Sucre et cancer : l’association de tous les dangers ? | la maison du cancer

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Le sucre peut-il « nourrir » certaines tumeurs ? En matière de prévention, tous les sucres se valent-ils? Ces rumeurs, nous les avons passé au crible avec le Pr Michel Crépin, professeur d’oncologie à la faculté de médecine Paris XIII (Bobigny) et ancien directeur d’un laboratoire INSERM. 

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« Le sucre peut favoriser directement l’apparition de certains cancers »

Vrai. Le sucre non utilisé par l’organisme se transforme en graisse, notamment en graisse abdominale qui peut stimuler d’autres facteurs de croissance, comme par exemple ceux qui agissent comme des œstrogènes et favorisent la prolifération de certaines cellules tumorales hormono-dépendantes. C’est ainsi que l’excès de sucre et de graisses entraîne le surpoids qui lui-même est un facteur de risque pour certains cancers comme celui du sein et de l’ovaire.

« Le sucre peut faire croître les tumeurs ».

Vrai. Une fois absorbé, le sucre provoque la sécrétion d’insuline qui active toutes sortes de facteurs, dont des facteurs de croissance actifs dans certaines tumeurs, parmi lesquels l’IGF (Insuline-like Growth Factor). Pour que la tumeur soit sensible à ce facteur, il faut qu’elle soit porteuse de récepteurs spécifiques qui seront « réveillés » au moment du pic d’insuline. Cette sensibilité est différente d’une tumeur à l’autre, d’un patient à l’autre. Mais il est démontré expérimentalement dans des modèles animaux, que les sucreries peuvent booster la croissance d’une tumeur dormante.

« Il faut chasser tous les glucides de son alimentation »

Faux. Les organes, en particulier le cerveau et les muscles, ont besoin de glucides pour fonctionner. En revanche, il faut  savoir choisir son sucre et doser sa consommation en fonction de son activité physique. Ainsi, mieux vaut se tourner vers les aliments à index glycémique bas, c’est-à-dire vers ceux qui déclenchent une sécrétion d’insuline plus faible et à long terme : les féculents, les produits céréaliers les moins raffinés possible (pâtes et pains complets), les aliments riches en fibres. A l’inverse, il est recommandé d’écarter ceux qui présentent un index glycémique élevé : sucreries, pâtisserie, viennoiseries industrielles, pain blanc, sodas, sucre en morceaux.

« Le moment où l’on consomme du sucre est important »

Vrai. Une friandise consommée en fin de repas provoquera une sécrétion d’insuline moins importante que si elle est prise, seule, en plein milieu de la matinée ou de l’après-midi. De même, un dessert sucré sera métabolisé différemment s’il est dégusté avant la sieste ou avant une marche rapide! Bref la solution optimale : un bon repas pour se faire plaisir et une promenade digestive d’au moins 30 minutes d’un pas alerte.

« Les fruits sont sucrés, il faut les éviter »

Faux. Ce qui compte aussi, c’est la concentration de sucre dans l’aliment. Ainsi le sucre raffiné, tout comme le glucose, le sirop de maïs qui font partie des sucres cachés dans les produits industriels (même bios) sont des sucres très concentrés, alors que ceux des fruits ne le sont pas. Calmer une petite faim avec une pomme n’aura donc pas du tout les mêmes répercussions que si l’on grignote une barre chocolatée sucrée.

« Mieux vaut utiliser les faux sucres »

Vrai et faux. L’extrait de stevia (plante d’Amérique du Sud) possède un pouvoir sucrant plus de 100 fois supérieur au sucre mais n’est pas métabolisé par l’organisme. Il ne provoque donc pas de sécrétion d’insuline et certaines études montrent même une baisse de la glycémie après un repas où le sucre est remplacé par la stevia. En revanche, en ce qui concerne l’aspartam, des doutes subsistent encore sur ses effets à long terme sur l’organisme.

« Il faut supprimer le sucre de son alimentation »

Faux. Arrêter d’un seul coup de consommer des aliments sucrés provoquerait un déséquilibre dans l’organisme. Mieux vaut toutefois réduire sa consommation de sucre rapide, identifier les sucres cachés en lisant les étiquettes, éviter les grignotages et bouger.

Isabelle Palacin

Les livres du Dr Michel Crépin :

« l’Alimentation anticancer » et (en co-écriture) « Cancer pour les Nuls » (ed.First).