Quand il faut en parler aux jeunes enfants… | la maison du cancer

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Atteint d’un cancer du poumon, Guillaume, le mari de Léa Ganzel, est tombé malade lorsqu’elle était enceinte. Pendant 4 ans, elle l’a accompagné et a tenté de préserver au mieux leur vie familiale,  ainsi que leur petite fille. Elle a souhaité partager son expérience d’une telle responsabilité dans un livre qui aidera les familles concernées. Entretien.

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LMC : pourquoi avoir écrit ce livre ?

Je l’ai rédigé l’année qui a suivi la mort de mon mari avec un objectif : donner des pistes et des conseils pratiques qui permettront d’améliorer le quotidien d’une famille concernée par le cancer. J’ai reçu beaucoup d’aide et de conseils de la part des psychologues, du personnel de la PMI… Je me suis dit que cela pourrait être utile aux autres.

LMC : pourquoi est-ce important de parler de la maladie à l’enfant ?

C’est fondamental car les enfants s’imaginent toujours le pire. Ce sont de véritables « éponges » émotionnelles et ils perçoivent, entre autres, l’inquiétude de leurs parents. Le fait de parler de la maladie, de mettre des mots dessus, est rassurant pour un enfant. Cela diminue son niveau d’angoisse. Pour le faire de manière imagée, on peut leur expliquer que le corps est comme un puzzle constitué de petites pièces, par exemple. Le cancer serait comme une pièce qui deviendrait plus grosse et toute noire. Les traitements que papa ou maman va suivre permettront de réduire la taille de cette pièce et de changer sa couleur.

LMC : quelles conséquences le déni ou le silence peuvent-ils avoir sur un enfant ?

Les enfants, surtout les tout-petits, risquent de développer une forme de culpabilité. Comme ils fonctionnent souvent sur le mode de la pensée magique, ils peuvent penser que si leur parent est malade, c’est de leur faute (parce qu’ils n’ont pas de bonnes notes à l’école, par exemple). Ils peuvent aussi s’imaginer des choses horribles sur la maladie de leur parent qui dépassent largement la réalité, pourtant déjà difficile.

LMC : comment gérer les émotions difficiles de l’enfant liées au cancer de son parent ?

En ce qui concerne la tristesse, il convient de nommer l’émotion et de dire à l’enfant qu’il a le droit d’être triste et de pleurer. Pour la colère, j’avais mis à la disposition de ma fille une poupée qui lui permettait de décharger ses émotions négatives. Elle pouvait la taper, etc. Je lui avais également proposé de dessiner le cancer et de noter tous les mots, même difficiles, qu’elle avait envie d’associer à la maladie. Ce sont des exutoires efficaces.

LMC : jusqu’où faut-il aller dans la communication ?

Tout dépend des parents : de nombreux parents sont incapables de parler, par exemple. Dans ce cas, il est important de faire appel à des tiers si nécessaire (psychologues, personnel hospitalier…). Cela dépend des enfants aussi : certains ne souhaitent pas entendre toutes les réponses… En réalité, il n’y a pas de modèle à suivre car chaque enfant est unique.

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LMC : quels sont les pièges et les erreurs à éviter ?

Une erreur fréquente, c’est d’oublier de prévenir l’entourage plus éloigné de l’enfant de la maladie de son parent. Il est important, notamment, que le personnel éducatif soit informé afin de ne pas sanctionner un enfant qui serait distrait en cours, par exemple. Une autre erreur fréquente : promettre la guérison car si celle-ci ne se produit pas, la confiance de l’enfant vis-à-vis de la parole de l’adulte sera largement entachée. Si la maladie s’aggrave et que l’enfant s’inquiète, on peut lui dire : « Les docteurs font tout ce qu’ils peuvent pour soigner papa (ou maman) ». Et s’il insiste, on peut lui dire que « bien sûr, nous espérons que ton parent guérisse » mais il est important de ne pas lui mentir, et de lui dire que « le cancer est une maladie grave qui peut faire mourir parfois ». 

LMC : quels conseils pratiques donneriez-vous aux parents ?

De bien s’entourer au niveau familial et amical mais aussi de se faire aider psychologiquement. Le malade, le conjoint mais aussi l’enfant : tous les membres de la famille ont besoin de ce soutien. 

Propos recueillis par Nathalie Ferron

Pour en savoir plus

Comment parler du cancer d’un jeune parent à son enfant, Josette Lyon, 2014.

Léa Ganzel anime le site http://www.cancerjeuneparent.com