La vie comme un théâtre | la maison du cancer

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Michèle Guigon, comédienne et co-auteur du spectacle « La vie va où ?… » évoque son parcours et comment l’écriture et l’humour lui permettent de partager sur scène son expérience du cancer.

 

LMC : à propos de votre spectacle, vous annoncez  : « On va parler de la maladie, de la vieillesse, de la mort… on va bien se marrer ! », ce qui est osé. Avez-vous pensé que cette approche pouvait faire peur ?

La vie et la mort se confondent. Je ne me suis pas dit que j’allais faire un spectacle drôle sur le cancer. C’est arrivé dans ma vie et je l’ai transformé.  Il y a des gens pour qui on ne rit pas de la maladie. Moi, je crois qu’on peut rire de tout si on arrive à être drôle avec. C’est ma personnalité, je suis sucrée-salée, capable de rire et de pleurer en même temps, ce qui est identique en réalité. Mais pour parvenir à cette distance, il faut avoir pris le temps de méditer. D’aller à la rencontre de soi-même. Je passe du temps avec moi chaque matin. J’ai aussi eu la chance de tomber sur une administratrice de théâtre qui m’a dit « fais ton rôle d’artiste », alors je me suis dit « C’est de la vie, on y va ». La maladie, c’était une matière réelle. D’ailleurs ce qui m’intéresse, c’est le vrai, le vivant, l’authenticité.

LMC : cette exigence de vérité n’est-elle pas plus forte quand on a été malade ? 

Quand on a une expérience, elle colore le reste. Cette maladie nous dépouille des apparences comme l’automne dépouille les fleurs de leurs apparats. Mais elle le fait pour mieux nous faire vivre. Je trouve  d’ailleurs étrange qu’il faille refaire une reconstruction du sein pour avoir l’air vrai. C’est incohérent. Mettre un truc faux pour avoir l’air vrai. Le vrai, c’est que là je n’ai pas de sein !

LMC : cachez ce sein…

Que je voudrais avoir ! Le théâtre m’a aidé à me regarder Amazone car j’y ai trouvé des héroïnes. Je me suis dit que je voulais vivre cette cicatrice, apprendre d’elle, après je pourrais décider.  Je dis combien il est important de trouver son point d’appui, mais par contre on ne se trouve pas forcément là où on croyait qu’on devait être. Il faut vivre sa vie et pas réussir sa vie. Devenir soi et pas devenir quelqu’un. La plus grande joie est en soi-même.  Il faut aller à sa rencontre chaque matin en s’écoutant, en arrêtant de courir. Je dis dans le spectacle : « la maladie nous fait passer de la vie courante à la vie pas à pas ».

LMC : à quel moment avez-vous commencé à écrire ce spectacle ? 

J’avais commencé à écrire un solo sur la vie et le temps qui sont mes préoccupations depuis toujours. Lorsqu’on m’a annoncé ce cancer quelques semaines avant la première, je me suis dit « Qu’est-ce que je fais, je vais jouer quand même ? Je ne suis pas sûre de mon état physique ni qu’une femme chauve, ça fasse rire ». Le temps des traitements, toutes les trois semaines, j’ai écrit des extraits de journal que j’envoyais sous forme de mails à mes amis. Je recevais plein de réponses, ils étaient de plus en plus nombreux à s’inscrire sur ma liste. Pour le spectacle, j’ai retravaillé cette matière. Tout cela m’a donné de la  force. Le rôle de l’artiste, c’est de transformer. Il y a eu un gros travail de construction avec l’objectif d’être léger. Et de trouver son sens, vivre, être en vie. Pas survivre, ni être dans la peur ou le mensonge. Etre dans le vivant.

LMC : votre humour vous a aidé mais quels autres types d’humour vous ont inspirée ?

J’ai relu des blagues juives qui sont un enseignement de haut niveau. J’ai relu Molière et Feydeau. Les brèves de comptoir aussi. Et j’ai lu des contes de sagesse, des contes soufis. Revu les films des frères Zucker comme « y’a-t-il un pilote pour sauver l’avion ? ». Il y a prendre partout et il y a partout à regarder dans la vie.   

LMC : Quand on joue longtemps un spectacle qui évoque le cancer, est-ce qu’on peut en sortir ?

Le théâtre permet de transcender. Chaque représentation me replonge dans le vrai sens de ce que j’ai traversé. Je dois à chaque fois me remettre dans cette vibration particulière du cancer et ce que j’en dis me refait vibrer à chaque fois.  Quand le spectacle a eu un peu d’échos, des gens sont venus regarder la fille qui cause du cancer, pensant « Elle se croit quoi ? » : il y a eu du mépris ou de la peur, voire de la jalousie. Et puis cette question : « C’est vrai, vous l’avez eu ? ». En affinant le spectacle, je me suis affinée. Et c’est très flatteur pour l’actrice que je suis d’avoir pu passer du « Je » au « Jeu ».

Propos recueillis par Marina Lemaire.

Elle nous bouleverse Michèle Guigon : de la naissance à la mort en passant par la vieillesse et la case « cancer », elle nous fait voyager grâce à son solo joyeux. Un spectacle plein de vie où l’artiste, excellente comédienne passe des «maux» aux jolis «mots» avec une grâce qui enchante.

 « La vie va où ? » jusqu’au 14.11.10

Au Théâtre du Rond-Point  – 75008 Paris  

Dates de tournées : www.cie-ptitmatin.com

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