Au fait, pourquoi manger des fruits et légumes est-il bon pour la santé? | la maison du cancer

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On le sait: il faut manger des fruits et légumes. Mais pourquoi? Par quels mécanismes biologiques ont-ils un effet de protection? Que contiennent-ils qui est tellement utile pour la prévention des cancers? Une interview du Professeur Serge Hercberg, Directeur du Centre de recherche en nutrition humaine de l’Inserm.

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Comment sait-on que manger 5 fruits et légumes par jour permet de réduire le risque d’avoir un cancer?

Serge Hercberg: on dispose de plusieurs centaines d’études qui montrent que quel que soit le pays ou le contexte, les sujets qui consomment le plus de fruits et légumes ont moins de risques de développer un cancer. A partir de 5 fruits et légumes par jour, soit environ 400 grammes, on observe un effet favorable en ce sens. Mais même passer de un à deux fruits et légumes, ou de deux à trois, est positif.

Que se passe-t-il exactement dans le corps, lorsqu’on consomme des fruits et légumes, qui permet de diminuer le risque de développer un cancer?

S.H.: Il y a deux grands avantages produits par la consommation des fruits et légumes. D’abord, un premier effet directement lié à la composition des fruits. Même si nous ne connaissons pas encore les mécanismes biologiques intimes en jeu, on sait qu’il existe des nutriments intéressants dans les vitamines et les polyphénols antioxydants et dans les fibres. Les antioxydants s’opposent à l’accumulation de radicaux libres dans les cellules. Ce sont ces radicaux libres qui provoquent le vieillissement accéléré des cellules et sont en cause dans la cancérogenèse. Pour bien comprendre ce fait, faites l’expérience de couper une pomme en deux; à l’air libre, elle prendra une teinte marron. Pour éviter cette dégradation, il suffit de mettre quelques gouttes de citron, qui servent d’antioxydant. Le vieillissement cellulaire est freiné par la consommation d’antioxydants, que l’on trouve dans les fruits et légumes. Les fibres ont une autre action directe et mécanique: en favorisant le transit intestinal, elles limitent le contact entre la muqueuse de l’intestin et les substances cancérigènes. Elles jouent donc un rôle protecteur par rapport au cancer du côlon.

Le second grand avantage de la consommation de fruits et légumes vient de leur effet satiétogène: grâce à eux, on évite de consommer des desserts gras et sucrés. Le risque d’obésité est moindre, or, celle-ci est un facteur de risque pour le cancer.

Faut-il consommer des fruits frais? Surgelés? Bios ou pas bios?

S.H. : On peut consommer des fruits sous toutes les formes. Le mieux est qu’ils soient frais. Mais on observe suffisamment d’effets intéressants de fruits en conserve, par exemple, pour les inclure dans les recommandations de consommations. Pour le bio, c’est plus complexe. Au-delà d’un effet prouvé de protection de la planète, nous n’avons pas encore de démonstration scientifique d’un rôle du bio dans la diminution d’un risque de cancer. On peut supposer que la faible teneur des fruits et légumes bios en substances toxiques a un effet. Mais pour l’instant, nous n’avons pas d’évidence scientifique.

Connaît-on le rôle précis de fruits et légumes sur chaque type de cancer?

S.H.: Nous devons préciser ce rôle dans les études à venir. C’est notamment l’objet de NutriNet. Nous allons grâce à cette étude regarder les marqueurs biologiques et essayer de répondre à ces questions. Il faut rappeler que les cancers ne sont pas liés à la nutrition; celle-ci n’est qu’un facteur de risque ou de protection par rapport au cancer. Mais c’est un facteur important: quel médicament diminue de 15 à 30% le risque d’avoir un cancer? La nutrition le fait. Nosu souhaitons néanmoins aller beaucoup plus loin et affiner la prescription “5 fruits et légumes”. Le but est de déboucher d’ici trois ou quatre ans à des recommandations pratiques plus précises. Pour cela, nous avons encore besoin de volontaires pour NutriNet.

 Propos recueillis par Claire Aubé.

Une interview réalisée dans le cadre du partenariat entre La Maison du cancer et Vivons Prévention.