Segolène : « J’ai toujours su que j’allais m’en sortir » | la maison du cancer

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Après l’annonce d’une maladie de Hodgkin, la vie de Ségolène, alors âgée de 25 ans, a brutalement basculé. Une épreuve qui lui a cependant permis d’apprendre à vivre le moment présent, et à savourer tous les petits bonheurs de l’existence.

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« Un travail, un mari, un enfant… A 25 ans, j’avais tout pour être heureuse ! Jusqu’au jour où des symptômes divers se sont immiscés dans mon quotidien. De la fatigue chronique, des infections ORL à répétition, des plaques sèches sur la peau, un état fiévreux, des ganglions… Pendant 8 mois, j’ai enchaîné les consultations et les examens chez divers spécialistes. Sans résultat, car les médecins ne savaient pas ce que j’avais. Un jour, ils suspectaient une tuberculose, un autre, c’était la mononucléose. Jusqu’au jour où un chirurgien a fini par poser le sombre diagnostic. « Cancer » et « chimio » : deux mots qui ont fortement cogné dans ma tête. Le médecin m’a dit : « Cela se guérit, mais il va falloir vous battre ». Je savais que ce serait un mauvais moment à passer, mais j’ai toujours pensé que j’allais en sortir vivante.

S’ensuit un an de chimiothérapie en ambulatoire. Après les traitements, je pensais que ça allait être terminé, mais la rémission fut de courte durée. Un an après, je faisais une rechute. Cette fois-ci, les traitements étaient plus lourds : isolement en chambre stérile pendant 4 mois, puis auto-greffe de moelle. Au-delà de la douleur physique, le plus difficile pour moi, c’était de ne pas voir beaucoup mon fils. Au moment de la rechute, les médecins ont eu des mots terribles en me disant que je ne pourrai plus jamais avoir d’enfant. Par précaution, ils m’ont conseillé la congélation d’ovocytes. A l’époque, cela se faisait à titre expérimental. J’ai suivi leurs conseils car pour moi qui voulais une famille de 4 enfants, cette nouvelle était inacceptable.

Un an après la fin des traitements, je me suis retrouvée enceinte naturellement, sans avoir recours aux ovocytes congelés ! En apprenant cette nouvelle, je me suis sentie guérie. C’était une victoire sur la maladie. Quelques années plus tard, à la grande surprise des médecins, j’ai donné naissance à deux autres enfants. Ce que la maladie m’a appris ? Beaucoup de choses ! A vivre avec le sourire, par exemple. Quand j’étais mal, j’avais besoin du sourire des autres pour aller mieux. Sourire aide à voir la vie du bon côté et à voir le meilleur chez les autres. Surtout, cette épreuve m’a appris à vivre l’instant présent et à savourer chaque jour les petits bonheurs de l’existence : un rayon de soleil qui caresse le visage, regarder la mer, savourer une bonne crêpe au Nutella, prendre un verre avec une amie…  Toutes ces petites choses, je les apprécie encore plus qu’avant. Chaque jour, je me dis que j’ai de la chance d’être en vie.

Cette expérience m’a également amenée à développer l’empathie, à être plus tolérante et plus sensible vis-à-vis de la souffrance des autres. J’essaie de ne pas juger ce que les gens vivent, de regarder les autres dans les yeux et dans le cœur. Cela m’a permis aussi de me reconnecter avec la spiritualité. J’ai été élevée dans une famille catholique mais avant la maladie, j’avais perdu le contact avec ma vie spirituelle. Le cancer m’a donné l’occasion de me reconnecter avec le divin. Je me suis retrouvée seule face à moi-même. Les prières sont devenues quotidiennes et spontanées. Je priais tous les jours la Sainte Vierge. Cela m’aidait. Je me suis également ouverte aussi à d’autres formes de spiritualité. Cela a renforcé ma foi en la vie et dans beaucoup de choses. Ma femme de ménage, une mauricienne ayant baigné dans l’hindouisme, m’a également beaucoup aidée. C’est quelqu’un de très positif qui m’a ouvert l’esprit sur d’autres formes de spiritualité. En 2012, j’ai voulu publier un livre (1) relatant mon expérience pour aider les autres et leur redonner de l’espoir. Je n’ai pas envie de vivre ma vie en égoïste. C’est important de donner aux autres et de pouvoir les aider à affronter ce qu’ils vivent. Cela me réjouit de pouvoir être utile de cette manière.

Propos recueillis par Nathalie Ferron

Pour en savoir plus

(1) Ségolène de Margerie, « Encore combien de jours Maman », ed. Jacob-Duvernet.