L'adieu de David Servan Schreiber | la maison du cancer

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Celui qui a diffusé partout dans le monde sa méthode « Anticancer », David Servan-Schreiber, est décédé dimanche soir. Combattant la maladie jusqu’au bout, il avait livré un témoignage fort dans son dernière ouvrage, On peut se dire au revoir plusieurs fois. La Maison du cancer pense à sa famille et à ses proches dans cette épreuve.

Que dire quand il n’y a plus rien à faire ? Cette question, grave et bouleversante, a sans doute hanté David Servan-Schreiber au moment où il a commencé à rédiger son dernier livre, « On peut se dire au revoir plusieurs fois  (Ed.Robert Laffont) ». Un livre simple et fort, percutant comme la réalité lorsque celle-ci, sans aucun égard, décide de pulvériser nos vies.

A l’époque où il entame la rédaction du livre, le cancer du cerveau auquel il avait opposé tant de stratégies de survie depuis 19 ans (deux opérations, de longs mois de chimiothérapie et radiothérapie), ce vieil ennemi dompté selon lui par les méthodes « Anticancer », est finalement revenu. Et plus agressif que jamais, sous la forme d’un glioblastome de stade IV désormais inopérable.

David Servan-Schreiber sait que son espérance de vie est évaluée à quinze mois. « Cette fois, c’est « the Big one » comme disent les Californiens qui redoutent un tremblement de terre dévastateur », écrit-il.

Ses réponses aux détracteurs

Un véritable défi aussi vis-à-vis du grand public pour celui qui, depuis ses livres best-sellers « Guérir » et « Anticancer » n’a cessé de communiquer sur les bienfaits thérapeutiques de la méditation, du yoga, et d’une nutrition de qualité.

« Alors, les framboises et le brocoli, ça ne suffit pas ? »,  lui demande son ami Régis Debray venu le visiter à l’hôpital. David Servan-Schreiber sait que c’est la question que tout le monde se posera en apprenant son état. Et en effet, on ne peut que prévoir un choc chez tous ceux qui croyaient à sa suite aux pouvoirs du mieux vivre et du mieux manger pour juguler la bête… Quels seront les sentiments des 3,5 millions de lecteurs qui pensaient lire un maître es guérison ? A  travers son livre, il cherche à s’expliquer.

« Ma rechute entame-t-elle la crédibilité de la méthode Anticancer ? Je réponds catégoriquement non », écrit-il. Qu’est-ce qui l’autorise à dire cela ? Les conclusions et les preuves dévoilées dans Anticancer n’étaient pas fondées sur son expérience personnelle – même si celle-ci a été le point de départ de ses recherches – mais sur des centaines d’études validées scientifiquement ; parce que tous les traitements, qu’ils soient classiques ou expérimentaux, présentent des taux de réussite et des taux d’échecs.

Et David Servan-Schreiber persiste et signe : « Il existe des moyens pour chacun de maximiser ses défenses naturelles en prenant soin de son état général, physique et mental. On peut mettre tous les atouts dans son jeu. Mais le jeu lui, n’est jamais gagné d’avance ».

Comme d’une certaine façon il n’a plus rien à perdre, David Servan-Schreiber ose aller au bout de sa pensée. Selon lui, si les médecines complémentaires dont il a tant vanté les mérites – efficacité pour contrer les effets secondaires, pour se renforcer psychiquement et biologiquement, pour restimuler l’envie de guérir- ne sont pas plus étudiées ni diffusées, c’est parce qu’elles ne rapportent pas vraiment d’argent. Le patient qui apprend à calmer ses nausées en massant un ou deux points énergétiques, ou celui qui préfère pratiquer la relaxation pour se calmer plutôt qu’avaler un calmant, ne font pas le lit des industriels de la santé.

Son bilan personnel

David Servan-Schreiber reconnaît aussi que, si en grande partie, il a suivi le programme « Anticancer » au quotidien, il reste cependant un point sur lequel il aurait pu faire mieux : il n’a pas vraiment répondu à l’invitation à la sérénité que suggère le cancer. Courant de conférences en congrès, occupé à la promotion de ses livres partout dans le monde, grisé par leur succès, le docteur n’a pas su se protéger du stress, si nocif pour nos défenses immunitaires. Certes, il y était poussé par cette envie que tous les malades connaissent : continuer à vivre une vie normale, du côté des « pleinement vivants ». Mais il y avait plus : « Je crois surtout que je me suis  laissé aller à une sorte de  péché d’orgueil, car j’en étais venu à me sentir invulnérable. Or il ne faut jamais perdre son humilité face à la maladie ». Et de constater « qu’il ne faut pas s’épuiser ni se surmener. Une des protections les plus importantes contre le cancer consiste à trouver un certain calme intérieur ». Un quart d’heure de méditation chaque soir et chaque matin n’y suffisent  visiblement pas. Il s’agit bien plutôt de vivre globalement à un rythme apaisé.

David Servan-Schreiber continue donc, même dans cette étape fatale, à transmettre des pistes pour rester debout et dans la maîtrise de sa vie –et donc de sa mort – jusqu’au bout. Ce que les  Américains  appellent l’empowerment , cette capacité vitale, quelque soit la situation,  de reprendre le pouvoir sur soi-même, il en montre les différentes manifestations possibles : parler de sa maladie à ses enfants, préparer son testament et ses funérailles… et aussi s’entourer de ceux qu’on aime, regarder des DVD, rire.

Cela, récupérer la force en soi, même si les traitements ne marchent plus, c’est ce qu’il souhaite à tous les malades, et s’il a contribué à leur faire toucher du doigt cette impression de rester acteur de sa santé, il en trouve de quoi se féliciter : n’a t-il pas réussi ainsi, pendant près de 20 ans,  à tenir à distance la bête ?

Vivre debout dans un monde malade

Dans un dernier chapitre, David Servan-Schreiber énumère les véritables ennemis auxquels, même debout, nous devons désormais faire face : les problèmes de santé liés aux téléphones portables, aux pesticides, aux fertilisants, aux radiations, à l’eau potable… Il cite l’écomédecin Michael Lerner : « On ne peut pas vivre en bonne santé sur une planète malade ». Aussi appelle-t-il à tourner nos efforts vers la racine du problème : l’empoisonnement de l’environnement et l’industrie agro-alimentaire qui « va devoir assez rapidement remettre en cause son système destructeur ». «Guérissons notre planète pour nous guérir » est l’un de ses derniers messages.

Pascale SENK

“On peut se dire au revoir plusieurs fois”, David Servan Schreiber, Editions Robert Laffont  

Crédit photo : © E. Robert-Espalieu