Mettre hors-jeu les jouets toxiques | la maison du cancer

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Tapis d’éveil, petites autos en bois et poupées à la crinière blonde sont peut-être pour votre enfant moins inoffensifs qu’ils ne paraissent. La présence de substances chimiques dans certains jouets est désormais avérée. Voici quelques recommandations pour minimiser leur nocivité.

Le sujet est récurrent. Il y a deux ans, la revue 60 Millions de consommateurs révélait que sur une soixantaine de jouets contrôlés, la moitié présentait des substances toxiques. L’an passé, les tapis-puzzles en mousse étaient retirés du marché parce qu’ils libéraient trop de formamide, une substance chimique jugée toxique pour la reproduction. Ils demeurent interdits à la vente jusqu’à l’été prochain, sauf si leur teneur est inférieure à des seuils considérés comme non dangereux par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Selon le site européen RAPEX, qui recense tous les signalements et retraits de produits non alimentaires prononcés par les autorités de protection des consommateurs, les jouets représentent 25 % des produits rappelés en 2010 (juste derrière les vêtements et articles de mode). Avec 19 %, le risque chimique représente le second type de danger (derrière les blessures) à l’origine de ces interdictions. Les substances les plus souvent épinglées sont les phtalates, des perturbateurs endocriniens.

Une législation insuffisante

Votée en 2008, la nouvelle directive européenne sur la sécurité des jouets a permis des avancées positives, notamment sur les substances allergènes. Les substances dites CMR (cancérogènes et/ou mutagènes et/ou toxiques pour la reproduction) y font l’objet d’une interdiction de principe, mais pas avant 2013, le temps pour les fabricants de s’adapter. Cependant, « un système de dérogation très large est prévu dans la directive pour échapper à cette interdiction par la suite », déplore Elisabeth Ruffinengo, juriste chargée de mission plaidoyer pour l’association WECF (Women in Europe for a Common Future), qui milite pour une réglementation plus stricte.

Autre lacune pointée par l’ONG, les perturbateurs endocriniens ne sont pas visés par le texte alors que les enfants y sont exposés. « Depuis 2005, trois phtalates sont interdits dans les jouets et les articles de puériculture et trois autres phtalates ont été proscrits dans les jouets et articles de puériculture destinés à être portés à la bouche. Il devrait en être de même pour toute la famille des phtalates, ne serait-ce que par précaution», poursuit la juriste.

Et de regretter une autre aberration : les poupées folkloriques, considérées comme des objets décoratifs, les modèles réduits, les équipements sportifs (patins à roulettes, brassards…) et les cadeaux publicitaires ne sont pas soumis à cette directive. Même constat pour les produits de maquillage et les bijoux d’enfants.

Quelles sont les substances concernées ?

• Formaldéhyde, classé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé : jouets en bois aggloméré, textiles, peluches…

• Bisphénol A : jouets électroniques et en plastique.

• Cadmium : peinture, kits de maquillage…

• Benzène, toluène : matières plastiques

• Phtalates : plastiques mous, poupées, jouets gonflables…

• Composés perfluorés : poupées, peluches…

• Hydrocarbures aromatiques polycycliques : jouets en plastique.

• Face à la multiplication des jeux émettant des champs électromagnétiques (consoles connectées en Wifi ou Bluetooth, Wii…), WECF s’interroge aussi sur les risques sanitaires liés à l’utilisation de ces objets par les enfants. Un nouveau guide sort aujourd’hui sur ce thème, alors que se tient à Bruxelles une conférence internationale sur le thème champs électromagnétiques et santé.

Quelques repères anti-risques

• Le marquage CE n’est pas une garantie en ce sens qu’il est apposé par le fabricant lui-même, qui déclare se conformer à la réglementation européenne.

• Les travaux de développement de la marque NF environnement «jeux et jouets » ont malheureusement été suspendus en mars dernier, au grand regret de WECF, qui s’est investi dans le groupe de travail.

• Les labels Spiel Gut et Öko Test  garantissent l’absence de produits nocifs.

Que peut-on faire pour protéger nos enfants ?

• WECF a édité une brochure de conseils téléchargeable sur son site ou à commander ([email protected]).

Parmi ses recommandations :

– Déballer et aérer les jouets au moins deux jours avant de les donner à l’enfant.

– Laver les jouets en textile (peluches, doudous…) et ceux qui peuvent être nettoyés.

– Privilégier les matières naturelles comme le bois brut (proscrire le contreplaqué), le caoutchouc naturel, le coton bio, les colorants alimentaires ou végétaux.

– Eviter les jouets en PVC (triangle 3) et ceux qui dégagent une forte odeur (parfum notamment).

• Quelques sites marchands proposent des jouets écologiques :

Brindilles  

Natiloo 

Ethichou 

Jouets écologiques Plan Toys  

Catherine Levesque 

« Stop aux mauvais joueurs ! » (test gratuit sur le formaldéhyde, le benzène, les champs électromagnétiques…). Mercredi 16 novembre, de 13 h à 17 h, place Edmond-Michelet, Paris 4e (face à Beaubourg). Métro Rambuteau / Hôtel de Ville.