Geneviève : « j’ai un plus grand respect pour toutes les formes de vie » | la maison du cancer

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Historienne, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille, Geneviève Dermenjian menait une vie professionnelle féconde et une vie de femme comblée. Le cancer est venu par deux fois bouleverser cette existence. Mais elle raconte dans un livre combien la maladie l’a ouverte aux autres, et au monde.

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« J’avais beau avoir 66 ans, je n’étais pas du tout préparée à l’éventualité d’un cancer. Je n’avais aucun symptôme particulier. Pas de douleur ni de boule suspecte au niveau des seins… C’est lors d’une mammographie de contrôle que le médecin a émis la funeste hypothèse du cancer. Diagnostic qu’il confirmera quelque temps plus tard. Après coup, et en raison des antécédents de cancer présents dans ma famille, je me suis reprochée de n’avoir pas fait cet examen plus tôt. Ce n’était pas très raisonnable de ma part… Sur le moment, je me suis dit : « Bon, je vais regarder la réalité en face. Pas question de baisser les bras. Je ferai tout ce qu’il faut pour juguler ce maudit cancer ! » Je n’avais pas du tout envie de me laisser perturber par lui. Toutefois, cela n’a pas été si simple, car un an après les traitements, un second cancer a été détecté au niveau de l’autre sein, cette fois-ci. Pendant toute la durée des traitements et même longtemps après, j’ai eu l’impression d’un mariage indissoluble avec le cancer. Dans la chambre, nous étions trois : moi, mon mari et le cancer ! Même si je décidai de ne pas m’épancher, de garder pour moi mes émotions pour ne pas inquiéter mes enfants et mon mari, la maladie pesait tout autant sur moi que sur mon entourage. J’ai d’ailleurs réalisé un peu plus tard que le fait d’avoir gardé le silence sur ce que je vivais avait été très difficile à vivre pour mes enfants. 

J’ai été opérée à deux reprises. J’ai suivi des séances de radiothérapie ainsi qu’une chimiothérapie pour les deux cancers. Aujourd’hui, cela fait 6 ans que le cancer me fiche la paix et que je me sens moins cernée par lui. Je fais mes examens de contrôle. Tout va bien. Ce qui m’a beaucoup aidée pendant toute la durée des traitements, c’est de tenir un journal intime. C’était pour moi une forme de thérapie personnelle qui me permettait de mettre le cancer à distance. La maladie n’a pas vraiment changé ma vie, du moins sur le plan extérieur. J’ai toujours autant de plaisir à travailler sur les sujets qui me passionnent. Ma vie de couple n’a pas non plus été ternie par la maladie. En revanche, je suis devenue une personne hypersensible. Je ne supporte plus les films violents, par exemple. Cela me donne envie de pleurer. Il m’arrive aussi de refuser d’entamer une conversation trop impliquante sur le plan émotionnel car j’ai souvent peur de craquer. J’ai du mal à supporter les contrariétés. Paradoxalement, je suis beaucoup plus ouverte, avenante et généreuse vis-à-vis des autres. J’ai davantage envie d’offrir des petits cadeaux… Je me sens également bien plus proche des animaux et de la nature en général. Je prends davantage soin de mes plantes aussi. Après avoir côtoyé la mort de près,  j’ai probablement développé un plus grand respect pour toutes les formes de vie. Je suis également plus sensible à la beauté. L’appartement que j’habite donne sur la mer. Je passe beaucoup plus de temps qu’avant à contempler la vue, par exemple. Etrangement, je me sens moins attirée par les spectacles, les voyages, les vacances. Je ne sais pas trop pourquoi… Je crois qu’il y a deux manières de vivre après un cancer. La première, c’est de s’enfermer dans sa souffrance, dans l’amertume de ce que l’on vit et de ce qu’on a perdu. L’autre est de se tourner vers tout ce qui est intact ». 

Propos recueillis par Nathalie Ferron

Pour en savoir plus

Le journal intime de Geneviève Dermenjian vient d’être publié sous le titre « Mon passager clandestin. Journal intime d’un cancer », chez Larousse