Mon médecin, ce héros? | la maison du cancer

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Confronté à un diagnostic qui ébranle, on peut se retrouver à idéaliser son cancérologue, et à investir alors celui-ci d’une mission incertaine et surhumaine : sauver ses malades. Cette confiance aveugle n’est pas sans conséquence sur la relation médecin – patient.

« Je me souviendrai toujours de cette patiente qui m’avait dit à la première consultation: “Pour moi, Docteur, vous êtes Dieu !”, rapporte le Dr Paul Cottu, oncologue médical à l’Institut Curie à Paris ». Si apprécier et faire confiance à son médecin est souhaitable, voire nécessaire au bon déroulement du protocole de soins, certains patients versent ainsi dans l’excès.

Le fantasme de la médecine toute-puissante

« Les patients peuvent avoir l’impression que le médecin sait tout. Le titre du cancérologue, le prestige qui y est associé, et les impressionnantes avancées de la recherche y sont pour beaucoup, analyse Stéphanie Podgorski, psychologue en oncologie au Centre Hospitalier Régional de la Citadelle de Liège. Naturellement, ces patients n’envisagent qu’une seule issue au traitement : la guérison. »

Le savoir est, bien sûr, du côté des médecins. Mais il n’est pas total. « Nous en savons plus que les patients sur les traitements, les protocoles et les effets secondaires, admet le Dr Cottu. Mais cette connaissance est statistique. Elle ne nous permet pas de dire de façon catégorique à un patient comment il va réagir à un traitement. De plus chaque patient est détenteur d’un savoir unique, celui de sa vie et de sa propre expérience de la maladie  » A une époque où la médecine personnalisée fait beaucoup parler d’elle, il est facile pour les malades d’oublier que la médecine n’est pas une science exacte. « Idéaliser son cancérologue, c’est en fait une manière de se protéger, indique la psychologue. Un mécanisme de défense, inconscient, qui laisse peu de place à la rationalité».

Médecin-patient : la rencontre de deux personnalités

La nature de la relation est aussi fortement conditionnée par l’attitude du médecin. Certains se posent en guérisseurs et peuvent susciter cette vision glorifiée d’eux-mêmes chez les patients fragiles. « Je n’adhère pas à ce mode de fonctionnement. Nous, médecins, ne sommes pas là pour être idéalisés, continue le Dr Cottu. Je n’ai pas du tout l’impression d’entretenir ce type de rapports avec mes patients. Je préfère parler de relation de confiance et d’estime réciproques. J’essaie d’établir avec eux une sorte de contrat moral.  Et j’insiste pour qu’eux-mêmes, et leur entourage, prennent une part active à leur prise en charge» En ce sens, l’oncologue préfère ne jamais dire à ses patients qu’il va les guérir. « Je leur dis, en revanche, que je vais tout faire pour y parvenir et que je ferai en sorte qu’ils reçoivent les meilleurs soins possibles.»

Pauline, 52 ans, en phase de rémission d’un cancer du sein, a bien compris que les cancérologues faisaient leur maximum, sans garantie de résultats. « Pour moi, être malade du cancer, c’est un peu comme être dans une pièce en feu, confie-t-elle. Le médecin ne va pas vous sauver des flammes à coup sûr, mais il va casser tous les carreaux comme un pompier le ferait. »

L’inévitable chute du piédestal…

Le statut privilégié du médecin est de toute façon extrêmement fragile. Le traitement, souvent difficile et éprouvant, et les inévitables embûches en ont parfois rapidement raison. Les certitudes volent en éclats. « Le patient doit alors faire le deuil des représentations qu’il avait de la maladie et de la vie. Il est confronté aux limites de la médecine et réalise que tout n’est pas possible, explique Stéphanie Podgorski ». Un avis que partage le Dr Cottu : « Cette vision quasi-divine, cette confiance aveugle que le malade peut avoir de nous s’effondre à la première difficulté. » En cas d’échec, d’erreur ou de contrariété, une phase de colère et de récriminations contre le médecin peut survenir. « Mais fort heureusement, ces cas demeurent aussi assez rares et en général assez brefs, souligne l’oncologue ».

Lorsque Nadine, 68 ans, a appris qu’elle souffrait d’un cancer du sein, de longues années après une guérison complète d’une tumeur du même type, elle est retournée consulter le même chirurgien et le même cancérologue. « En partie, il est vrai, parce qu’ils m’avaient guérie la première fois. J’avais confiance et j’ai toujours confiance en eux. Je sais qu’ils prennent les meilleures décisions possibles pour moi ». Cependant, sa confiance n’est pas illimitée. « J’ai personnellement été confrontée à une erreur d’interprétation de mes résultats d’analyse, ce qui m’a ébranlée, révèle-t-elle. Je sais que les médecins ne sont pas infaillibles. Mais sans être une trompe –la -mort, je reste sereine. » Une sérénité et une confiance apparemment plus profitables qu’une admiration hors des limites…humaines.

Héloîse Rambert