Chauve qui peut – part 1 | la maison du cancer

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Aujourd’hui je pense qu’on peut rire de tout, mais ça dépend du moment quand même. Un jour mon frère a eu cette blague que j’ai trouvée consternante : un sanglier croise un cochon et lui dit « alors, tu as fini ta chimio ? » 

Le cancer renvoie à une problématique de perte ; celle de la perte des cheveux est une question sensible et délicate, parfois minimisée.

Nous sommes tous des anciens bébés. Quelle est la première question que l’on pose aux parents d’un nouveau né «est-ce qu’il a des cheveux ? » les cheveux nous renvoient à notre identité, ils font partie de nous. 

Pour une femme, c’est souvent un symbole de féminité. Pour moi, ça a constitué une épreuve terrible que j’ai eu beaucoup de mal à vivre, à supporter. Ça a entrainé une vraie perte de confiance, je me suis même demandé(e) après si j’étais un homme ou une femme.

Evidemment le contexte de vie du malade a un impact. Je me suis demandé si mon bébé allait me reconnaître. Un jeune adolescent vivra peut-être cela très mal à un âge où la séduction et le désir de plaire sont importants. J’ai connu cela. Quand j’ai décidé qu’il était temps d’enlever les cheveux qui restaient et que j’ai fait appel à une aide-soignante, j’ai pris la peine de prévenir mon mari au téléphone. Bon je lui ai dit que j’étais prête pour partir faire la guerre. En même temps, c’était une guerre contre la maladie (et pour la vie donc). Et c’est un peu ça le problème. Il n’y a pas que la maladie à soigner, il y a le malade en tant que personne.

Dans mon envie de transmettre et de former les soignants et les proches, il y a bien ce message à faire passer pour moi : inutile de dire à une personne qui perd ses cheveux qu’ils vont repousser ou qu’ils seront plus beaux après. Que le plus important, c’est la guérison. Certes, mais on s’en fout devant la glace!  Et on ne sait rien de la suite! C’est nier la réalité du moment présent de ce que vit l’autre que de lui parler de sa future chevelure. Or, pour beaucoup c’est un moment terriblement angoissant avec des répercussions importantes sur le moral, l’image et l’estime de soi.  Ce que nous vivons là, personne ne peut le vivre à notre place. On n’est jamais à la place de l’autre de toute façon.

La suite demain…

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