“Les Engagées” : Michèle Monville, Présidente de l’association AFCancer | la maison du cancer

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Michèle Monville s’est d’abord penchée au plus près de notre corps avant de s’intéresser à notre esprit. Issue du domaine de la biologie, la présidente de l’association AFCancer a commencé sa carrière dans les laboratoires d’une clinique. Avant de lâcher ses éprouvettes pour se plonger dans des ouvrages de psychanalyse.

« Je m’intéressais de près à la psychosomatique, c’est à dire au dialogue corps-esprit, raconte-t-elle avec passion. Pourquoi un même germe évoluait-il différemment selon les personnes ? J’y voyais déjà une raison autre qu’uniquement biologique ». Finalement, une épreuve personnelle finalise sa reconversion. A 35 ans, Michèle Monville entame « une analyse longue et documentée, comme on dit », avant de retourner sur les bancs de la faculté pour passer un diplôme universitaire de psychanalyse, complété par une formation dans une école spécialisée.

Elle a une première expérience auprès d’enfants autistes, puis une amie atteinte d’un cancer lui fait part de ce sentiment d’être incomprise et du manque d’écoute dans son traitement. Bingo ! Michèle Monville fait aussitôt le lien avec sa profession et crée en 1996 la fonction de psychanalyste oncologue au centre hospitalier intercommunal de Créteil. Une initiative qui trouve rapidement un écho puisqu’une équipe mobile d’accompagnement et de soins palliatifs y sera mise en place en 2002.

« Les patients comme les soignants se sont très vite rendus compte de l’importance de laisser de la place à l’écoute dans le traitement, confie Michèle Monville. J’ai le souvenir d’un homme qui s’est levé un jour en refusant de regarder médecins et infirmiers. Le mutisme total. L’équipe m’a alors appelé et il s’est révélé que cet homme, après un rêve traumatisant, venait de prendre conscience de sa probable mort prochaine. Le psychanalyste est là pour aider les patients à exprimer, comprendre et gérer cet énorme flux d’émotions engendré par la maladie. »

Après avoir fait entrer la psychanalyse à l’hôpital de Créteil, Michèle Monville se lance un nouveau défi : la rendre également accessible dans sa ville de Saint-Maur-des-fossés, dans le Val de Marne. « Aller chez le psy, cela n’a rien de facile, encore de nos jours. C’est cher et cela fait peur», observe-t-elle. En 2008, elle lance l’association AFCancer, un lieu d’écoute pour les malades, leurs proches mais aussi les soignants. Là, au moyen de groupes de paroles et d’ateliers thématiques, chacun peut exprimer ses ressentis et trouver du soutien. « Ce genre d’initiatives existait sur Paris mais pas ici, en banlieue. C’est pourtant ainsi que l’on crée de la solidarité entre les patients et les familles.dans une ville. Qu’on aide également les soignants à sortir de la solitude et à mieux exercer leur métier ». Que l’on prend vraiment soin de l’esprit de chacun pour faire bloc face à la maladie.

Cécile Cailliez

Le site de l’association : AFCancer