Les « Mammobiles » : pour un dépistage accessible à toutes, partout. | la maison du cancer

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Pas simple d’aller passer une mammographie quand on vit dans une commune isolée. Les unités mobiles de radiologie, appelées « mammobiles », sillonnent les campagnes et permettent peu à peu de pallier à cette difficulté.

Afin de mieux prévenir le cancer, le dépistage devrait être accessible à tous. Or, aujourd’hui un lieu d’habitation peut entraver ce droit. Le professeur Jean-Louis Lamarque le rappelait lors d’un colloque organisé en juin dernier par les Comités Féminins de prévention et de dépistage et portant sur les inégalités sociales (voir notre article « Des pistes pour corriger les inégalités face au cancer »). Dans les années 90, constatant dans son département de l’Hérault qu’une grande partie des femmes concernées par le dépistage du cancer du sein habitait trop loin des cabinets situés en ville,  il a eu l’idée de créer des unités mobiles de radiologie. Ces camions appelés « mammobiles » s’inspirent de modèles créés vingt ans auparavant en Suède et en Hollande, des pays pionniers où le taux de dépistage est élevé et concerne les femmes de 40 à 70 ans.

Désormais, un « mammobile » sillonne donc l’Hérault et va à la rencontre des femmes de cantons ou communes isolés. Dans ce camion, elles font un « mammotest », cliché des deux seins qui dure 20 minutes. Le mammobile fonctionne sur le même mode et avec le même cahier des charges qu’un cabinet de radiologie du privé. Un médecin est présent pour réaliser l’examen clinique. Les résultats – avec toujours une double lecture- parviennent aux femmes dans les trois jours en général.  

« C’est un vrai choix offert à ces habitantes des zones rurales , commente le Docteur Jeannine Cherifcheik, Médecin-Directeur du dépistage 34. Elles peuvent aller passer une mammographie soit dans un cabinet de radiologie agrée, soit dans un « mammobile ». Et il est certain que sans cette possibilité de choix, une part importante de la population cible, notamment les plus de 69 ans, ne viendrait pas ».  «Certaines femmes ne quittent pas leur maison parce qu’elles ont leurs petits enfants à garder ou un mari malade, explique Nicole Alby, présidente d’honneur d’Europa Donna  France. De plus dans certains départements, il n’y a pas de cabinet de radiologie, il leur faut en plus aller très loin ». En Lozère, par exemple, où n’existent que deux cabinets de radiologie, il faut réellement être motivé pour se soumettre au dépistage. «La peur d’aller passer une mammographie constitue déjà un premier frein, alors si en plus, vous avez 60 km à parcourir, voire des difficultés à trouver un cabinet, ça devient encore plus compliqué ! »,  constate Nicole Brahier, présidente depuis 20 ans du comité féminin de l’Hérault pour la prévention et le dépistage. De fait, malgré la gratuité du test et l’information, il y a encore une partie de la population qui ne vient pas ».

En 2009, 8012 femmes ont fait un passage dans un « mammobile » de l’Hérault. Soit 38% des femmes âgées de 50 à 74 ans du département. « Elles ont soit reçu une invitation par courrier, soit lu les affiches diffusées par nos bénévoles dans les communes adhérentes au programme », précise Nicole Brahier.

 A titre pilote, ce même département a l’autorisation de faire passer des tests aux femmes âgées de 40 à 49 ans (le coût financier est pris en charge par les communes adhérentes au programme de dépistage. Ce n’est donc pas l’Etat qui finance mais la Collectivité). 

Ce type de structure devrait permettre de pallier à un vrai besoin : sensibiliser des femmes déjà socialement et économiquement isolées. Mais cela nécessitera des efforts financiers. Existent aujourd’hui deux « mammobiles » dans l’Hérault, un dans l’Orne et un dans l’Aveyron. Nos voisins belges, inspirés par le système français, disposent de trois camions et ont créé un « Prostate mobile » . Affaire à suivre donc.

Marina Lemaire.