Lait et cancer : l’amour vache ? | la maison du cancer

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Longtemps considéré comme un aliment indispensable à notre équilibre alimentaire, et source de santé, le lait n’a résolument pas la cote dans des régimes anti-cancer. Faut-il pour autant le diaboliser ? Le Dr Eric Ménat, médecin spécialisé dans les maladies de la nutrition, et diplômé en carcinologie clinique nous aide à faire le tri dans ces idées reçues.

 

La consommation de lait de vache favoriserait l’apparition de certains cancers. 

Vrai. Des études ont montré que les grands buveurs de lait font plus de cancers de la prostate. Probablement parce que le lait contient des facteurs de croissance, pouvant de toute évidence faire croître les tumeurs. (Ce sont ces mêmes facteurs de croissance qui font prendre 250 kilos en 18 mois à un veau !) Le problème vient également de l’alimentation actuelle des vaches, composée le plus fréquemment d’ensilage contenant des pesticides, et des excès d’oméga-6 pouvant augmenter la teneur en xéno-oestrogènes dans le lait. Ces hormones ont une incidence sur les cancers hormono-dépendants, comme celui de la prostate, mais aussi du sein, de l’ovaire et du corps de l’utérus. C’est d’ailleurs même encore plus vrai pour le cancer du sein, car le lait est aussi très riche en acides gras trans, augmentant encore les risques pour ce cancer. Quant à l’impact du lait sur tous les autres cancers, les études manquent. Mais les facteurs de croissance pouvant agir sur les tumeurs, en général, il y a des raisons de se méfier.

Le lait protège du cancer colorectal.

Vrai et faux. D’une certaine façon oui, car le calcium qu’il contient se combine aux hydrocarbures (molécules dérivées de la cuisson) responsables du cancer colorectal. Ainsi, il les rend moins toxiques, et  favorise leur élimination. Mais le calcium ne se trouve pas que dans le lait. On peut donc très bien se protéger du cancer colorectal en ne buvant pas de lait, mais en consommant des compléments alimentaires ou d’autres aliments riches en calcium. Exemple : une portion d’emmental de 40g contient 474 mg de calcium. 200g (ou 20cl) de lait entier UHT, n’en contiennent que 238 mg

Il faut bannir le lait de notre alimentation.

Plutôt vrai. Les personnes ayant déjà eu un cancer, ou ayant un risque de cancer familial,  ou dont le PSA est très élevé, ont toutes les raisons de l’éliminer de leur alimentation. Les autres non. Mais elles doivent quand même s’interroger sur le fait que l’homme est le seul animal à continuer à boire du lait une fois sevré. Et ne pas oublier que le lait contient plus d’éléments néfastes pour la santé que de bons apports, comme le calcium. Et que ce calcium, qui nous est indispensable, il est possible de le trouver ailleurs, dans d’autres aliments (400 mg de calcium dans 100 g de sardines à l’huile égouttées, 201 mg de calcium dans 150 g de bar, 200 mg de calcium dans 100 g de tofu) voire d’autres produits laitiers (382, 5 mg de calcium dans 30 g de parmesan, 254 mg calcium dans  40 g de fromage des Pyrénées, 240 mg de calcium dans 40 g de roquefort). Le lait n’est donc indispensable à personne.

Les yaourts et fromages sont plus recommandables que le lait de vache.

Vrai. Ils sont nettement plus intéressants, car ils contiennent moins de facteurs de croissance que le lait, et plus de calcium. De plus, le yaourt est riche en probiotiques, excellents pour la santé. Son lait est fermenté, donc plus digeste et meilleur pour la flore intestinale.  Attention en revanche concernant les fromages qu’il faut choisir AOP, AOC, sous peine de retomber dans des produits fabriqués à partir de lait de vaches nourries à l’ensilage.

Les laits végétaux ( riz, avoine, amande…) et de petits animaux sont meilleurs que le lait de vache.

Vrai. Surtout les laits végétaux qui, en effet, ne contiennent pas de facteurs de croissance. De plus, ils sont la plupart du temps bios, très digestes et modérés caloriquement. Quant aux laits de chèvre et de brebis, eux aussi contiennent des facteurs de croissance, mais en moindre quantité. (Une chèvre et une brebis n’excèdent pas les 60 kilos). Ils sont forcément meilleurs, et recommandables aux personnes qui ne pourraient se passer de lait.

Un lait de vache écrémé ou sans lactose entraîne moins de risques de cancer. 

Faux. Un lait écrémé ou demi –écrémé aura l’avantage de contenir moins d’acides gras trans. Et un lait sans lactose, d’être dépourvu de sucre. Ce qui présente toujours un avantage. Mais attention les facteurs de croissance sont, eux, toujours présents, et menaçants dans le cadre d’un cancer.

Les campagnes de santé publique font fausse route en recommandant de consommer trois produits laitiers par jour.

Vrai. Il n’y a pas de justification nutritionnelle à ces campagnes qui sous-entendent que seuls les produits laitiers sont source de calcium. Or, 50 % de nos besoins en calcium proviennent déjà d’autres aliments. Les produits laitiers doivent donc simplement combler les 50 autres % de ces besoins. La recommandation devrait donc être divisée par deux,  et inciter à consommer un produit laitier et demi, deux maximum par jour. L’idéal  pour combler ses besoins en calcium, en évitant les désavantages du lait,  est de consommer un yaourt et une portion de fromage AOP ou AOC par jour, pas plus.

Céline Roussel

Pour en savoir plus :

le Dr Menat est l’auteur de l”Le Dictionnaire pratique de la diététique” Editions Grancher Paris, 1998, nouvelle édition en 2006