Mathieu : « Guéri d’un cancer, je veux profiter de ce que me donne la vie» | la maison du cancer

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A 20 ans, on pense à ses études, à sortir… Mais que se passe-t-il quand la maladie frappe ? Mathieu, touché à cet âge par un lymphome hodgkinien et aujourd’hui âgé de 26 ans, nous raconte son histoire. Et l’homme qu’il est à présent, résolument tourné vers l’avenir.

« Les premiers symptômes ? Je m’en souviens parfaitement. Tout d’abord il y a eu une énorme fatigue. Mais comme je préparais un BTS en audiovisuel et que je travaillais énormément, j’ai mis cela sur le compte du surmenage. Ensuite les suées nocturnes et les réveils en nage se sont multipliés. Et ça c’était inhabituel chez moi. Enfin, j’ai fait plusieurs malaises, quatre en deux jours. Et puis un autre, cette fois en présence de mes parents. Ma mère m’a alors immédiatement emmené chez notre généraliste. La première prise de sang  n’a rien révélé d’inquiétant, mais comme je ressentais aussi une forte douleur au thorax, mon médecin m’a fait passer une radio. A ce moment-là,  j’avoue que je n’éprouvais encore aucune inquiétude. Mais l’image a révélé une masse sombre. La radiologue a alors refusé de s’avancer et exigé un scanner. Tout cela est devenu tout à coup de moins en moins anodin.  Et puis ma mère n’était pas très bien lorsque nous sommes arrivés  au Centre d’imagerie, ce qui n’avait rien de rassurant.  Lorsque le médecin nous a annoncé : «C’est peut-être un cancer », elle s’est effondrée.

Moi je n’ai pas réalisé. Les jours qui ont suivi non plus. Tout glissait autour de moi. Quelque chose me disait pourtant que j’étais passé du côté des malades. Mais bon,  je continuais à faire mes devoirs, et puis nous sommes partis en week-end à Bruxelles voir mon frère… Tout s’est passé très normalement. Jusqu’au mardi suivant où je suis entré à l’hôpital Henri Mondor, pour une durée d’hospitalisation indéterminée. Prises de sang, échographie du cœur, scanners, biopsie…. On m’a aussi emmené au CECOS (Centre d’Etude et de Conservation des œufs et du sperme humains) , pour une conservation de sperme. Le spectre du cancer était bien là. Au bout de neuf jours, le diagnostic fut sans appel : j’avais un lymphome hodgkinien. Mon séjour à Henri Mondor s’est achevé le 30 avril 2008,  avec ma première chimiothérapie. Et une coupe de champagne ! Ce n’était pas du cynisme. Simplement, c’était aussi l’anniversaire de ma mère. Il était hors de question de ne pas le fêter !  

Vivre la vie d’un jeune de 20 ans malgré tout

J’ai continué les séances de chimio tous les 15 jours et n’ai pas pu faire le premier stage prévu dans ma formation à cause de la fatigue.  J’ai en revanche repris mes cours pendant la radiothérapie. J’avais trop besoin de revenir à une vie normale. Je faisais donc mes rayons tôt le matin, puis j’allais à l’école. Au final, même avec un stage de moins, j’ai pu passer et avoir mon examen comme prévu.  Et la maladie ne m’a pas empêché de vivre la vie d’un jeune de mon âge. Après chaque chimio, je faisais même des apéros avec mes amis !  Et puis même si ça n’allait pas très fort parfois, je n’ai jamais voulu le montrer. Toujours « avoir la patate » face aux autres, telle était ma ligne de conduite ! C’était sans doute une façon de protéger et rassurer mes proches, surtout ma mère ! Tout s’est finalement corsé fin 2008, lorsque que l’on m’a dit de reprendre ma vie là où elle en était…  Je n’étais plus le même, physiquement et psychologiquement.  On est très encadré pendant les traitements, quelque part, il y a juste à suivre le mouvement. Et alors tout à coup, on se sent très seul ! J’ai fait une dépression post- traitement. Puis j’ai remonté la pente, notamment grâce à l’association Jeunes Solidarité Cancer auprès de qui j’ai trouvé du soutien. J’ai ensuite décidé d’aller au bout de mes études, puis de chercher un travail. Je suis actuellement responsable d’un cinéma parisien. A long terme, j’aurais de toutes façons eu du mal à supporter le stress et la pression de l’audiovisuel pour lequel j’avais été formé.  Donc pas de regret, je me sens bien là où je suis. J’ai trouvé mon équilibre, je suis en accord avec moi-même, et bien décidé à évoluer professionnellement.

Une page tournée dans le corps et l’esprit

Côté cœur, la maladie n’a rien perturbé non plus. J‘étais célibataire avant mon cancer. Mais j’ai eu une histoire pendant mes traitements à laquelle j’ai mis fin au moment de ma dépression… Car je devais me retrouver. Et aujourd’hui, j’ai des relations, mais pas extrêmement sérieuses, par choix. Je souhaite privilégier pour le moment ma vie professionnelle et mon engagement dans l’association Jeunes Solidarité Cancer dont j’ai pris la présidence en 2012.  A part la cicatrice que j’ai au  thorax dûe aux rayons, il n’y a aucune trace de la maladie dans ma vie.  J’ai même tout récemment appris que les traitements n’avaient eu aucun impact sur ma fertilité. Je n’ai pas d’hygiène de vie particulière, ni d’angoisses de rechute. Je profite de la vie, et ne refuse jamais d’aller faire la fête !  Cela ne veut pas dire non plus que je n’assume pas ce qui m’est arrivé. Au contraire, je revendique cette maladie, qui m’a aussi construit. Et  j’ai décidé de m’en servir pour aider les autres. Mais c’est vrai, lorsqu’on m’a dit que j’étais « guéri » il y a un mois, je n’ai même pas été surpris, tant le cancer est une page tournée dans mon corps et dans mon esprit depuis longtemps. Mais il ne faut pas dévaloriser ce mot qui pour les proches est important. Ce mot me rend aussi plus serein, quant à mes futures demandes de prêts. Je ne me sens ni moins fort, ni plus fort que les autres. Juste bien dans ma peau, prêt à prendre ce qui me sera donné.»

Propos recueillis par Céline Roussel  

  *Mathieu Koehler est aujourd’hui le président de l’Association Jeunes Solidarité Cancer – qui œuvre contre l’isolement des grands adolescents et jeunes adultes atteints de cancer.