Chauve qui peut – part 2 | la maison du cancer

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Dans cette phase difficile de perte des cheveux, de séparation avec mon enfant que je voyais derrière la vitre de cette chambre stérile, un psychologue est entré dans la chambre. Il m’a beaucoup aidé sur cet aspect me rappelant que la féminité, ce n’est pas que les cheveux. L’attitude, la voix…il y avait d’autre chose. La maladie n’enlève pas l’essentiel de ce que nous sommes intrinsèquement.

Ce psychologue je ne l’ai pas revu entre 2005 et 2008 où un jour d’été je l’ai croisé en allant à l’hôpital. Je suis allée vers lui et il m’a expliqué qu’il avait appris avec moi. D’abord parce qu’il avait rarement eu une jeune femme de mon âge, puis qu’il avait compris ça, que ça ne servait à rien de me parler d’une autre patiente qui avait eu des cheveux longs magnifiques trois mois après. Non ! J’avais surtout eu besoin que cela soit entendu au moment où je le vivais. Il m’a aussi confié que cela n’avait pas été facile pour lui car il avait une petite amie qui avait des cheveux longs à l’époque. J’ai compris que derrière le psy, il y avait bien un homme.

Il y a donc le regard que nous portons sur nous-mêmes, cette blessure narcissique importante et le regard d’autrui. Car l’alopécie stigmatise, « on fait malade atteint de cancer ». On a honte, on peut avoir peur de faire pitié. La peur de faire peur, ça existe.

Il y a eu cette dame charmante à l’hôpital qui a dit à ma mère « c’est simple, si c’est pour voir ça (en parlant de moi), je ne reviendrais pas.” Elle me donnait 14 ans, j’en avais 28. Evidemment, la maladie avait entrainé une altération globale du corps.

Mon conseil si ce passage est inévitable : faites vous couper les cheveux courts avant c’est moins pénible. Et puis faites ce que vous voulez ! J’ai associé la couleur de mes bandanas à mes vêtements. Vous avez le droit d’être moche aussi ! Une amie malade a dit cela à son mari, j’adhère et j’adore. D’autres vivent bien ou moins mal cette perte là[1]. Alors oui, ils ont bien repoussé mes cheveux et je suis contente d’en avoir aujourd’hui. Mais longtemps, j’ai eu du mal à me reconnaître dans la glace. Une amie m’avait demandé si je me souriais dans la glace et j’avais pensé « pourquoi faire »

Il y a donc ensuite un temps de reconstruction parce que nous le valons bien !

Rebelle avant la maladie, j’ai vraiment eu besoin d’être re-« belle » après.

[1] Sophie Van Den Der Stap raconte dans un livre « la fille aux neufs perruques » comment elle s’est amusée à se créer d’autres identités (presse de la cité), sortie mai 2009.

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