Ouvriers et cadres : inégaux face au cancer ! | la maison du cancer

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Les ouvriers, âgés de 30 à 65 ans, ont deux fois plus de risque de mourir d’un cancer que les cadres ou les professions libérales… Les inégalités sociales face à la maladie ne sont, certes pas, choses nouvelles, sauf qu’au lieu de diminuer, elles n’ont fait que se creuser.  Le cancer frappe donc plus les couches populaires et tue moins en haut de l’échelle sociale…

Les ouvriers, âgés de 30 à 65 ans, ont deux fois plus de risque de mourir d’un cancer que les cadres ou les professions libérales… Les inégalités sociales face à la maladie ne sont, certes pas, choses nouvelles, sauf qu’au lieu de diminuer, elles n’ont fait que se creuser.  « Le cancer ne touche pas également les différents milieux sociaux et tue de moins en moins lorsque l’on monte dans l’échelle sociale », explique Chantal Cases, directrice de l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (IRDES). Ainsi, les hommes les plus défavorisés succomberont plus que les autres d’un cancer du poumon, des voies aéro-digestives supérieures, de l’œsophage, du foie et du pancréas.   

Les facteurs de cette surmortalité sont multiples : « prévalence plus élevée des principaux facteurs de risque comportementaux (tabac et alcool), expositions plus fréquentes à des facteurs de risques professionnels (produits toxiques cancérigènes) et environnementaux, moindre accès au dépistage, diagnostic plus tardif avec découverte à des stades plus avancés et donc de plus mauvais pronostics », retrace le Professeur Jean-Pierre Grünfeld, dans son rapport au Président de la République, Recommandations pour le Plan Cancer 2009-2013. Les comportements individuels (consommation de tabac ou d’alcool) pèsent moins que le type de travail effectué et les substances auxquelles on est exposé : un travailleur manuel a 1,9 fois plus de risques de développer un cancer des voies aéro digestives supérieures qu’un travailleur non manuel, à consommation égale de tabac et d’alcool, selon les travaux de l’IRDES.

Résumons-nous : nous sommes inégaux, de la prévention à l’accès aux soins. Par exemple, les ouvriers ou les chômeurs continuent davantage de fumer que les cadres malgré les campagnes de prévention. Car comme l’a constaté le Professeur d’économie Jean-Paul Moatti, face à la précarité, « certains disent que la cigarette, c’est tout ce qui leur reste ». Un plaisir coûteux puisque le prix du tabac augmente, entamant plus encore leur budget. « Pour le coup, la politique de prévention vient creuser les inégalités », poursuit-il. De même, les populations précaires,nomades, sans médecin traitant, répondront peu à l’appel des campagnes de dépistage…

Et lorsque le cancer est diagnostiqué, « des inégalités de survie, dues éventuellement à des différences de recours aux soins, pourraient également intervenir », souligne le rapport Grünfeld. D’un bout à l’autre de la France, l’expertise des équipes et la qualité des équipements sont loin d’être uniformes. Bref, si en plus d’appartenir à la frange la plus fragile de la population, on a l’infortune d’habiter dans certaines régions de France, on cumule tous les facteurs aggravants.

« Aux inégalités sociales s’ajoutent des inégalités géographiques fortes. La carte de l’incidence des cancers forme un croissant de surmortalité, allant de la Bretagne à la Lorraine, en passant par la Normandie, le Nord Pas de Calais – taux de cancer le plus élevé d’Europe-, la Picardie et la Champagne-Ardenne », constate le rapport Grünfeld.

 Enfin, lorsque les plus défavorisés réussissent à triompher de la maladie, ils sont à nouveau plus frappés que les autres par la précarisation. Pour ne pas dire la paupérisation. « La maladie a des répercussions professionnelles plus importantes pour les travailleurs manuels, et pour ceux du secteur privé que du public,  constate Chantal Cases. On note ainsi des sorties d’emploi plus importantes pour les femmes et les ouvriers ». 

Face à ce lourd constat, il est donc urgent de se relever les manches. « Il faut saisir le prochain plan cancer pour corriger les inégalités de santé face au cancer », exhortait le Professeur Grünfeld aux rencontres annuelles de l’INCa le 7 octobre 2009. Vaste chantier exigeant une politique très volontariste et de long terme.

Anouchka

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