Les Français résignés face au cancer | la maison du cancer

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Alors que la recherche ne cesse de progresser, c’est la conclusion surprenante d’une vaste enquête menée par la fondation ARC. Celle-ci révèle aussi la méconnaissance encore profonde des facteurs de risques dans l’apparition de cancers chez le grand public, encore peu mobilisé et fataliste. Des résultats qui amènent à réfléchir à de nouvelles stratégies de prévention.

 Depuis octobre 2012, sondage, tables rondes et consultation sur Internet ont permis de recueillir l’avis du grand public et des professionnels de santé sur le thème de la prévention des cancers. Une enquête qui révèle quelques spécificités nationales face à cette maladie.

Peu d’espoir dans l’action individuelle

Premier constat, 70% du millier de personnes interrogées déclarent ne pas agir spécifiquement au quotidien pour éviter la survenue d’un cancer. Un chiffre étonnant lorsque l’on sait que près de 400 000 cas sont diagnostiqués chaque année en France, mais qui s’explique par le sentiment de ne pas maîtriser tous les risques. “On a atteint les limites des politiques de prévention, estime Jacques Raynaud, président de la fondation ARC. La confusion des messages issus de la communauté scientifique alimente les désengagements individuels.”

Preuve de ce fatalisme, alors que 74% des sondés affirment être bien informés sur les risques liés au cancer, un sur deux pense avoir de fortes chances de développer un cancer quel que soit son comportement. Un constat illustré par certains témoignages : «On ne peut pas maîtriser, les pesticides tout ça…”, “Le non-maîtrisable c’est l’environnement…c’est insidieux.».

Une mauvaise estimation des risques

Lors des réunions de groupes, les participants ont été invités à discuter de l’origine des cancers. Et les réponses témoignent du flou qui règne encore dix ans après le lancement du premier plan cancer : « Est-ce que c’est à la naissance ou non ? Est-ce que les cellules restent tranquilles même si je fume comme un pompier ? ». «On peut faire attention mais pas spécifiquement pour le cancer. J’ai de la tension donc je fais attention pour l’AVC plus que pour le cancer (…)»

Ce manque d’information sur l’évaluation des différents facteurs de risques est un autre enseignement inquiétant de cette étude : Prédispositions génétiques, habitudes alimentaires ou paramètres environnementaux sont difficilement hiérarchisés. Le facteur héréditaire est ainsi surévalué par rapport à la consommation d’alcool ou de tabac, par exemple. C’est la conséquence du malaise encore présent autour du cancer, selon Jacques Raynaud : “Aujourd’hui, parler du cancer n’est plus tabou, mais ses causes le sont encore. Alors que beaucoup de familles sont touchées par le cancer, il n’y a pas encore assez de discussion sur les raisons de son apparition. On évite d’en parler.”

La nécessité de clarifier le message

Ces résultats sont d’autant plus importants que 40% des cas de cancers sont liés au mode de vie et au comportement, et pourraient donc être évités : l’INCa rappelle que le tabagisme, à lui seul, représente 22% des décès. Pour tenter de faire baisser ces chiffres, la fondation ARC a annoncé un financement de 15 millions d’euros sur les trois ans à venir pour améliorer la recherche en prévention. “Il faut clarifier, simplifier les messages, défend son président, l’idéal serait de parvenir à une pratique de prévention personnalisée en fonction des sensibilités de chacun”. Comme par exemple l’utilisation d’internet et des nouveaux moyens de communication pour toucher les plus jeunes, qui commencent à fumer de plus en plus tôt.

La fondation souhaite également axer ses efforts sur la réduction des freins à la prévention chez les populations aujourd’hui insensibles aux messages de santé publique. “Nous ne nous inspirons pas assez des modèles étrangers: les pays scandinaves, par exemple, comptent beaucoup moins de fumeurs qu’en France. regrette Jacques Raynaud. S’ils peuvent le faire, pourquoi pas nous ?”

Pierre Beauvillain

Pour en savoir plus

http://www.arc-cancer.net/A-la-Une/prevention-la-fondation-arc-s-engage.html