Jusqu’où peut-on être maître de sa vie ? | la maison du cancer

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En filmant les derniers mois de son amie Anne Matalon,  malade depuis 14 ans d’un cancer des ovaires, la réalisatrice Anne Kunvari  livre une œuvre soulevant de nombreuses questions sur « Le moment et la manière » de partir.  Comment replacer le malade au cœur de sa fin de vie en est sans doute la plus insistante.

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Au départ, elle avaient décidé de faire un film sur la vie lorsqu’on est atteint d’un cancer devenu chronique : le marathon des chimiothérapies, les séjours hospitaliers puis les retours à la maison, l’endurance au quotidien et sur le long terme…Mais, pour la malade Anne Matalon et son amie réalisatrice Anne Kunvari, rien ne s’est passé comme prévu. En quelques semaines, l’état de celle qui cohabitait avec un cancer des ovaires depuis plus d’une décennie s’est dégradé. De l’Hopital St Antoine, où elle doit entrer à cause de problèmes de sonde, elle est transférée dans une clinique de soins de suite où l’on comprend peu à peu qu’elle finira son voyage. C’est l’été, les soignants débordés semblent absents, on ne propose pas de soins palliatifs à Anne, elle est de plus en plus entravée par l’évolution de la maladie. Les deux femmes décident quand même de continuer à tourner. « Ce sont ainsi les failles d’un système de santé en bout de course que nous nous sommes retrouvées à montrer, raconte Anne Kunvari ».

Anne Matalon, très informée, a toujours été très active et engagée depuis le début de sa maladie. Auteure de quelques livres sur ce thème, elle est aussi celle qui a crée la boutique « L’embellie », boutique d’accessoires pour femmes atteintes de cancer du sein (cf interview que nous avions faite d’elle). Energique, elle a donc cherché jusqu’au bout des solutions pour partir au mieux, comme elle le voulait : « son souhait était de trouver une place dans le service de l’oncologue qui lui inspirait le plus confiance, et qui l’avait accompagnée très longtemps, raconte son amie, pouvoir aborder avec un soignant de confiance la possibilité d’une sédation finale…et éventuellement pouvoir la refuser si ce moment arrivait aussi. Malheureusement les conditions ne lui ont pas permis de partir dans cette sérénité là ».

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Reste le film qui, malgré des manques due à la rapidité avec laquelle la réalisatrice a du travailler – où sont les soignants ? On ne comprend pas non plus explicitement où sont les proches d’Anne –peut ramener le débat actuel sur la fin de vie à des questionnements essentiels n’appelant pas seulement des réponses binaires,  du type « noir ou blanc » : jusqu’où chacun peut il se préparer à sa mort ? Les réalités matérielles de la médecine actuelle permettent-elles vraiment à chaque malade d’anticiper ? Que faire quand il n’y pas de soins palliatifs ? Si Anne Matalon est partie trop vite, il est appréciable de voir combien, grâce à l’aide de son amie, son parcours peut désormais inciter d’autres à toujours mieux se préparer.

Pascale SENK

Pour en savoir plus :

Film « le moment et la manière » (prod : http://www.lemomentetlamaniere.fr)

Boutique L’embellie