Les cancéropôles : tout pour la recherche | la maison du cancer

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Les cancéropôles ont reçu en juin dernier la labellisation de l’Inca pour une période de 4 ans. Ils jouent un rôle essentiel dans la recherche en cancérologie. Précisions avec Véronique Atger, responsable du département de biologie à la direction de la recherche du Cancéropôle de la région PACA.

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LMC : comment sont nés les cancéropôles ?

V.A : Ce projet a vu le jour lors du premier plan cancer (2003-2007), concomitamment avec la création de l’Inca (Institut National du Cancer). Sept cancéropôles couvrant tout le territoire français ont été mis en place. Il s’agit d’un réseau composé de plus de 2000 équipes de recherche, 32 universités et plus d’une centaine de partenaires industriels (industries pharmaceutiques et biotechnologiques). La recherche aujourd’hui reste encore très souvent fragmentée  avec d’un côté la recherche pratiquée dans les établissements hospitaliers et de l’autre, celle organisée dans les instituts de recherche universitaire. A l’origine du projet, il y avait donc un objectif de décloisonnement et d’ouverture entre les établissements.

LMC : était-ce l’unique objectif ?

V.A : Non, plusieurs objectifs leur ont été alloués. Tout d’abord, rassembler tous les acteurs susceptibles de contribuer à la recherche en cancérologie et les mobiliser sur le terrain. Il s’agit aussi de favoriser le rapprochement entre la recherche et le tissu industriel (les laboratoires de biotechnologies régionaux et les centres de recherche et développement pharmaceutiques, par exemple.) Ces actions de décloisonnement permettent d’être menées de façon plus efficace si elles sont structurées dans des espaces territoriaux plus circonscrits.

Enfin, les cancéropôles s’inscrivent dans une logique d’ouverture institutionnelle et disciplinaire. Ils ont permis de faire travailler ensemble différents spécialistes jusqu’ici cloisonnés dans leurs disciplines : ingénieurs, chimistes, mathématiciens ainsi que des chercheurs en sciences sociales (psychologues, sociologues, économistes …).

LMC : quelles incidences l’action des cancéropôles peut-elle avoir sur la vie des malades ?

V.A : Il n’existe pas de lien de cause à effet direct entre les cancéropôles et la prise en charge des patients. Il s’agit avant tout de donner une nouvelle dynamique à la recherche. Par effet indirect, on peut penser qu’à terme, les travaux de recherche pourront bénéficier aux patients dans la mise en place d’une meilleure qualité de diagnostic et dans leur prise en charge. Je pense notamment au fait de pouvoir identifier de nouveaux marqueurs plus spécifiques et plus précoces, par exemple. En ce sens, les cancéropôles peuvent jouer un rôle de catalyseur même si ce n’est pas leur vocation première.

De nombreux laboratoires de recherche analysent notamment l’altération des gênes grâce aux biopuces. Ces travaux de recherche permettront à terme de mieux définir le pronostic des patients et aideront les médecins à prévoir la probabilité des patients susceptibles de répondre favorablement à certains types de traitement en fonction du type de mutation des gênes impliqués.

LMC : quel bilan faites-vous des cancéropôles, huit ans après leur création ?

V.A : Nous observons un fort dynamisme en matière de création de projets de recherche pluridisciplinaires. Les cancéropôles permettent de développer davantage de projets, de meilleure qualité et planifiés à plus long terme. Ils ont également grandement amélioré la visibilité des travaux, à travers l’organisation de nombreux séminaires et de colloques. La communication scientifique s’est élargie : on observe beaucoup d’échanges, de rencontres d’un laboratoire à un autre, et aussi une forte émulation. Cette communication touche, bien sûr, le milieu scientifique mais aussi un public plus large à travers l’envoi de newsletters, l’organisation de journées scientifiques et de conférences ouvertes au grand public. Les cancéropôles couvrent tout le territoire français. Ils sont bien implantés, reconnus et soutenus par les collectivités territoriales. Cela contribue à mobiliser les élus et à les sensibiliser à des actions sur la lutte contre le cancer.

Propos recueillis par Nathalie Ferron