Des cancers en hausse chez les jeunes ? | la maison du cancer

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Les jeunes adultes (25 – 40 ans) sont malheureusement  eux aussi touchés par la maladie cancéreuse. Si celle-ci reste relativement rare dans cette tranche d’âge, certaines formes sont cependant en légère augmentation parmi cette population : mélanomes et cancers du sein notamment apparaissent comme les plus agressifs.

 

A fréquenter les salles de chimio, on a la nette impression que de jeunes adultes sont, hélas, plus nombreux qu’avant à les fréquenter. Cette réalité se retrouve-t-elle dans les chiffres ? Pas complètement. D’abord parce que les statistiques sont encore rares sur cette population, et que les chiffres dont on dispose ne sont pas récents.

En effet peu d’études ont été consacrées à cette catégorie de la population, considérée comme peu touchée par la maladie. « Il y a un problème de source à la base, confirme le Docteur Bernard Asselain, chef du service d’épidémiologie et de biostatistique du cancer à l’Institut Curie. Nous avons peu de données par tranche d’âge sur la période des années 80 pouvant nous permettre de faire des comparatifs »

Quelques chiffres tout de même : en 2005, selon l’Institut de veille sanitaire, plus de 21 000 cas de cancers ont été déclarés chez des jeunes adultes et près de 4 000 ont été mortels. Avec 13 000 cas déclarés, les jeunes femmes sont bien plus concernées que les hommes.

Pour plus de précision sur la tendance évolutive, il faut se tourner vers des rapports étrangers, comme celui réalisé dans son pays par l’Agence de la santé publique au Canada en 2006. Selon son analyse, qui s’appuyait sur des données récoltées entre 1983 et 1999, le taux d’incidence du cancer est resté stable chez les jeunes canadiens.

Le  cancer le plus fréquent chez eux et l’un des rares dont l’incidence croit est le cancer des testicules. Selon l’étude, son incidence augmente de 2,5 % par an depuis 1983.  En

France, près de 1500 nouveaux cas ont été détecté en 2005. Mais les  chercheurs ne disposent pas d’arguments solides pour justifier cette hausse.

Seins et peau en plus grand danger

Certains cancers ont eux cru significativement, comme celui du sein, qui reste la première cause de décès prématuré chez les jeunes femmes. Ou encore le mélanome malin ou cancer de la peau. Selon l’Institut Curie, ce dernier a doublé en 20 ans chez les femmes et a été multiplié par 2,5 chez les hommes, tout âge confondu. Chez les jeunes adultes, il est devenu depuis peu la première cause de mortalité par cancer.

Cette augmentation du cancer de la peau peut être expliquée par des facteurs sociétaux comme les irréductibles fan du bronzage ou le développement des loisirs de plein air favorisant l’exposition aux ultraviolets. Il en est de même pour le sein. Le Docteur Bernard Asselain s’est basé sur des données anglaises pour analyser l’évolution de ce cancer chez la jeune femme. « Ce cancer a augmenté de 13 % entre 1982 et 2002, expose-t-il. Ce qui est notable mais s’inscrit dans la tendance générale de l’incidence de ce cancer qui augmente de 2,4 % par an sur l’ensemble de la population ». Si on exclut les cas particuliers de mutation génétique, ce sont bien, là encore, des facteurs sociétaux qui sont en cause. La tendance au surpoids augmente ainsi le risque de tumeurs car une masse grasse trop importante entraîne une hyperoestrogénie favorisant l’apparition du cancer. «  Autre explication : l’allongement de la fenêtre oestrogénique. Les jeunes filles ont leurs règles de plus en plus tôt et font des enfants de plus en plus tard. La femme est donc plus longtemps sous l’action des oestrogènes et donc plus sensible au cancer ». Le professeur exclut toutefois la pilule comme facteur de risque, pourtant longtemps accusée de favoriser le cancer du sein.

Chez les jeunes femmes, le cancer du sein présente des particularités inquiétantes. Avec un taux de survie de 80 %, contre 88% sur l’ensemble de la population, il est ainsi plus agressif. De même, chez les femmes de moins de 40 ans, le risque de récidive locale est quasiment double. « Effectivement, ce ne sont pas de bonnes nouvelles, confirme le Docteur Bernard Asselain. Mais tout ceci est à relativiser. Le cancer du sein reste très rare chez les femmes de moins de 35 ans et la mortalité est en baisse constante ».

Dépistage

Autre facteur à surveiller : parce qu’elle semble moins menacée, la population jeune est moins incitée au dépistage. A 25 ans, Marie, jolie blonde en pleine santé, se dit très attentive au risque de cancer, particulièrement celui du sein. « On entend parler tout le temps de cette maladie et on a tous des proches qui ont été touchés, raconte-t-elle. Il est donc vrai qu’à la moindre douleur, j’ai tendance à prendre peur. Mais cela fait rire mon gynécologue qui me trouve bien jeune pour m’inquiéter ».

Le Docteur Bernard Asselain temporise également : « une surveillance des patientes à risque, oui. Mais il ne faut pas généraliser le dépistage et la mammographie avant 40 ans. C’est inutile et cela ne servirait qu’à affoler une population finalement très peu concernée par le cancer ». D’autres spécialistes abondent dans ce sens, comme le professeur Jean-Yves Delattre, chef du service neurologie à la Pitié-Salpêtrière : « aucun argument n’indique une hausse du cancer du cerveau chez les jeunes adultes, au contraire des populations de plus de 65 ans ».

Les chiffres devraient finir de calmer les inquiétudes des plus jeunes : en France, en 2007,  l’âge médian du cancer était de 72 ans pour les hommes et 76 pour les femmes. Le cancer semble donc rester encore une maladie de vieillesse, mais il vient  aussi désormais bousculer la vie de jeunes adultes.

Cécile Cailliez­