Rémission spontanée : entre mythe et réalité | la maison du cancer

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Certains cancers apparaissent, se développent, entraînent des métastases… avant de disparaître sans aucune intervention de la médecine et sans même laisser de traces. Ces phénomènes de rémissions spontanées, bien qu’extrêmement rares, existent et restent encore bien souvent inexpliqués.

 

Enveloppée dans un tissu noir, une femme danse devant une toile représentant son autoportrait. Comme possédée, elle se tord, hurle, tend les poings et sanglote. Avant de s’écrouler au sol, tel un animal blessé, épuisé. Ce solo cathartique contre le cancer, présenté au musée du Quai Branly (1 ) aurait sauvé la vie de l’artiste Anna Halprin. En 1975, la danseuse apprend le retour de son cancer du colon, vaincu quelques années plus tôt. Elle invite alors quelques proches pour une représentation privée, à son domicile, et se livre à cette danse exutoire, afin d’évacuer ses angoisses et sa fureur. Une représentation qui restera dans les mémoires sous le nom de « Dancing my cancer ». Quelques semaines plus tard, Anna se rend chez son oncologue qui, miracle, constate qu’il n’y a plus aucune trace de la maladie.

Le cas d’Anna Halprin est davantage symbolique que scientifique. Cependant, les rémissions spontanées de cancer existent bel et bien même si elles sont très rares. Les chercheurs s’accordent sur le chiffre d’ 1 cas pour 100 000. On parle alors d’un cancer qui apparaît, se développe, entraîne l’apparition de métastases et… disparaît sans que la médecine y soit pour quelque chose. « Nous avons à l’heure actuelle encore beaucoup de mal à expliquer de tels phénomènes », reconnaît le Dr Didier Bourgeois, gynécologue et oncologue à la clinique Hartmann de Neuilly-sur-Seine. Lui-même a été témoin dans son cabinet d’un cas étrange de régression spontanée. « Une de mes patientes, d’origine asiatique, présentait un cancer de la vulve à un stade très avancé. Il aurait fallu l’opérer mais, à plus de 80 ans, cela était impossible et nous avons donc arrêté tout traitement. Or, quelle ne fut pas ma surprise de voir, au fur et à mesure des visites de suivi, que sa tumeur régressait à vu d’oeil. Elle ne prenait plus aucun traitement, à part une sorte de champignon venu de Chine ». Si le cancer n’avait pas totalement disparu, la tumeur avait très fortement diminué. Seule.

10 % de régressions spectaculaires

Difficile d’obtenir des données précises en l’absence de recensement systématique des rémissions spontanées, En revanche, certains cas de cancers sont plus concernés que d’autres. C’est le cas du neuroblastome, le plus fréquent des cancers chez les enfants de moins de cinq ans en dehors des leucémies. Cet ensemble de tumeurs s’attaque aux nerfs qui partent de la colonne vertébrale. Jusqu’à 10 % de ces cancers peuvent faire l’objet de régressions spectaculaires. En 2009, une étude conduite par le Pr Olivier Delattre, de l’Institut Curie, a permis d’établir un portrait-robot des cancers les plus susceptibles de régresser sans l’aide des médecins. Et la réponse se trouve du côté du code génétique. « Lorsque les chromosomes des cellules cancéreuses ne présentent pas de cassures, le pronostic est très bon, explique le Professeur Delattre. Dans notre analyse portant sur plus de 200 sujets, tous les cas présentant ce type de chromosomes ont régressé ». L’intérêt d’une telle étude est d’identifier les patients qui auront la chance de profiter d’une régression spontanée et ainsi d’éviter des traitements inutiles.

Des cas de rémissions spontanées ont également été constatées lors de cancers du rein. «  C’est tout à fait exceptionnel, purement anecdotique », relativise cependant le Professeur Cussenot, urologue à l’Hopital Tenon. Les explications seraient à chercher cette fois du côté du système immunitaire. Les sujets étaient en effet dans un état d’immunodépression, c’est-à-dire affaiblis lors de l’apparition de la tumeur. Leur système immunitaire, en revenant à un état normal de fonctionnement, aurait permis seul la destruction  de la cellule cancéreuse.

Disparition spontanée de cancers du sein

En 2008, une étude menée par une équipe norvégienne a fait grand bruit dans la communauté scientifique. Elle suggérait en effet que certains cancers du sein pouvaient également disparaître spontanément. Voici comment l’étude a été réalisée. Les diagnostics de cancer du sein ont été dénombrés dans deux groupes de femmes suivies pendant six ans. Chaque diagnostic fut obtenu à partir de l’examen au microscope du prélèvement d’une lésion suspecte. Dans le premier groupe, les femmes furent sollicitées tous les deux ans pour un examen de dépistage par mammographie. Dans le second, elles ont été sollicitées seulement au cours des deux dernières années. On aurait pu imaginer que le nombre de cancers soit supérieur dans le groupe des femmes qui n’avaient pas eu de contrôle radiographique régulier. Intuitivement, on imagine que sans mammographie régulière, des tumeurs ont pu se développer sans être identifiées Or l’incidence cumulée des cancers a été supérieure dans le premier groupe suivi régulièrement que pour celles n’ ayant eu qu’un cliché au bout de six ans. L’hypothèse avancée par l’équipe norvégienne est que certains des cancers apparus et suivis pendant six ans sans mammographie ont dû purement et simplement régresser. En un mot spontanément disparaître.

Quelle conclusion en tirer ? Quasiment aucune. Comme le fait remarquer le professeur David Khayat, qui dirige le service d’oncologie médicale du CHU Pitié-Salpêtrière, à Paris : « on sait maintenant que des cancers peuvent sans doute régresser spontanément, mais on ne sait pas lesquels ». Tout l’objet de la recherche actuelle est donc d’identifier ces phénomènes de rémissions et de régressions spontanées afin d’identifier les patients qui tireront bénéfices, ou non, des traitements contre le cancer.

Cécile Cailliez

1° Quai Branly Exposition « Les maîtres du désordre » jusqu’au 29 juillet 2012