Comme une piqure de rappel | la maison du cancer

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A chaque saison c’est pareil. Manteau rouge et rose aux joues, je dépareille les murs blancs de l’hôpital. C’est comme une habitude et même une injonction : « souris, puisque c’est grave » dit la chanson. Toujours le même chemin, toujours le même couloir, seuls les patients changent. Parce qu’il faut bien revenir à l’hôpital. Et revenir à la vie aussi. Car on en renvient finalement de l’enfer et de l’attente. On en passe des heures dans le couloir, des jours, des semaines et même des mois. Puis ce sont les années qui passent. Mais on revient toujours alors que la vie est revenue, d’ailleurs elle n’avait pas disparu, elle était juste en stand-by. A ma grande surprise, j’ai changé. Mais chaque visage, chaque regard sonne en moi comme une piqure de rappel. Une piqure de rappel de ce que j’ai pu être. Longtemps, je suis repartie en pleurant. Touchée coulée par les autres, la marina prenait l’eau. J’avais le cœur léger en cas de bonnes nouvelles sinon c’est mon compte bancaire qui s’allégeait.
Hier matin, je suis revenue faire un bilan de biologie moléculaire. J’arrivais gaiement à l’hôpital pensant que, peut-être, enfin, j’avais la vie devant moi. Mais voila, la nouvelle infirmière a raté cette piqure dans ma veine. Pas de veines hein ! Cette piqure là a été comme une piqure de rappel : « attention petite, oui tu es heureuse d’être en vie et dans l’envie mais voila, n’oublie pas, tu dois revenir dans 4 mois ». Tic tac, tic tac. Dacodac ! J’ai bien compris, je ne maitrise rien. A qui perd gagne, je veux bien jouer. C’est parti pour la vie.