Plaidoyer pour la fin du tabou | la maison du cancer

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La journée mondiale contre le cancer ce 4 février permet de « parler cancer » au grand public. Pour autant, le malade, lui, osera-t-il évoquer son cancer au sein de son entreprise, dans son village, en faire part à ses voisins, ses connaissances… ? Le cancer reste encore tabou. Mais à y regarder de plus près, ce tabou commence un peu à se fissurer.

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La journée mondiale contre le cancer le 4 février permet de « parler cancer » au grand public. Pour autant, le malade, lui, osera-t-il évoquer son cancer au sein de son entreprise, de son village, en faire part à ses voisins, ses connaissances… ? Peur d’être stigmatisé, discriminé, peur du regard de l’autre. De cet autre qui ne pourra s’empêcher de voir danser derrière lui l’ombre de la faucheuse. Beaucoup taisent encore la maladie, laissant ainsi la société entretenir le tabou.

A y regarder de plus près, il semblerait néanmoins que le tabou tangue, qu’il se fissure un peu. Super Nanny, animatrice sur M6, « est décédée d’un cancer du poumon », annonçait-on dans la presse. Il y a un temps, pas si lointain, où les journalistes se seraient repliés derrière un pudique : « elle est morte des suites d’une longue maladie ».  Et puis, il y a ces « people » qui font leur « coming out ». Le premier à ouvrir courageusement la voie fut Bernard Giraudeau. Et puis, on a vu Alain Bashung monter sur scène, presque jusqu’au bout, dévoilant sa bouleversante décrépitude ; le champion cycliste, Laurent Fignon, afficher son dur combat contre la maladie, et l’écrivain Franz-Olivier Giesbert la dévoiler sans fard dans son dernier livre …

Bien sûr, nous ne sommes pas aux Etats-Unis. Là-bas, des sites Internet affichent le nom des célébrités touchées par un cancer. Là-bas encore, on appelle les anciens malades, ces rescapés de la maladie, les « Survivors ». Le courage dont ils ont fait preuve dans ce difficile combat est valorisé. Ils sont les héros des temps modernes.

Différence de culture oblige, la France ne va pas sortir tambours et trompettes pour glorifier les ex-malades. Mais c’est déjà une petite avancée symbolique que de remiser au placard ce sempiternel « des suites d’une longue maladie » ; que de voir des « célébrités » assumer leur cancer. Car elles participent ainsi du changement de regard nécessaire sur cette pathologie. Si l’étau se resserre aussi autour de gens connus, c’est bien que personne n’est épargné, se dit-on dans les foyers. Petit à petit, une prise de conscience collective émerge, celle qui fait entrevoir que le cancer est un fléau gigantesque. Un homme sur deux, une femme sur trois seront happés dans ses filets au cours de leur vie… On est bien loin du marginal, de l’épiphénomène ; où que vous vous tourniez, tout le monde est touché, de loin ou de près.

Malades, proches, connus ou moins connus, il faut que la parole se libère,  passage obligé pour que la société dans son ensemble accepte de mieux traiter socialement ses malades et ses « rescapés ».

Anne-Laurence Fitère