ma vie... Quand il m'a dit que mes amis allaient partir... J'étais sûr de moi! Ce bonhomme ne connaissait rien de ma vie et de mes amis! Mes amis et moi c'était sincère! Ils m'avaient déjà de nombreuses fois prouvé qu'ils tenaient à moi, m'avaient déjà soutenu maintes fois déjà! Malheureusement, le monsieur en blouse blanche avait raison... Aujourd'hui encore, un an après tout ça j'ai encore du mal à y croire moi-même quand je pense à tout ce qu'était ma vie avant le crabe...

Une de mes amies proches est partie dès le début. Je n'ai pas compris mais je m'attendais déjà à ce qu'elle parte petit à petit, au fur et à mesure... C'était ma copine de bringue! Petit à petit j'ai arrêté de m'obstiner à l'appeler, des appels et des sms qui restaient sans réponses... J'ai appris à l'oublier, et puis l'urgence des traîtements faisait que de toute façon je n'avais pas le choix je devais avancer, et j'avais encore de très proches amis à mes côtés qui eux j'en étais certaine ne partiraient pas! Ce qui m'a par contre fait énormément de mal ce fût d'apprendre qu'elle avait soutenu une femme malade elle aussi du cancer du sein (la mère de son petit-ami). Elle a été là pour elle, mais pas pour moi! Alors que je me battais toute seule de mon côté elle a été là pour elle! Je ne peux m'expliquer ça ni lui pardonner. Je peux pardonner la peur, mais pas accepter ni comprendre pourquoi elle a fait avec cette femme qu'elle connaissait depuis peu ce qu'elle n'a pas eu le courage de faire avec moi. Je ne peux même pas me consoler en me disant qu'elle a eu peur de la maladie. Ca me fait énormément souffrir... Moi je lui foutais la trouille alors qu'elle elle a pu la soutenir et se tenir à ses côtés. Pourquoi? Une des inombrables questions qui demeureront sans réponses malheureusement. Une fois les traîtements finis, je suis retombée sur elle. Elle a fait comme si nous étions deux parfaites étrangères. Cette histoire me laisse un goût plus qu'amer. Pourquoi Pourquoi Pourquoi. Je dois apprendre à vivre avec tout ça et accepter que je ne comprendrais jamais les réactions de certains et leurs agissements envers moi quand le crabe a frappé à ma porte. Pourtant, il n'a pas demandé la persission pour entrer...

Puis, petit à petit mes autres amis se sont éloignés. Certains que pour quelques temps avant de revenir, par passe en fonction aussi de ce que chacun vivait de son côté. Bien évidemment, tout ce qui me tombait sur le coin de la figure ne devait pas être facile tous les jours pour les proches qui se tenaient à mes côtés dans des moments rudes de la maladie. Mais une de mes meilleures amies est partie pour de bon, alors qu'elle était là durant toute la période très difficile des chimios... Le jour où elle devait venir me voir à la clinique alors que je venais de subir la mastectomie, elle n'est jamais venue. Et elle n'est jamais revenue d'ailleurs. Je ne rentrerais pas dans les détails car la perdre elle ce fût vraiment le coup de massue. Je venais de me faire opérer, l'épreuve que je redoûtais le plus! Elle m'abandonnait à ce moment là! Elle et moi étions amies depuis 12années. Elle était ma meilleure amie. Ce que je croyais. Aujourd'hui encore alors qu'elle ne sait rien de ce qui se passe aujourd'hui, moi je ne guéri pas de son abandon. Je ne peux l'oublier. Je pense à elle très souvent. Alors qu'elle elle m'a oublié.

Comment ces personnes chères qui vous quittent font pour ne prendre aucune nouvelle? Et si j'étais morte aujourd'hui? Elle ne savent rien de ce qu'a été la maladie en réalité. Puisque j'ai tout fait pour leur cacher la terreur du crabe... Pourtant, j'ai tout fait pour ne pas les effrayer!Je n'ai même pas pu leur expliquer. Elles ne m'en ont pas laissé le temps. Aujourd'hui, elles ne savent même pas si je vais bien... Et elles ne sont pas revenues!

Les autres qui sont restés... quelquechose a changé. Eux et moi au fur et à mesure de la maladie même si on est resté ensemble, aujourd'hui j'ai le sentiment de les avoir quand même perdus avec ce cancer. Tout est différent maintenant. Ma vie est devenue si différente de la leur. Je ne suis plus la même. Je ne vois plus la vie de la même façon qu'eux la voient encore. Et rencontrer de nouvelles personnes ce n'est pas facile quand on a passé par la case cancer et traîtements à 22ans seulement! Quand on a passé les deux années passées à se soigner. Aujourd'hui il me faut m'ateler à guérir psychologiquement de mon cancer. Le plus dure reste à venir... Je suis perdue sur une autre planète que la votre. La planète CANCER vous vous ne la connaissez pas! Cette planète je la déteste autant que je m'y plais. Ce cancer, cette maladie, c'est ma vie depuis que vous m'avez abandonné! Et qui saura écouter et accueillir une jeune-femme dans sa vie avec un si lourd passé à porter! Cette jeune-femme qui peut rechutter, cette jeune-femme qui peut mourrir plus vite que les autres... Cette jeune-femme qui n'arrive plus à parler de peur d'effrayer, cette jeune-femme qui n'arrive plus communiquer, à se penser autrement qu'au travers de son cancer, une jeune-femme marquée à jamais physiquement et moralement par une maladie dont personne ne veut entendre parler...
Sans oublier toutes ces personnes qui faisaient partie de mon quotidien, les connaissances,les gens de ma vie d'avant, et qui du jour où le crabe est entré dans ma vie, ne se sont plus jamais manifestés... Trop peur de se retrouver en face de moi. Alors biensûr ces gens prenaient de mes nouvelles, mais jamais personne n'a dénié le faire aurpès de moi, la principale consernée. Prendre des nouvelles par le biais d'autres personnes c'est pire que de ne pas en prendre du tout. Comme ça vous semblez avoir la conscience tranquile sûrement... Jamais un coup de téléphone, un signe, un mot, une parole. La vie les a protégé car ils ne se sont jamais retrouvés en face de moi ils ont réussi à m'éviter, à m'exquiver et m'ignorer dans leur vie de tous les jours! Pourtant s'ils avaient continué à se comporter normalement avec moi, ça m'aurait tellement touché que j'aurai tout fait pour les mettre à l'aise avec ce crabe. Je les aurais rassuré! Non tous ces gens m'ont abandonné.

Vous parlez de cette femme malade qui vous renvoie à votre propre mort! Pourquoi tant d'égoïsme! Moi je suis sûr d'une chose, je n'aurais jamais pu abandonner une amie seule avec les affres du cancer. . .

Pardonnez-leur, moi je ne leur pardonnerais jamais.

Portrait de sitelle

Voilà ce qu'écrivait, hier, Bernadette, à propos du vide qu'elle ressentait autour d'elle..

"La lumière de l’espoir me fut dérobée avec l’arrivée de cette brume épaisse, collante, grise et froide que l’on nomme commodément indifférence ; comme une chape de béton, si lourde, si définitive, si pesante dans l’absence de son dire. Comme un linceul minutieusement imaginé, préparé, choisi à l’avance habillant notre âme pour l’éternité. Que reste-t-il de ces questions que des lèvres chuchotaient avec tellement de douceur et de chaleur ? Que reste-t-il de ces soucis partagés, de ces interrogations soucieuses de savoir, de connaître la fatigue, la douleur, la souffrance du corps et de l’âme ? Que reste-t-il de ces regards qui n’avaient nul besoin de mots pour se comprendre ? Que reste-t-il de ces instants que je pensais naïvement partagés, sincères et vrais ? Et que reste-t-il de cette écriture exacerbée des émotions qui emplissaient l’air, les heures, le vide pour mieux m’aider à les occulter ? Où y a-t-il eu erreur, faux pas, malentendu, mal compris, mal concerné, mal impliqué ? Quel est donc ce bruit de verre brisé, de sang répandu, de larmes versées, qui se répercute comme un écho dans les méandres de ma souffrance ? Tous ces non-dits, ces refus de dire qui gisent à des profondeurs inaccessibles dans une masse cimentée de paroles jamais assumées, de discours jamais affrontés, d’explications jamais advenues, d’excuses jamais présentées et qui pourtant eussent été impossibles à recevoir et de souvenirs tronqués à rectifier. Comment affronter l’immensité de l’espace vide d’espoir, vide d’envie quand on est avide de ne plus être ? En finir avec les tourments et les blessures de l’âme et du corps, une fois pour toutes. Franchir le pas, passer cette frontière pour accéder enfin à la paix.

Le regard vide qui égrène les secondes comme autant d’épines enfoncées dans le cœur et qu’il faudrait retirer une à une au prix d’une douleur insurmontable. Disparaître alors, me laisser ronger, fondre comme le bloc de glace que l’eau attaque, mord et avale, y creusant allègrement des failles irréparables. M’évanouir enfin dans ce brouillard fige par l’absence de compassion traînant derrière moi les franges fatiguées, élimées et écorchées de ce que fut ma vie."

Marie-Claude.

Portrait de catherine

Bonjour,

Mon parcours ressemble parfaitement à ce que vous décrivez :

j'ai été abandonnée (et le mot n'est pas trop fort) par quelques amies extrêmement proches lors de mon cancer du sein en 2001. Certaines ont tenu bon lors de la première année et ont lâché prise lors de ma récidive fin 2002.

Effectivement je représentais pour elles la maladie qu'on redoute, la mort qu'on ignore... Il fallait supporter mes silences, mon désespoir, il fallait accepter que je n'ai plus le moral, ou pas tous les jours, que je ne sois plus la Catherine pétillante d'avant.

J'ai remarqué que certaines personnes ne savent vraiment pas que dire devant quelqu'un de malade, d'autres savent trouver les mots.
Mais, même si on ne sait pas quoi dire, aujourd'hui les moyens sont nombreux pour envoyer un mot gentil, un clin d'oeil, un "je pense à toi" par mail, texto, ou message sur le répondeur.

J'ai eu mal, très mal. Aujourd'hui ces personnes reviennent vers moi. parce que je suis à nouveau fréquentable, que je sais à nouveau rire, m'amuser, faire la fête. Le spectre de la mort a disparu....

Mais je ne peux pas pardonner, oublier, le fossé est devenu trop grand. J'ai changé énormément, mon parcours a été différent du leur. J'ai envie de choses vraies, sincères, je ne sais plus être superficielle, j'ai perdu mon insouciance...

Et puis surtout , j'ai fait de merveilleuses rencontres, des gens qui me sont si précieux que je ne veux plus me laisser polluer par des gens que je n'estime plus. Des personnes qui ont les mêmes valeurs que moi, avec lesquelles je me sens bien. Beaucoup de gens qui ont été malades bien sur , et d'autres que j'ai choisies avec discernement cette fois-ci.
j'ai gagné au change, je sais faire le tri entre ceux qui me ressemblent et ceux avec qui je n'ai aucun point commun.

On choisit ses amis, c'est une des grandes différences entre les amis et la famille, alors autant ne pas se tromper :-)