Cabines de bronzage et cancers cutanés : les liaisons dangereuses | la maison du cancer

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L’envie d’être bronzé pousse certains à s’exposer régulièrement aux UV artificiels. Or, les cancers de la peau sont en nette augmentation, notamment chez les plus jeunes. Quels liens sont aujourd’hui avérés entre la fréquentation des salons de bronzage et cette multiplication de mélanomes ?

 

On le sait depuis longtemps : abuser du soleil sans protection augmente le risque de cancers cutanés. En 2009, le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a décidé d’ajouter sur la liste des cancérigènes avérés les bancs et les cabines de bronzage . Publiée le 2 avril dernier dans la revue « Mayo Proceedings » (1), une nouvelle étude américaine vient étayer les précédentes conclusions. Une équipe de chercheurs a ainsi constaté qu’entre 1970 et 2009, l’incidence du mélanome (un des cancers cutanés les plus graves) de la peau a  été multipliée par huit chez les jeunes femmes et par quatre chez les jeunes hommes, avec une surreprésentation des tranches d’âge entre 18 et 39 ans, mettant en évidence un lien de corrélation avec la fréquentation des cabines de bronzage. Des conclusions qui ne surprennent pas vraiment le corps médical. Le Dr Caroline Dutriaux, dermatologue à l’unité d’oncologie dermatologique au CHU de Bordeaux, réagit : « Cela correspond à une réalité. Dans la même étude américaine, nous apprenons que l’exposition régulière aux UV artificiels avant l’âge de 30 ans augmente de 75% le risque de mélanome ».

Une réglementation insuffisante

Depuis le décret de 1997, la réglementation impose un ensemble de mesures destinées à encadrer la pratique des professionnels du bronzage : déclaration aux autorités  de santé de tous les appareils émettant des UV, interdiction de leur utilisation aux moins de 18 ans et aux personnes classées en phototype I (2), formation du personnel et information du consommateur. Un encadrement jugé insuffisant pour les médecins. « Nous n’avons aucun moyen de savoir si la réglementation est bien  appliquée, que ce soit au niveau de la sécurité des appareils ou de l’information délivrée au public, d’autant que les personnes qui travaillent dans les centres de bronzage n’ont pas ou très peu de formation médicale», explique le Dr Caroline Dutriaux (3). Le syndicat des dermatologues souhaite un durcissement de la réglementation actuelle. « Nous sommes favorables à une interdiction de toute publicité en faveur des centres de bronzage, comme c’est déjà le cas pour d’autres agents cancérigènes avérés tels que l’alcool et le tabac », souligne le Dr Claudine Blanchet-Bardon, vice-présidente du syndicat des dermatologues vénéréologues.

Des populations plus vulnérables que d’autres

Rappelons que vis-à-vis des effets du soleil, nous ne sommes pas tous égaux. Certaines populations sont plus vulnérables que d’autres. Un antécédent de mélanome dans la famille, des coups de soleil pendant l’enfance, des naevi (grains de beauté) atypiques en grands nombres, certains phototypes augmentent les risques de cancers cutanés, que les UV soient d’origine naturelle ou artificielle. Ainsi, les personnes à la peau claire, celles qui présentent des taches de rousseur et de nombreux grains de beauté font partie des populations à risque. Mais par mesure de précaution, les dermatologues déconseillent la fréquentation des cabines de bronzage, quel que soit le phototype de la clientèle. « Une personne qui ne présente pas de risque spécifique et s’offrirait une ou deux séances d’UV par an ne prendrait probablement pas de risque majeur pour sa santé. Le problème, c’est que les solarium sont ouverts à tous, avec un fort succès chez les jeunes, sans évaluation préalable des facteurs de risque individuels, avec pour certains le besoin compulsif de toujours bronzer davantage !», déclare le Dr Caroline Dutriaux. Plus catégorique, le Dr Claudine Blanchet-Bardon est favorable à une totale proscription des cabines de bronzage au lieu de fixer une limite floue quant à un nombre de séances annuelles à respecter. « Le bronzage en cabine est dangereux. Déterminer un nombre de séances à ne pas dépasser n’a aucun sens », précise t-elle.

Des arguments commerciaux contestables

Du côté des professionnels du bronzage, l’heure est à la défense après la publication de cette récente étude américaine. Dans son dernier communiqué de presse, le syndicat national des professionnels du bronzage en cabine (SNPBC) continue d’affirmer que le lien entre l’exposition aux UV artificiels et l’augmentation du nombre de cancers n’est pas avéré pour les populations qui ne présentent pas de risque particulier. Pour défendre ses intérêts commerciaux, le SNPBC n’hésite pas à mettre en avant deux arguments en faveur de la profession : les séances d’UV artificiels constitueraient un excellent moyen de préparer la peau au soleil et permettraient d’augmenter la production de vitamine D. Une argumentation que réfute catégoriquement le Dr Caroline Dutriaux : « les UV artificiels en cabine n’ont jamais démontré qu’ils permettaient de préparer la peau au soleil d’une quelconque manière, rappelle t-elle. De plus, les UVA reçus dans les centres de bronzage ne sont pas considérés comme efficaces pour favoriser la synthèse de vitamine D, plutôt stimulée par les UVB. Et pour avoir des taux satisfaisants de vitamine D, nous savons qu’une exposition quotidienne modérée de quelques minutes sur les deux avant-bras et le visage suffit, en association à un régime alimentaire équilibré et lacté. »  

Pour avoir bonne mine, les dermatologues sont unanimes : mieux vaut recourir aux crèmes teintées et aux soins autobronzants plutôt que de prendre des risques inutiles dans une cabine de bronzage.

Nathalie Ferron

(1) Mayo Clinic proceedings  

(2) Le phototype est la qualité de réponse d’une personne à l’action des rayons UV. Il existe 6 phototypes, le phototype I présentant le risque maximal aux rayons UV. Il correspond aux personnes blondes ou rousses ayant la peau très claire parsemée ou non de taches de rousseur.

(3) un rapport de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) publié en 2008 estimait que plus de 25% des installations ne répondaient pas à tous les critères de sécurité.