Le programme du PS face au cancer | la maison du cancer

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Nous avons demandé aux deux partis en course pour l’élection Présidentielle de nous présenter leur projet de lutte contre le cancer. Ici, Jean-Marie le Guen, Député de Paris, Adjoint au Maire de Paris, en charge de la santé dans l’équipe de François Hollande, répond à nos questions. 

 

LMC :  le cancer vous semble-t-il être une priorité de santé publique ?

La réponse ne fait aucun doute : oui le cancer doit être une priorité de santé publique. C’était le cas sous M. Jospin puis sous M. Chirac, grâce aux premiers Plans Cancer. C’est moins vrai depuis 5 ans. Pourtant le cancer reste un fléau contre lequel il faut se mobiliser. Avec 300.000 nouveaux cas et 140.000 morts par an, c’est la principale cause de mortalité dans notre pays. 3 millions de Français ont perdu au moins un membre de leur proche famille d’un cancer. Et certains cancers connaissent une recrudescence inquiétante, comme le cancer du poumon chez la femme. Cette réalité doit nous conduire à mener une politique de santé publique ambitieuse, animée par une vision stratégique et cohérente. C’est pour cette raison que François Hollande s’est engagé à porter un Plan Cancer III. Ce nouveau plan s’articulera autour de plusieurs axes forts : la prévention, l’organisation des parcours de soins et de la prise en charge, et le soutien à l’innovation et à la recherche. Nous devons aller plus loin que les plans précédents, donner un souffle nouveau à la lutte contre le cancer.

LMC : nous savons que la prévention est essentielle dans la lutte contre cette maladie, quelles initiatives comptezvous prendre en ce sens ? 

La prévention doit être mise en exergue dans nos politiques de santé. C’est encore plus vrai concernant le cancer. Prévenir le cancer c’est diminuer les facteurs de risque et intensifier le dépistage. Pour que cette prévention soit véritablement efficace, nous devons agir courageusement et durablement sur des sujets bien précis, à commencer par une lutte déterminée contre le tabagisme. L’augmentation du prix du tabac ces dernières années a d’abord profité aux industriels, qui ont réalisé, avec l’assentiment du gouvernement, des bénéfices croissants en ciblant notamment les femmes et les jeunes. Je pense que ces bénéfices doivent être mis à contribution pour financer des actions de prévention. Il faut notamment agir dès l’école pour apprendre aux jeunes à dire « non ». En parallèle, je suis, à titre personnel, favorable à une augmentation des prix du tabac plus dissuasive, ainsi qu’une application stricte de la loi interdisant la publicité en faveur du tabac, en étudiant la possibilité de faire adopter des paquets neutres standardisés sans autre visuel que le nom de la marque. Au delà, l’étude des autres facteurs de risque, alimentaires et environnementaux, notamment au travail, doit être menée et soutenue avec la même rigueur et la même constance. Il faut mieux identifier et mieux réduire ces risques. Enfin, le cancer est encore insuffisamment dépisté. Nous devons donc intensifier le dépistage, mieux le promouvoir, et améliorer sa précocité, notamment pour le cancer du sein. Environ 12 000 femmes meurent chaque année de ce cancer en France. Or, nous observons que le taux de participation au dépistage organisé stagne voire baisse ces dernières années. Nous devons mettre un terme à cette situation en menant des actions ciblées car le dépistage précoce est un facteur déterminant de guérison. 

LMC : quelles sont vos propositions pour améliorer la prise en charge du cancer en France ?

Nous voulons tout d’abord développer une politique de la continuité des soins et de la qualité de la prise en charge. En France, la prise en charge des cancers se caractérise encore par une relative illisibilité pour les malades, les familles et même les médecins. Les parcours de soins doivent être plus cohérents afin de mieux articuler dépistage, diagnostic précoce et prise en charge, pendant et après la maladie. Il est également nécessaire de promouvoir une évaluation réelle de la qualité des filières de soins et de prise en charge. En outre, il est sans doute possible d’améliorer encore les traitements, notamment grâce à l’individualisation des stratégies thérapeutiques.

Parallèlement, nous nous sommes engagés a promouvoir une prise en  charge globale des personnes malades, pendant et après le traitement, tout au long de leurs parcours de soins. Nous voulons faciliter les conditions de vie des malades. Il est inadmissible que l’on puisse perdre son emploi, avoir du mal à se loger, à boucler les fins de mois, parce que l’on a, ou l’on a eu, un cancer. L’ensemble des problèmes humains et sociaux qu’affrontent les malades et leurs familles doit être pris en compte.

LMC : faut-il donner un nouvel élan à la recherche en matière de cancer et, si oui, comment ?

L’adoption d’un plan Cancer III sera une occasion formidable de donner une nouvelle impulsion à la recherche, et de mettre en œuvre une politique publique ambitieuse et cohérente de gestion de l’innovation en cancérologie. Nous souffrons en France d’un trop grand cloisonnement entre soin et recherche. Pour sortir de cette fragmentation, on pourrait envisager la constitution d’Instituts et de Pôles Régionaux en cancérologie. 

Propos recueillis par Pascale Senk

Voir l’interview du professeur Philippe Juvin pour l’UMP