Une grande enquête sur « notre poison quotidien » | la maison du cancer

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Après «  Le Monde selon Monsanto », la journaliste Marie-Monique Robin livre dans son film « Notre poison quotidien » deux ans de recherche sur les liens possibles entre l’exposition aux produits chimiques et l’épidémie des maladies chroniques comme le cancer.

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LMC :  Dans votre film et votre livre, vous dénoncez les défaillances des systèmes de réglementation sanitaire qui s’appuient sur les études de toxicité produites par l’industrie chimique. Comment changer ce processus approximatif qui semble bien installé ?

M.R : Le système de réglementation manque de transparence, c’est le moins que l’on puisse dire. Il est fondé sur les études de toxicité produites par les entreprises elles-mêmes ! Sans compter les collusions entre certaines autorités de réglementation et les dirigeants de ces sociétés…

L’urgence, à mes yeux, c’est de s’occuper des perturbateurs endocriniens, qui sont à l’origine des cancers hormono-dépendants. Pour ces molécules qui agissent sur l’équilibre hormonal, il n’y a pas de dose sans risque : les principes de la DJA (1) (dose journalière admissible) ne s’appliquent pas.

Concernant les molécules cancérigènes « classiques », il faut revoir les principes de la DJA et prendre en compte l’effet cocktail, c’est-à-dire l’interaction entre les différents résidus des substances chimiques. Cent mille produits chimiques sont apparus depuis la Seconde Guerre mondiale mais seulement 3 % ont été testés sur leur potentiel cancérigène et 935 ont été évalués par le CIRC. En outre, on n’a jamais considéré les conséquences de ce mélange. En Europe, le règlement REACH va plutôt dans le bon sens en identifiant mieux les substances dangereuses, mais il n’inclut pas les pesticides.

LMC : un rapport officiel a déclaré en 2007 qu’aucun lien direct ne pouvait être établi entre cancer et produits chimiques, sauf pour le benzène et l’amiante. Comment expliquer une telle position, alors que certains cancers ont été reconnus depuis comme maladie professionnelle chez une trentaine d’agriculteurs ?

M.R : Ce rapport (2) est un véritable scandale. Nombre de pesticides n’ont pu être ni évalués ni classés dans le groupe 1 (agent cancérigène pour l’être humain, NDLR) faute d’études épidémiologiques. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui en est co-auteur, se base uniquement sur des études publiées. Or, les fabricants ne publient jamais leurs données dans les revues scientifiques. Il est injustifiable de prendre pour argent comptant les données que les industriels veulent bien communiquer. On a connu le même phénomène avec l’amiante, dont les dangers ont été très longtemps minimisés. On pourrait aussi parler d’un autre rapport tout aussi honteux sur les dioxines…

LMC :  votre enquête pointe des conflits d’intérêt au sein de certaines autorités comme l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ou la Société américaine du cancer. Portez-vous le même regard critique sur des équivalents français ?

M.R : Oui, il y a des conflits d’intérêt au sein de certaines agences de réglementation, notamment au sein de l’Afssa (l’ex-Agence française de sécurité sanitaire des aliments, rebaptisée ANSES) au sujet du bisphénol A. Pourtant, depuis dix ans, des centaines d’études ont démontré ses effets à des doses parfois 5 000 fois inférieures à la DJA !

LMC : que préconisez-vous pour se prémunir des perturbateurs endocriniens, omniprésents dans notre quotidien ?

M.R : Il faut avant tout alerter les femmes enceintes au moins pendant les six premiers mois de leur grossesse. Certains cancers sont en effet programmés dans le ventre de la mère. Elles doivent éviter les poissons, qui concentrent des PCB et des métaux lourds, les plastiques alimentaires (films fraîcheur, bouteilles…), les boîtes de conserve et les canettes, qui contiennent du bisphénol A, les poêles à base de Teflon, … Il faut manger bio autant que possible, privilégier les cosmétiques bio et proscrire les teintures pour les cheveux.

Propos recueillis par Catherine Levesque.

(1)  La DJA est la quantité d’additifs alimentaires qui peut être ingérée quotidiennement et sans risque pendant toute une vie. Fixée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), elle s’exprime en mg de produit / jour / poids corporel. Par exemple, la DJA de l’aspartame est de 40 mg/kg de poids corporel.

(2)   Les causes du cancer en France (2007)

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