Dans la bibliothèque de La Maison, du plaisir, des oranges et des abricots | la maison du cancer

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C’est son expérience auprès des personnes atteintes de cancer qu’Anne Ancelin Schützenberger fait partager dans deux livres Vouloir guérir, l’aide au malade atteint d’un cancer , sorti en 1985 (réédité en 2005) et Le plaisir de vivre, écrit en 2009 à l’âge de… 90 ans ! Psychothérapeute, spécialiste du psychodrame, elle s’est intéressée aux contextes familiaux et aux répétitions familiales (même cancer au même âge par exemple chez deux membres d’une même lignée).

Après le décès d’une cousine qui avait « un très bon cancer » et qui était « très bien soignée », elle s’est demandée pourquoi certains malades s’en sortaient mieux que d’autres. Dès 1985, elle fait le point sur une combinaison de soins visant à améliorer la prise en charge globale du patient, et à développer l’espoir et la volonté de guérir. Imprégnée des travaux des américains Carl et Stéphanie Simonton, elle revient sur le nécessaire travail psychologique, l’évocation des syndromes d’anniversaires, la relaxation pour lutter contre le stress et l’angoisse ou encore la visualisation positive dans le but de renforcer les défenses immunitaires.

Sa prescription, toute particulière,  que le malade peut se faire seul, semble intéressante et surtout facile : faire une liste de plaisirs à venir, se faire plaisir tous les jours, 4 fois par jour pour mieux apprécier la vie. Mais la prescription la plus difficile à réaliser sans doute est celle de s’éloigner des personnes toxiques. Pourtant, comme elle l’écrit, la maladie est sans doute le moment où la personne malade ne devrait penser qu’à elle, à elle d’abord et à 100%. Apprendre à dire non aux autres pour se dire oui, à soi. Elle pose aussi la question du bénéfice secondaire, caché de la maladie car il y en a un parfois (ne pas travailler enfin, se rapprocher d’un parent avec qui on était fâché par exemple).

Ses textes comportent des exemples positifs de guérisons ou de rémissions longues qui ne peuvent que donner espoir. « Savoir saisir, pour soi-même ou pour autrui ce qui survient comme par la chance d’un hasard heureux, c’est faire l’expérience de la “sérendipité”» : cette aptitude à être ouvert à ce qui advient, voila ce qu’Anne Ancelin Schützenberger démontre dans le récit pétillant de son parcours. Son livre frais et vivifiant peut donner l’envie aux personnes touchées par le cancer de se saisir de la vie qui est là, malgré l’épreuve.

On y trouve beaucoup d’échos dans le témoignage de Catherine Préljocaj livré dans son ouvrage Le bonheur pour une orange n’est pas d’être un abricot. A trente ans, cette assistante de direction dans la pub apprend qu’elle a un lymphome. Avec pour bonus une tumeur de l’estomac. C’est son parcours dur et galvanisant qu’elle relate dans ce livre : celui d’une femme rebelle, à la recherche de l’origine de la maladie pour y donner sens.

Le constat d’un manque d’amour dans sa vie l’encourage à s’interroger sur l’importance des émotions sur la santé et à vouloir que tout son être soit pris en compte. Elle comprend que sa vie personnelle et sa maladie sont liées et que les traitements médicaux classiques ne suffiront pas. Sur son chemin, elle rencontre le médecin personnel du Dalaï-lama qui lui conseille de lâcher la colère et de la remplacer par la joie. Car elle en a de la colère, Catherine Préljocaj, des colères enfouies jusqu’à se faire un sang d’encre peut-être, colère contre sa famille d’origine albanaise, où la femme n’a pas le choix de son futur mari.

Mais il est difficile de rejeter les codes habituels de son propre monde sans culpabilité ni sans s’exclure soi-même. A vouloir être différent, révolté, on prend le risque aussi ne pas être aimé des autres. Et puis, comment s’aimer soi-même si on ne l’a pas été de ses parents ? Ces questions, (et la perception qu’elle en a), ce sont celles que sa quête intérieure l’amènent à se poser. Sa rencontre avec une chamane la questionnera sur son désir, celui de guérir et donc de vivre ; il ne fallait pas juste de ne pas vouloir mourir, non, il fallait vouloir vivre !

Sous la force jaillissante et salvatrice d’un nouveau désir, de vivre et d’être, Catherine Préljocaj fait alors la liste de ce qu’elle souhaite avoir et voir se réaliser dans sa vie. Elle entreprend un vrai travail d’enquête sur les origines et l’histoire de sa famille. Son livre bouleversant est aussi un texte de réconciliation, d’un apaisement qui va lui permettre, enfin,  de prendre sa place. De fait, celle qui avait écrit dans son livre :« exclue par la société, je ne sais pas si je pourrai y trouver ma place un jour » est devenue thérapeute.

Marina Lemaire

Vouloir guérir, l’aide au malade atteint d’un cancer, Anne Ancelin Schützenberger, Editions La Méridienne-Desclée de Brouwer, 2005

Le plaisir de vivre, Anne Ancelin Schützenberger, Editions Payot, 2009.

Le bonheur pour une orange n’est pas d’être un abricot, Catherine Préljocaj, Editions Jouvence, 2007.

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