Bientôt, le dépistage au pif …de chien ! | la maison du cancer

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Tout a commencé quand on s’est rendu compte que certains chiens arrivaient à dépister des tumeurs malignes. De là à imaginer que ces dernières ont  une «odeur» caractéristique et reconnaissable, il n’y avait qu’un pas qu’on franchi les chercheurs. Des équipes partout dans le monde travaillent désormais à concevoir des nez électroniques performants pour dépister certains cancers.

 

Avec 35 fois plus de cellules olfactives que nous et un odorat jusqu’à un million de fois plus performant, le «nez» de nos chiens fait figure de Rolls Royce à côté du nôtre. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le meilleur ami de l’homme puisse détecter des cancers, puisque les tumeurs malignes produisent des molécules odorantes que l’on retrouve en infime quantité dans la respiration et dans la sueur … Encore fallait-il le savoir !

Merci Trudy !

Cette découverte, les chercheurs la doivent à quelques cas rapportés comme l’histoire de Trudy, une jeune dalmatienne, qui a découvert un mélanome (cancer de la peau) chez sa maîtresse. Pour Trudy comme pour tous les autres chiens ayant accompli cet exploit, le scénario est toujours le même : le chien ne cessant de lécher et mordiller la peau de sa maîtresse à l’endroit d’un grain de beauté, celle-ci finit par consulter et découvre qu’il s’agit en réalité d’un cancer.

Depuis, plusieurs équipes de chercheurs dans le monde se sont penchées sur la question et des chimistes de Pennsylvanie (1) ont remarqué que le mélanome avait un profil d’odeurs bien particulier. Ils sont d’ailleurs parvenus à le décrypter. Ainsi, quand tumeur maligne il y a, on trouve davantage de composés chimiques organiques volatils (nés de la dégradation des membranes cellulaires) qu’à la normale, d’où ce changement d’odeur. Une nuance subtile, mais très utile pour l’élaboration de tests de dépistage grâce à des «nez électroniques».

La preuve par un Aspirant … bien inspiré ! 

Parmi les autres chercheurs qui se sont intéressés à «l’odeur» des tumeurs, un urologue français de l’hôpital Tenon à Paris, a décidé de s’attaquer au cas des cancers de la prostate (2). Et pour vérifier que ce dernier est bien décelable par son odeur lui aussi, il a travaillé avec Aspirant, un berger malinois au nez très affûté (un chien de l’armée française). Que les amis des animaux se rassurent : pour lui apprendre à mémoriser l’odeur d’un échantillon d’urine provenant d’un malade atteint d’un cancer, tout s’est passé sous forme de jeu. Exemple : l’échantillon à retrouver est caché parmi d’autres et lorsque le chien le reconnaît, il est récompensé.

Après deux ans d’un tel dressage, Aspirant est ainsi devenu capable de distinguer (dans 91 % des cas) l’urine d’hommes malades de l’urine d’hommes sans cancer de la prostate. Un taux incompatible avec le simple fait du hasard ! Désormais,  l’étape suivante est de reconstituer les combinaisons de molécules détectées par le chien et qui sont des signatures de ce cancer. Puis, de réaliser un «nez électronique» – comme il en existe déjà dans l’industrie – afin de reconnaître cette combinaison entre toutes et vérifier qu’il s’agit bien d’un test fiable de détection du cancer de la prostate.

Une haleine qui tient les chercheurs en … haleine !

De leurs côtés, des chercheurs Israéliens (3) planchent sur la détection de cancers par l’haleine. Le principe est toujours le même : comme la croissance tumorale s’accompagne de modifications des gènes et des protéines, voilà qui entraîne l’émission de composants organiques volatiles. Des composés qui se retrouvent dans l’haleine où ils pourraient également être détectés grâce à des «nez électroniques» !

Pour l’instant, les chercheurs sont optimistes, car leurs premiers essais ont donné 89% de réussite lors de dépistages précoces du cancer du sein et 100% de réussite pour ceux du cancer du poumon. Seul bémol : leurs essais ont porté sur des personnes à un stade déjà avancé de leur cancer. Il n’est donc pas certain que les résultats soient aussi bons avec des cancers débutants, évidemment les plus intéressants à dépister.

Scanners et mammographies ont donc encore de beaux jours devant eux. Néanmoins, ces «nez électroniques» devraient aussi être promis à un brillant avenir, comme en témoigne le nombre exponentiel d’équipes de chercheurs qui travaillent sur ce sujet dans le monde !

Nathalie Szapiro-Manoukian

Sources : 

1 • Conférence annuelle de l’American Chemical Society à Philadelphie, 2008.  

2 • “Dogs sniffing urine : a future diagnostic tool or a way to identify new prostate cancer markers ?” , O. Cussenot, European Urology, feb 2011 ;59(2) :197-201.

3 • “Detection of lung, breast, colorectal, and prostate cancers from exhaled breath using a single array of nanosensors”, British Journal of Cancer (2010) 103, 542-551.