Plan Cancer 2 : où en est-on ? | la maison du cancer

0

A mi-parcours du Plan Cancer 2 (2009-2013), et à l’occasion de la journée mondiale contre le cancer, il était temps de faire un point sur l’état d’avancement de cet immense chantier. Jean-Pierre Grünfeld, professeur émérite, chef de l’unité de néphrologie à l’hôpital Necker à Paris qui a la charge de ce « Plan Cancer 2 » nous en décrit les avancées et les points de blocage.   

LMC : Pouvez-vous d’ores et déjà dresser un état des lieux de ce 2e Plan Cancer ? 

Pr Grünfeld : J’ai été confronté au fait de devoir préparer un 2e plan  cancer alors que nous n’étions pas arrivés au terme du 1er, donc sans avoir de résultats ni de retours. Aussi, pour ce 2e Plan (2009-2013), nous avons demandé à ce qu’à mi-parcours une évaluation en soit faite, à la fois par le Haut Conseil de santé publique et l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, afin de corriger rapidement le tir et pouvoir amplifier certaines mesures. Ces deux instances sont actuellement en train de faire ce rapport, aussi je ne me prononcerai pas pour elles, et mon avis à ce jour n’engage que moi. Ceci dit, j’attache beaucoup d’importance à ce rapport, car c’est lui qui va nous aider pour préparer un 3e Plan Cancer.

LMC : Vous nous annoncez donc la tenue d’un 3e Plan Cancer ?

Pr Grünfeld : Bien sûr que je prêche pour un Plan Cancer 3 ! Il doit être pérenne, mais là encore je parle en mon nom car bien évidemment ce n’est pas moi qui décide des plans du gouvernement ! Il y a déjà eu deux plans et ce serait dommage de baisser les bras. Dans le domaine sanitaire, ce n’est pas en 5 ou en 10 ans qu’on peut récolter les fruits de l’action…

LMC : Dans son discours de Marseille de septembre 2009, le président Sarkozy souhaitait qu’« à la fin du 2e plan Cancer en 2013, 80 % des patients bénéficient du dispositif d’annonce et du programme personnalisé de soins ». Où en est-on aujourd’hui ?

Pr Grünfeld : Ce sujet de l’annonce ne date pas d’hier et les progrès sont lents. En 1998, les 1ers Etats généraux organisés par la Ligue en 1998 ont en effet mis en lumière l’attente immense des patients envers une meilleure annonce. Dans notre récent sondage sur une petite population de 10 000 personnes atteintes de cancer, 60 % d’entre eux ont bénéficié du dispositif et d’un PPS (ou programme personnalisé de soins). Ce n’est pas encore suffisant…Ce qui montre bien qu’il n’est pas facile de faire entrer dans les pratiques un certain nombre de conduites.

LMC : De toutes les mesures phares du Plan Cancer 2, qu’est-ce qui a avancé concrètement selon vous ?

Pr Grünfeld : Sur toutes les lignes, nous avons obtenu des résultats concrets. Par exemple, Sur l’axe de la recherche (« Mesure 3 Caractériser les risques environnementaux et comportementaux »),  nous avons avancé par rapport aux maladies professionnelles. Comme nous l’avions demandé, le mésothéliome (tumeur pleurale et péritonéale due à l’exposition à l’amiante) a été inscrit sur la liste des pathologies à déclaration obligatoire. C’est une victoire énorme, car on aura maintenant grâce à ce registre une vue d’ensemble sur le territoire.  Malheureusement, la reconnaissance de cette maladie est encore trop souvent faite après la mort du patient et il reste encore beaucoup à faire sur ce point. De même, la lutte anti-tabac n’est pas un point fort de la France. Sur l’axe de l’observation (« Mesure 6 Produire et communiquer annuellement des informations sur le cancer et sur la cancérologie »), l’Institut de veille sanitaire (InVS) a bien rempli son contrat. En effet, avant le Plan Cancer, l’InVS ne fournissait des données chiffrées sur telle ou telle pathologie qu’une fois tous les 4 ou 5 ans. Depuis, c’est annuellement qu’il les communique, ce qui nous permet d’avoir chaque année des indicateurs à jour. Sur l’axe Vivre pendant et après un cancer (« Mesure 25 Développer une prise en charge sociale personnalisée et accompagner l’après cancer »), les avancées sont mitigées. Par exemple, les assureurs n’étant pas des philanthropes, nous ne sommes pas satisfaits de l’évolution de la convention AERAS. Mais nous continuons notre mobilisation, avec l’aide d’associations de patients. De son côté, l’INCa publie annuellement des données sur les cancers, pour montrer que beaucoup d’entre eux guérissent ; c’est comme cela qu’on arrivera à changer le regard de la société, tout comme celui  – à force – des compagnies d’assurance et des banquiers.

LMC : Et quelles évolutions jugez-vous déjà positives ?

Pr Grunfeld : Nous avons mené une enquête depuis septembre 2010 qui je l’espère portera ses fruits : nous avons testé l’introduction d’une infirmière coordonatrice comme au Québec, ces infirmières « pivots »,  qui guident le patient dans son parcours de soins, sans se substituer aux médecins évidemment, jusque dans l’après-maladie. Et les 10 000 patients qui l’ont expérimentée dans 35 centres pilotes – au sein de différentes structures publiques ou privées – ont ressenti cet accompagnement comme un avancement colossal. D’ailleurs le ministre de la Santé québécois a convenu que la véritable dernière grande avancée en cancérologie ces dernières années avait été pour lui ces infirmières pivots. Alors comment l’étendre en France ? Notre ministre de la Santé y réfléchit, notamment pour lutter aussi contre les inégalités en matières de soins, ce qui rejoint un autre axe du Plan Cancer 2 qui me tient particulièrement à cœur.

LMC : Vous avez également alerté les pouvoirs publics sur la démographie médicale, en particulier le recul des anatomopathologistes. Le Plan Cancer 2 y a-t-il remédié ?

Pr Grünfeld : J’ai tiré cette sonnette d’alarme car les anapathologistes ont un rôle essentiel dans le diagnostic des cancers et donc dans l’orientation de leurs traitements (cf notre article : le blues des anapath). Leur démographie s’est un peu améliorée, même chose pour les cancérologues car plus de postes d’internats en cancérologie ont été ouverts que dans le passé. Encore faut-il que les étudiants choisissent d’aller vers cette discipline lourde et cependant passionnante. L’exercice de la médecine ne peut se concevoir sans passion.

Stéphanie Honoré