Les engagés: Christine Géricot, créatrice de l'association “Sur un lit de couleurs” | la maison du cancer

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Pendant 16 ans, ce professeur d’arts plastiques a animé un atelier conçu pour les enfants et adolescents atteints de cancer au sein de l’Institut Gustave Roussy. Aujourd’hui retraitée de l’ Education Nationale, c’est désormais via son association « Sur un lit de couleurs » qu’elle veut déployer des espaces « d’ouverture à l’art, à la créativité et à la culture».

“La peinture m’a fait sortir ce que j’avais dans la tête. » En 1984, Stéphanie, la fille de Christine Géricot, âgée de 14 ans, a eu un grave accident de voiture. Les six semaines de coma et la longue rééducation qui ont suivi ont été déterminantes. « J’ai pris conscience de la vacuité des journées à l’hôpital, se souvient Christine. Il ne se passait rien, c’était terrible ! J’ai peint. Cela m’a apaisé. » L’idée de créer une activité artistique dans ces journées vides a alors jailli. « L’accident de ma fille m’a permis d’ouvrir la porte de l’hôpital, ajoute Christine. J’y suis restée. J’ai voulu rendre plus intense ce lieu de vie. »

Il lui faudra presque 10 ans pour qu’enfin, en 1994, une expérience pilote démarre. « Si on avait pu faire rentrer des clowns à l’hôpital (1), on pouvait faire venir une prof d’arts plastiques !, sourit-elle ». Sa mise à disposition de l’Education nationale pour un an sera renouvelée… 16 ans, jusqu’à la retraite ! Toutes ces années, Christine Géricot a trouvé des fonds, s’est battue et à lutté contre les injonctions de  « prendre un poste avec de vrais élèves. »

Apprivoiser les enfants pour des moments de grâce.

Avant d’ouvrir son atelier, Christine prend le pouls auprès des infirmières pour connaître l’état des enfants et s’adapter à chacun. L’objectif ? Créer ensemble une œuvre sur un thème commun. De leurs travaux ludiques sont nées des expositions annuelles, parfois itinérantes, et toujours « valorisantes pour les enfants »  au sein du service pédiatrie de l’I.G.R. Il y a eu ces portraits d’enfants pour lesquels elle a eu, au début, un peu de réticence. « Le rapport au corps est difficile pour un enfant malade, explique cette femme lumineuse. Mais un jour, un adolescent m’a demandé de faire son autoportrait. Alors, on a détourné ce travail par la photo et des masques. Ils ont aussi réalisé le portrait de leurs parents. »

Pour le thème des « châteaux », les enfants ont travaillé avec le matériel médical : plâtre, abaisse-langues, seringues et haricots. Jolie façon de transformer le réel en rêve et de retrouver du plaisir, une notion « qui n’existe pas à l’hôpital ». Pour Christine, l’essentiel est bien que « les enfants redeviennent des enfants ». « J’ai assisté à des moments de grâce, de respiration, raconte-t-elle. Dans cet ilot créatif, ils ne sont plus des enfants malades ! Ils sont actifs, ils se retrouvent. Il éprouvent de la joie et de la complicité.  D’ailleurs, nous avons tous en nous une capacité créatrice étouffée par la vie quotidienne ou la peur de ne pas y arriver. »

Au cours de sa longue traversée au sein des services hospitaliers de cancérologie pédiatrique, cette mère de trois enfants (elle a aussi élevé son neveu) a suivi de nombreux petits patients. « J’ai vu leur maturité. Et j’ai vu la faiblesse et la grandeur de l’humanité ». Depuis deux ans, elle tente de pérenniser cet atelier d’art et de le développer dans d’autres structures hospitalières avec son association. C’est le cas à l’institut Bergonié de Bordeaux avec un atelier ouvert des adultes. « Ils en ont grand besoin eux aussi », conclut-elle.

Marina Lemaire

Le site de l’association :

http://surunlitdecouleurs.com/

Les livres de Christine Géricot : « La porte bleue autoportraits d’enfants atteints de cancer » (avec Judith Perrignon) et « Sur un lit de couleurs » sont publiés aux éditions Les Arènes.

(1) cf le « Rire Médecin »