A quand une vraie mobilisation face au fléau ? | la maison du cancer

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Pardon de cette comparaison, mais le cancer, c’est un peu comme la météo. On nous annonce moins 1 degré mais avec « un ressenti » de moins 8. Aujourd’hui, les statistiques affichent 346 500 nouveaux cas par an. Sur une population de 64 millions d’habitants, c’est peu. Alors comment expliquer cette sensation d’être cerné par la maladie?

Faites l’expérience et vous verrez par vous-même : tout le monde ou presque connaît quelqu’un qui a ou a eu un cancer.

Petite anecdote parmi d’autres. Pour refaire un passeport, il faut digitaliser ses empreintes. Je posais donc le bout de mes doigts sur un petit écran vert et là, impossible d’en faire la capture.  Devant la mine perplexe et quelque peu impatiente de l’employée de police, je me décidais à lui expliquer la cause de ce tourment technologique. « Un traitement, en fait une chimio, a transformé la peau à l’intérieur de mes mains (syndrome dit main pied) ».  Soudain radoucie, elle m’a dit : « je sais ce que c’est, pas moi, mais mon mari… Il a une tumeur au cerveau ». Avant hier, cette jeune policière, hier, le mari d’une amie, aujourd’hui, un copain d’un proche, etc… Il frappe partout, le cancer. Il fait tellement de ravage que même le tabou qui l’entoure est en train de se fissurer. D’ailleurs comment continuer à le taire alors que nous sommes si nombreux à le subir, dans notre chair ou à travers nos proches ? Et pour les malades, se dégage de plus en plus ce sentiment très étrange de sortir de la marginalité. Un peu comme s’ils devenaient « la norme »…

Le chiffre de nouveaux cas est certes faible, mais l’étau se resserre bel et bien. Les statistiques annoncent qu’un homme sur deux et une femme sur trois croiseront le cancer dans leur vie. Qu’on le veuille ou non, ce mal est en train de devenir un fléau majeur de notre société. Combien de vies vont-elles être chahutées brutalement par la maladie, combien d’existences dont le fil sera interrompu sans crier gare ? Alors à quand une véritable prise de conscience politique et sociétale ? La France affiche un grand retard dans la politique de prévention. Au nom d’intérêts économiques et de puissants lobbies, on hésite encore à aller là où ca fait mal. Il faudrait une vigilance bien plus grande sur le contenu de nos assiettes, celles de nos enfants, sur ces ondes qui nous cernent, sur la pollution que l’on respire, sur ces métiers qui exposent à des substances dangereuses, sur la pilule donnée très tôt aux ados, etc… Certes, on nous rétorque que le cancer est multi factoriel. Comme si le fait qu’il y ait plusieurs causes les adoucissait ! Mais non, il faut chercher, oser explorer chacune des pistes sans avoir peur de ce que l’on va découvrir… Alors en ce début d’année où il est de tradition de formuler des vœux, voici le nôtre : que la société se mobilise et prenne à bras le corps un sujet qui la ronge à petit feu.

Anne-Laurence Fitère