Magazine :: Pourquoi le documentaire Chrigu a-t-il été un échec commercial? | www.la-maison-du-cancer.com

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En mars 2009, dans les salles obscures, pendant que les Français se bousculaient pour voir Coco avec Gad Elmaleh, les quelques spectateurs qui avaient choisi de découvrir Chrigu, chronique d’une vie éclairée, disposaient d’une salle de cinéma quasi vide. Pourquoi un documentaire si poignant et si émouvant a-t-il fait un bide au cinéma ?

 par Christophe Mangelle

Le distributeur KMBO a pourtant bien préparé cette sortie de film. Durant plusieurs dates d’avant-première, KMBO a organisé pour défendre Chrigu des rencontres en province et à Paris avec de jeunes malades du cancer et le public. Dynamiques et réactifs, les responsables de KMBO ont travaillé la promotion avec un attaché de presse et ont cherché des partenaires acteurs dans la lutte contre le cancer (La ligue, Jeunes Solidarité Cancer, Institut Curie, IGR, des auteurs, etc).

 Tout cela pour que les entrées du film soit au final au point mort.

Des articles ont pourtant été publiés dans Le Monde, Télérama, les Inrockuptibles, Libération… mais ils frappent par leur brièveté. Certainement parce que le sujet était particulièrement peu vendeur : Un jeune mec plutôt beau qui filme sa fin de vie. À son âge, on fait la Nouvelle Star mais on ne se filme pas dans une piaule d’hôpital en train de mourir ! Pas de star à l’affiche, ni d’histoire de rédemption à la Jade Goody (cette participante d’un jeu de téléréalité britannique, longtemps décriée pour ses frasques, qui a obtenu un pardon national après avoir révélé qu’elle était atteinte d’un cancer incurable). Pas d’excès de pathos, ni d’enfants orphelins (cf l’histoire de Marie-Laure Picat).

Chrigu, lui, ne se lamentait pas sur son sort et il ne voulait aucunement toucher par pitié. Il avait un message universel sur la vie et la maladie alors que les exemples cités précédemment déclenchent surtout la polémique et ne contribuent pas réellement au combat collectif pour la cause de la lutte contre le cancer.

Morale de l’histoire, si on n’a pas une forte notoriété dans les médias, il est très difficile pour un documentaire de trouver son public sur un sujet aussi peu séduisant d’un point de vue marketing, même lorsqu’il est de qualité.

Et les associations partenaires du lancement du film ?

À la traîne. Le service de communication de la Ligue a donné son accord de partenariat après réflexion : deux mois d’attente. Sauf que l’information n’a quasiment pas circulé. Personne n’était donc au courant de la sortie du film le 18 mars 2009. Quelques bénévoles sont tout de même venue au rencontre-débat parce qu’ils avaient été invités par KMBO. Ceux-là, ils se comptaient par soirée sur les doigts d’une main et étaient les premiers surpris de constater que l’information n’était pas venue jusqu’à eux.

La revue trimestrielle éditée par la ligue nationale contre le cancer, Les proches mars/avril/mai 2009, a été envoyé aux lecteurs autour du 10 mai 2009. Dans ces pages, un article de dix lignes parle autant des qualités du film que de celles de l’association engagée comme partenaire officiel de l’événement. La revue joue le jeu en offrant une publicité de l’affiche du film sur une page dont les lecteurs prendront acte bien trop tard au regard de la durée de vie d’un film en salles (trois semaines quand ça marche).

Dommage. Encore un ange de l’espoir, parti trouver la paix dans les cieux, dont le documentaire choc sera passé quasiment inaperçu.

Christophe Mangelle

auteur de Tellement peur! Oh! Editions, 2008.

www.christophemangelle.com

http://www.chrigulefilm.com

http://www.kmbofilms.com