Plan cancer 2: enfin là ! | la maison du cancer

0

Après plus de cinq mois d’attente, de tergiversations, d’arbitrages autour du prix du tabac, Nicolas Sarkozy a enfin donné le feu vert au lancement du deuxième Plan cancer. 750 millions d’euros de dépenses supplémentaires pour un programme de quatre ans, décliné en trois priorités : construire l’excellence des soins de demain, diminuer les inégalités, améliorer la vie après le cancer. Décryptage.

750 millions d’euros : c’est une des bonnes surprises de ce Plan. Le premier Plan cancer 2003-2007 avait bénéficié d’une enveloppe de 600 millions d’euros. Le fait que le deuxième dispose d’un budget plus important est un signal fort, surtout en temps de vaches maigres, de la volonté de l’Etat de poursuivre la mobilisation autour de cette maladie, première cause de mortalité en France.

Première priorité :  l’excellence des soins de demain.

Mesure 1 : Pour atteindre cet objectif, cinq sites de recherche vont être labellisés par l’INCa. Le but est d’atteindre la « masse critique » de chercheurs, équipements et… patients pour progresser dans la recherche et ses applications, notamment à travers des essais cliniques précoces de nouveaux médicaments. Nicolas Sarkozy souhaite que la participation des patients à ces essais augmente de 50% sur la durée du plan.

Décryptage : C’est la poursuite logique du processus de concentration à l’œuvre avec le premier Plan et l’instauration des cancéropôles. Reste à savoir si la course à la labellisation ne va pas se transformer en lutte fratricide.

Mesure 2 : 15% du budget du Plan consacré à la recherche sera dédié à l’analyse des risques environnementaux et comportementaux. « On n’a pas assez travaillé sur ces questions », reconnaît Nicolas Sarkozy.

Décryptage : Il est dommage que les deux types de risque soient rassemblés en une phrase. Chacun mériterait presque un plan à lui tout seul ! Les comportements « à risque »  – tabagisme, obésité – sont souvent pointés du doigt, quitte à négliger la réflexion autour des causes collectives de la maladie. Les liens entre environnement et cancer commencent tout juste à être étudiés  

Mesure 3 : Anticiper l’évolution démographique de certaines professions. Le plan vise 20% de spécialistes en plus. Dans la même veine,  le Plan annonce l’installation d’équipements dans les régions mal pourvues. 74 machines IRM devraient ainsi être réparties sur tout le territoire.

Décryptage : Cela témoigne d’une prise de conscience du risque de pénurie dans certaines spécialités et de la nécessité de « repeupler » certaines régions en oncologues.

Deuxième priorité : réduire les inégalités sociales et géographiques

Le risque de mourir d’un cancer entre 30 et 65 ans est deux fois plus élevé pour un ouvrier que pour un cadre : inacceptable, pour le Président de la République.

 Mesure 1 : Disposer de données de meilleure qualité.

Pourquoi la France travaille-t-elle en 2009 sur des données de 2005 ? a interrogé Nicolas Sarkozy. Il s’agit donc d’obtenir progressivement des données plus récentes. En 2010, nous devrions donc disposer de chiffres de 2007.

Décryptage : La difficulté à obtenir des données s’explique par des raisons historiques et sociales. Reste à savoir si le système multisources qui a vocation à combler ce retard sera enfin mis en place.

Mesure 2 : Encourager l’activité physique, diminuer la consommation de tabac et d’alcool

L’obésité, le surpoids, favorisent la survenue de cancer et doivent donc être combattus « pas pour des questions d’apparence mais de santé ». Nicolas Sarkozy est revenu sur l’annonce de l’augmentation de 6% de prix du tabac, une « décision cohérente et équilibrée » compte tenu du faible niveau d’inflation et du pouvoir d’achat des Français. Pas question d’autoriser la vente du tabac sur Internet. Les bouteilles devront spécifier le degré d’alcool qu’elles contiennent.

Décryptage : Tous au jogging ! Plus sérieusement, ces mesures font consensus, mais on notera la timidité relative sur le thème de l’alcool,  bien que la consommation régulière même modérée soit déconseillée.

Mesure 3 : Augmenter la participation de la population au dépistage du cancer du sein et du côlon.

Le président souhaite que cette participation augmente de 15% voire de 50% dans certains départements. Une attention particulière sera accordée à l’accès des plus démunis à ces campagnes.  (Voir l’interview vidéo de Marc Thomas sur la prévention)

Décryptage : Pas un mot sur le dépistage du cancer de la prostate, plus controversé.

Troisième priorité : Améliorer la vie après le cancer

C’était sans doute l’axe du Plan le plus attendu, car le plus novateur. « La vie après le cancer ne doit pas être un sujet tabou », a souligné Nicolas Sarkozy. 

Mesure 1 : le programme personnalisé d’après cancer

L’objectif est de ne plus lâcher les patients dans le désert, une fois la phase de traitements intensifs terminée. Ce programme sera mis en place par une infirmière et le médecin traitant avec l’ambition d’assurer le suivi du patient, d’évaluer les séquelles et les risques de rechute.

Décryptage : Initiative louable, mais quelque peu contrebalancée par l’annonce suivante : la proposition de ne pas prolonger le classement en ALD (affection longue durée) au-delà de cinq ans, sauf en cas de séquelle, de traitements lourds (et bien sûr de récidive). 

Mesure 2 : Améliorer l’accès au crédit

« Je ne peux pas accepter que le malade, en plus de sa maladie, ne puisse faire aucun projet. C’est une injustice monstrueuse », a souligné le Président de la République. Une volonté qui passera par le renouvellement de la convention Aéras. « Il faut mobiliser l’Etat, qui peut être la garantie de certains de nos compatriotes. »

Décryptage : la convention Aéras devrait être non seulement renouvelée, mais améliorée. Sur la garantie de l’Etat, les malades ne demandent pas mieux. Reste à concrétiser cette bonne volonté.

La Conclusion : « Le premier plan cancer a été utile. Le deuxième sera une réussite » résume Nicolas Sarkozy. On pourrait s’interroger sur cet éventuel petit tacle à son prédécesseur (le premier Plan n’aurait donc pas été une réussite ? ) mais ce soir, pas de politique politicienne. L’essentiel est que ce Plan ait été annoncé, avec une enveloppe conséquente et des dispositifs innovants.

Claire Aubé

Vous avez trouvé cet article intéressant ? Indiquez le aux autres visiteurs en votant pour lui :