Psychologie en phase de rémission | la maison du cancer

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Bonjour

(Ceci est mon tout premier message dans ce salon, merci de me signaler si je ne poste pas au bon endroit)

Je réside en Corse …

Il y a moins de 10 ans, je ne savais pas trop ce qu’était le cancer et même la mort en général …
Mais depuis, la vie s’est chargé de me donner une idée bien précise de cette maladie.

Cela a commencé avec ma mère, qui nous a quitté en 2006, après 3 années d’une lutte inégale, où le mal a pris son temps pour emporter sa proie … L’année de son décès, nous apprenons que la femme de mon frère est aussi atteinte.

Deux ans de souffrances, avec une période de courte rémission et elle part elle aussi.

Début 2008, mon épouse apprend qu’elle a un cancer du sein Elle est opérée rapidement (ablation d’un sein), puis subit radio et chimiothérapie pendant 6 mois. Là encore, quelques mois de répit avant qu’elle ne se plaigne de difficultés à marcher. Début 2009, scanner qui révèle des métas dans les os, avec les vertèbres touchées.

En avril, nouvelle opération à Marseille pour tenter de réparer une fracture d’une dorsale, due aux tumeurs.

On nous annonce que les métas ont gagné le cerveau …
Retour assumé en Corse pour de nouvelles radio et chimio … (elle aurait pu rester à Marseille mais elle a décidé de revenir auprès des siens …)

A cette époque j’apprends qu’un de mes (rares) amis a une tumeur au péritoine : un cancer très rare et … sans espoir.

Le 14/06/09, mon épouse décède, son état s’étant dégradé en moins d’une semaine …

A Noël 2009, j’étais chez ma soeur (sur le continent) Elle m’annonce qu’elle souffre d’un cancer du rectum.

Houla ! on discute et je m’aperçois que nous “partageons” les mêmes symptômes

Je vais voir mon médecin qui me confie à un spécialiste rapidement.

Je me souviens encore de ce que me disait ce spécialiste : d’abord passer une coloscopie, puis envisager un scanner dans les mois suivants. :-)) Dans les minutes qui ont suivis la coloscopie, il était prêt à m’hospitaliser illico pour passer un scanner le + rapidement possible

Hi hi … ils ont beau faire, il y des fois où ils ne sont guère rassurants :-))

Résultats : tumeur au colon et plusieurs métas au foie
Je commence rapidement une “bonne” chimio à Bastia, dans la même clinique où est décédée ma femme il y a moins d’un an.

Ma soeur aussi (à Besançon), mais sous forme orale, et avec des rayons en plus.

Je continue à travailler quand même … Jusqu’au 25 mars 20010, où d’un seul coup je suis pris de violentes douleurs abdominales. On ne lésine pas sur les moyens : je m’offre un baptême en hélico pour rejoindre Bastia en urgence (75 kms) Scanner : perforation du colon

Opération (de soustraction) pour enlever les tumeurs (tant qu’il y est le chir s’occupe aussi de ma crise de foi) et d’addition … puisque je me réveille avec une ileostomie (mot plus agréable qu'”anus artificiel”)

Le chir m’annonce que la chimio avait déjà fait un gros boulot d’assèchement des métas du foie ce qui avait rendu possible son intervention à ce niveau (sinon pas opérable sur place) … et que la “dérivation” posée n’était que temporaire !!!

OUF !!!
Je passe 6 semaines avec ce truc horrible et en mai ce brave chir me l’enlève et “rétablit la continuité” dans la tuyauterie …

Le jour de Pâques (le 04/04) encore une grosse chaleur : j’étais encore à la clinique, et je me mets à cracher du sang, toute la journée … le soir on m’évacue aux urgences de l’hopital (le pneumologue de la clinique était en congé dans le sud) L’urgentiste dit à mes gosses que le pronostic est incertain ………… Heureusement, un médecin chinois (qui maniait le bistouriz avec des baguettes et dextérité) stoppe l’hémorragie.

2 jours après je dois presque m’évader de l’hosto où les soins pour mon bidon (en service de pneumo) étaient loin de me convenir :-)))

Du coup, en cette fin de printemps, j’ai pris 2 mois d’avance sur ma soeur qui chimiote toujours :-)) Et je peux lui annoncer ce qui l’attend … En juin, elle se fait opérer aussi, avec la même dérivation …. mais la pauvre, elle l’a encore ce jour !!

On doit la lui ôter, mais la date n’est pas fixée …

Et moi, je reprends ma chimio, avec deux “molécules”
J’ai un cycle de 2 semaines, avec 3 jours consécutifs de traitement l’une, et un seul jour l’autre semaine …

Pas de gros effets secondaires les 6 premiers mois. Pas de nausée, pas de perte de cheveux (un peu qd même), pas d’amaigrissement …

Juste une fatigue terrible qui arrive 2 jours après et qui dure de plus en plus (jusquà être continue), qqs ennuis digestifs, et une très forte réaction cutanée à la deuxième molécule, celle que je reçois tous les vendredis, et qui est destinée à mon foie …

Et puis …. mon ami nous quitte, fin mai.
Il espérait une opération auprès d’un chirurgien/chercheur à Paris qui voulait tenter une première … mais le mal a été le plus rapide.

16 aout : nouveau scanner …. et nouvelles taches (1 au foie et une plus bas) “Faut pas s’inquieter” disent les toubibs (tout en prévoyant de rallonger le traitement …) Bah … moi je ne m’inquiète pas 🙂

Juste besoin qu’on me dise la vérité …

Début Novembre : un autre ami me quitte.
Lui souffrait d’une hépatite …

2 de mes meilleurs amis perdus en moins de 6 mois !!!
Pour dire vrai, il ne m’en reste plus.

Novembre toujours : modif du traitement : je ne reçois plus que la molécule pour le foie, celle qui me donne des boutons 🙂

J’espère retrouver la forme ….
Tiens !!! Accroche toi bonhomme, t’as pas tout vu !

Depuis le début, j’avais des effets dans les doigts et la bouche avec le froid (impossible de boire une boisson fraiche par ex)

Puis les doigts, et en particulier les ongles !!, ont commencé à “souffrir” Engourdissement d’un, puis deux doigts … et bientôt toute la main Et les pieds itou

En 6 mois de traitement, cela s’est installé tout doucement, et cela continue

Actuellement c’est ce qui me gêne le plus.
3 mois après la fin du traitement qui a provoqué ces symptômes … ils continuent à empirer et je sais que j’en ai pour des mois

!!! voir des années … Je ne peux plus écrire … plus manipuler des choses simples …

Le mal que j’ai avec la souris en ce moment …

Les pieds : je ne supporte plus de chaussures … Je pourrais aller me promener … sauf que ce serait pour rentrer avec les pieds en sang .. Je perds l’équilibre très facilement …

Suis tombé plusieurs fois au début … maintenant je sais et je me méfie 🙂

Rien à faire d’autre que de patienter ……..

Ma soeur, qui a terminé sa chimio juste avant Noel …. découvre les mêmes effets neurologiques et leurs conséquences

:-(( (j’évitais de lui en parler)

J’ai passé un IRM et une écho en janvier 2011 La tache décelée précédemment est en fait une grosse prostate !

Taux de PSA élevé qui va avec …

Biopsie en février pour vérifier : ouf, rien de malin (pour l’instant 🙂

Lundi, j’ai vu mon chir, avec les résultats de mon dernier scanner (6 jours avant) :
Tout est Ok !!! Je peux respirer un peu, j’entre en période de rémission …

Tout devrait aller pour le mieux …. et pourtant, je ressens depuis comme un malaise psychologique …

Je me suis battu pendant des mois contre un ennemi certes invisible mais bien présent, et pour le moment, il est en retraite… (pas encore vaincu)

Au lieu de savourer cette victoire, je ressens une espèce de vide !! Plus rien contre qui me battre ! Je sais que je dois rester vigilant, et j’ai peur de me démobiliser trop tôt …

Sentiments contradictoires que j’ai un peu de mal à gérer …

Est ce normal ? Je n’ai pas trop abusé de l’aide psychologique pendant mon traitement, et curieusement, c’est maintenant que j’en éprouve le besoin.

Y a t’il une sorte de “syndrome de Stockholm” développé envers son cancer ?

Merci de m’avoir lu jusqu’ici 🙂 Cordialement

Yves